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Tome premier.
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POLYEUCTE, ACTE IV, SCÈNE II.

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Apaisez la fureur de cette populace.

ÏÉLIX.

Allons, et s’il persiste à demeurer chrétien,

Nous en disposerons sans qu’elle en sache rien.

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

POLYEUCTE, CLÉON, trois autres gardes.

POLYEUCTE.

Gardes, que me veut-on ?

CLÉON.

Pauline vous demande.

POLYEUCTE.

O présence, ô combat que surtout j’appréhende!Félix, dans la prison j’ai triomphé de toi,

J’ai ri de ta menace, et t’ai vu sans effroi :

Tu prends pour t’en venger de plus puissantes armes ;Jecraignaisbeaucoup moins tes bourreaux que ses lar-Seigneur, qui vois ici les périls que je cours, [mes.En ce pressant besoin redouble ton secours ;

Et toi qui, tout sortant encor de la victoire,Regardes mes travaux du séjour de la gloire,

Cher Néarque, pour vaincre un si fort ennemi,

Prête du haut du ciel la main à ton ami.

Gardes, oseriez-vous me rendre un bon office PNon pour me dérober aux rigueurs du supplice,

Ce n’est pas mon dessein qu’on me fasse évader ;

Mais comme il suffira de trois à me garder,

L’autre m’obligerait d’aller quérir Sévère 1 ;

Je crois que sans péril on peut me satisfaire :

Si j’avais pu lui dire un secret important,

Il vivrait plus heureux, et je mourrais content.

CLÉON.

Si vous me l’ordonnez, j’y cours en diligence ».

POLYEUCTE.

Sévère à mon défaut fera ta récompense.

Va, ne perds pointde temps, et reviens promptement.

CLÉON.

Je serai de retour, seigneur, dans un moment.

1 Quérir ne se dit plus. ( V.)

2 II n’est pas naturel que Polyeucte envoie prier Sévère devenir lui parler : il ne doit rien avoir à lui dire ; mais le publicest dans l’attente qu’il dira quelque chose d’important. On ne sedoute pas que Polyeucte envoie chercher Sévère pour lui don-

ner sa femme. (V.)

SCÈNE II \

POLYEUCTE.

{Les gardes sc retirent aux coins du théâtre. )

Source délicieuse, en misères féconde,

Que voulez-vous de moi, flatteuses voluptés?Heureux attachements de la chair et du monde,

Que ne me quittez-vous, quand je vous ai quittés ?Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la guerre :Toute votre félicité,

Sujette à l’instabilité,

En moins de rien tombe par terre 2 ;

Et comme elle a l’éclat du verre,

Elle en a la fragilité 3 .

Ainsi n’espérez pas qu’après vous je soupire.

Vous étalez en vain vos charmes impuissants ;

Vous me montrez en vain par tout ce vaste empireLes ennemis de Dieu pompeux et florissants.

Il étale à son tour des revers équitables

1 Quatre ans après Polyeucte, Rotrou donna Saint Genêtcomme une tragédie sainte. On sait que ce Genêt était un comé-dien qui se convertit sur le théâtre en jouant dans une farcecontre les chrétiens. Rotrou, dans cette pièce, a imité ces stan-ces de Polyeucte. (V.)

2 Tombe par terre est toujours mauvais ; la raison en est quepar terre est inutile et n’est pas noble. Cette manière de parlerest de la conversation familière : il est tombé par terre. ( V.)

3 C’est là un de ces concetti, un de ces faux brillants quiétaient tant à la mode. Ce n’est pas l’éclat qui fait la fragilité;les diamants, qui éclatent bien davantage, sont très-solides. Onremarqua, dès les premières représentations de Polyeucte, queces trois vers étaient pris entièrement de la trente-deuxièmestrophe d’une ode de î’évêque Godeau à Louis XIII :

Mais leur gloire tombe par terre ;

Et comme elle a l’éclat du verre,

Elle en a la fragilité.

Cette ode était oubliée, comme le sont toutes les odes auxrois, surtout quand elles sont trop longues ; mais on la déterrapour accuser Corneille de ce petit plagiat. Sa mémoire pouvaitl’avoir trompé : ces trois vers purent se présenter à lui dans lafoule de ses autres enfants : il eût été mieux de ne les pas em-ployer ; il était assez riche de son propre fonds. C’est peut-êtreune plus grande faute de les avoir crus bons que de se les êtreappropriés. (V.) — Voltaire suppose que Corneille s’est appro-prié ces vers de Godeau; mais rien n’était plus éloigné du ca-ractère de ce grand homme que de s’approprier les idées d’au-trui. Lui-même, dans sa Médée, avait fait imprimer tous lesvers qu’il avait imités de Sénèque ; dans le Cid, tous ceux qu’ilavait traduits de Guillem de Castro ; et dans la Mort de Pom-pée, ceux dont il était redevable à Lucain. Voltaire a mieuxgardé le secret de ses emprunts. Mais un auteur qui s’est mon-tré à cet égard aussi scrupuleux que Corneille ne peut être lé-gèrement soupçonné de plagiat. Au reste, malgré l’opinion deVoltaire, les vers dont ii s’agit pouvaient être regardés, noncomme de faux brillants, mais comme de bons vers. Us sontévidemment une traduction dé ce vers de Publius Syrus :

Fortuna vitrea est; tum cum spîendet frangitur;

et c’est vraisemblablement dans cette source que Corneille lesavait puisés. I P.)