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Tome premier.
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POLYEUCTE, ACTE II, SCÈNE VI.

Que vous devez coûter de regrets à Sévère !

Qu’aux dépens d’un beau feu vous me rendez heureux 1 TEt que vous êtes doux à mon cœur amoureux !

Plus je vois mes défauts et plus je vous contemple,Plus j’admire...

SCÈNE V.

POLYEUCTE, PAULINE, NÉ ARQUE,STRATONICE, CLÉON.

CLÉON.

Seigneur, Félix vous mande au temple ;La victime est choisie, et le peuple à genoux ;

Et pour sacrifier on n’attend plus que vous.

POLYEUCTE.

Va, nous allons te suivre. Y venez-vous, madame ?

PAULINE.

Sévère craint ma vue, elle irrite sa flamme;

Je lui tiendrai parole, et ne veux plus le voir.

Adieu : vous l’y verrez; pensez à son pouvoir,

Et ressouvenez-vous que sa valeur est grande J .POLYEUCTE.

Allez, tout son crédit n’a rien que j’appréhende;

Et comme je connais sa générosité,

Nous ne nous combattrons que de civilité h

SCÈNE VI.

POLYEUCTE, NÉARQUE.

NÉARQUE.

Où pensez-vous aller ?

POLYEUCTE.

Au temple, où l’on m’appelle.

NÉARQUE.

Quoi ! vous mêler aux vœux d’une troupe infidèle!Oubliez-vous déjà que vous êtes chrétien ?

POLYEUCTE.

Vous par qui je le suis, vous en souvient-il bien ?

doit pas dire que sa femme doit coûter des regrets à Sévère ; c’estl'encourager à l’aimer. Qui jamais a parlé à sa femme du beaufeu de Vamant de sa femme? Pauline a un étrange père et unétrange mari. Sans l’amour et le caractère de Sévère, la pièceétait très-hasardée ; et l’hôtel de Rambouillet pouvait avoir plei-nement raison. Jusqu’ici il n’y a encore rien de tragique; c’estune femme qui veut que son mari ménage son amant, et qui seménage elle-même entre l’un et l’autre. (V.)—Un étrange père,nous en convenons, car sa politique est à la fois artificieuse etbasse; mais, loin d’être un personnage étrange, Polyeucte estsouvent sublime. (P.)

1 Les dépens d’un beau feu ne devaient avoir place que dansles romans de Scudéri. (Y.)

2 Le sens est, songez, mon mari , que mon amant est ungrand seigneur qu’il ne faut pas choquer : cela semble avilirson mari. (Y.)

3 Vers de comédie. (V.)

NÉARQUE.

J’abhorre les faux dieux.

POLYEUCTE.

Et moi, je les déteste.

NÉARQUE.

Je tiens leur culte impie.

POLYEUCTE.

Et je le tiens funeste.

NÉARQUE.

Fuyez donc leurs autels.

POLYEUCTE.

Je les veux renverser 1 ,

Et mourir dans leur temple, ou les y terrasser.Allons, mon cher Néarque, allons aux yeux des hom-Braver l’idolâtrie, et montrer qui nous sommes : [mesC’est l’attente du ciel, il nous la faut remplir;

Je viens de le promettre, et je vais l’accomplir.

Je rends grâces au Dieu que tu m’as fait connaîtreDe cette occasion qu’il a si tôt fait naître,

Où déjà sa bonté, prête à me couronner,

Daigne éprouver la foi qu’il vient de me donner.

NÉARQUE.

Ce zèle est trop ardent, souffrez qu’il se modère.

POLYEUCTE.

On n’en peut avoir trop pour le Dieu qu’on révère.

NÉARQUE.

Vous trouverez la mort.

POLYEUCTE.

Je la cherche pour lui.

NÉARQUE.

Et si ce cœur s’ébranle ?

1 C’est une tradition que tout l’hôtel de Rambouillet, et parti-culièrement l’évêque de Vence, Godeau, condamnèrent cetteentreprise de Polyeucte : on disait que c’est un zèle imprudent ;que plusieurs évêques et plusieurs synodes avaient expressémentdéfendu ces attentats contre l’ordre et contre les lois ; qu’on re-fusait même la communion aux chrétiens qui, par des téméritéspareilles, avaient exposé l’Église entière aux persécutions : onajoutait que Polyeucte et même Pauline auraient intéressé biendavantage si Polyeucte avait simplement refusé d’assister à unsacrilice idolâtre fait en l’honneur de la victoire de Sévère. Cesréflexions me paraissent judicieuses ; mais il me parait aussi quele spectateur pardonne à Polyeucte son imprudence, commecelle d’un jeune homme pénétré d’un zèle ardent que le baptêmefortifie en lui: il n’examine pas si ce zèle est selon la science. Authéâtre, on se prête toujours aux sentiments naturels des per-sonnages; on devient enthousiaste avec Polyeucte, inflexibleavec Horace, tendre avec Chimène; le dialogue est vif, et il en-traîne. Il est vrai que les esprits philosophes, dont le nombre estfort augmenté, méprisent beaucoup l’action de Polyeucte et deNéarque; ils ne regardent ce Néarque que comme un convul-sionnaire qui a ensorcelé un jeune imprudent. Mais le parterreentier ne sera jamais philosophe; les idées populaires seronttoujours admises au théâtre. (V.) — Le profond mépris que Vol-taire témoigne pour les idées religieuses de Polyeucte, tout enconvenant qu’au théâtre on doit toujours se prêter aux senti-ments naturels des personnages, prouve qu’il était trop prévenucontre le sujet pour juger sainement la pièce. (P.)