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Tome premier.
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POMPÉE, ACTE IV, SCÈNE I.

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Et quoique ta captive, un cœur comme le mien,

De peur de s’oublier, ne te demande rien.

Ordonne; et sans vouloir qu’il tremble, ou s’humilie,Souviens-toi seulement que je suis Cornélie.

CÉSAR.

O d’un illustre époux noble et digne moitié,

Dont le courage étonne, et le sort fait pitié !

Certes, vos sentiments font assez reconnaîtreQui vous donna la main, et qui vous donna l’être;

Et l’on juge aisément, au cœur que vous portez,

Où vous êtes entrée, et de qui vous sortez.

L'âme du jeune Crasse, et celle de Pompée,

L’une et l'autre vertu par le malheur trompée,

Le sang des Scipions protecteur de nos dieux,

Parlent par votre bouche et brillent dans vos yeux ;Et Rome dans ses murs ne voit point de familleQui soit plus honorée ou de femme ou de fille.

Plût au grand Jupiter, plût à ces mêmes dieuxQu’Annibal eût bravés jadis sans vos aïeux,

Que ce héros si cher dont le ciel vous sépareN’eût pas si mal connu la cour d’un roi barbare,

Ni mieux aimé tenter une incertaine foi,

Que la vieille amitié qu’il eût trouvée en moi ;

Qu’il eût voulu souffrir qu’un bonheur de mes armesEût vaincu ses soupçons, dissipé ses alarmes;

Et qu’enfin, m’attendant sans plus se défier,

Il m’eût donné moyen de me justifier!

Alors, foulant aux pieds la discorde et l’envie,

Je l’eusse conjuré de se donner la vie,

D’oublier ma victoire, et d’aimer un rivalHeureux d’avoir vaincu pour vivre son égal :

J’eusse alors regagné son âme satisfaiteJusqu’à lui faire aux dieux pardonner sa défaite;

Il eût fait à son tour, en me rendant son cœur,

Que Rome eût pardonné la victoire au vainqueur.Mais puisque par sa perte, à jamais sans seconde,

Le sort a dérobé cette allégresse au monde,

César s’efforcera de s’acquitter vers vousDe ce qu’il voudrait rendre à cet illustre époux.Prenez donc en ces lieux liberté tout entière 1 :Seulement pour deux jours soyez ma prisonnière,Afin d’être témoin comme, après nos débats ,

Je chéris sa mémoire et venge son trépas,

Et de pouvoir apprendre à toute l’Italie

dirait qu’elle est Parisienne. Elle veut (lire qu’elle a les senti-ments d’une Romaine, l’amour de sa patrie et de la liberlé: sen-timents que César a perdus, et que pour sa gloire il aurait dû con-server. C’est ainsi que Brutus, dans la tragédie de Voltaire, dità Proculus : Je suis un consul de Rome , non pour lui appren-dre qu’il est en effet consul, ceque Proculus sait très-bien, maispour lui dire que son devoir est de penser et d’agir en consulromain. (P.)

1 Prenez liberté est trop familier, trop trivial, trop du stylede la comédie : de plus, on ne prend point liberté. (V.)

De quel orgueil nouveau m’enfle la Thessalie.

Je vous laisse à vous-mêmeet vous quitteun moment 1 .Choisissez-lui, Lépide, un digne appartement 2 ;

Et qu’on l’honore ici, mais en dame romaine,C’est-à-dire un peu plus qu’on n’honore la reine.Commandez, et chacun aura soin d’obéir.

CORNÉLIE.

O ciel que de vertus vous me faites haïr 3 !

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

PTOLOMÉE, ACHILLAS, PHOTIN.

PTOLOMÉE.

Quoi ! de la meme main et de la même épéeDont il vient d’immoler le malheureux Pompée,Septime, par César indignement chassé,

Dans un tel désespoir à vos yeux a passé?

ACHILLAS.

Oui, seigneur ; et sa mort a de quoi vous apprendreLa honte qu’il prévient et qu’il vous faut attendre.Jugez quel est César à ce courroux si lent.

Un moment pousse et rompt un transport violent ;Mais l’indignation qu’on prend avec étudeAugmente avec le temps, et porte un coup plus rude;Ainsi n’espérez pas de le voir modéré;.

Par adresse il se fâche après s’être assuré ASa puissance établie, il a soin de sa gloire.

Il poursuivait Pompée, et chérit sa mémoire;

Et veut tirer à soi, par un courroux accort 5 ,L’honneur de sa vengeance et le fruit de sa mort.

1 II est triste que César Unisse une si belle scène par dire, jevous quitte un moment , surtout après l’avoir commencé endisant que la visite de Cornélie était très-importune. On senttrop qu’il va voir sa maîtresse ; et le détail du digne apporte -ment achèverait d’affaiblir ce beau morceau, sans l’admirablevers de Cornélie qui termine Pacte. (Y.)

2 On pouvait se passer de ce digne appartement. (V.)

3 Me sera-t-il permis de rapporter ici que mademoiselle deLenclos, pressée de se rendre aux offres d’un grand seigneurqu’elle n’aimait point, et dont on lui vantait la probité et le mé-rite, répondit :

O ciel! que de vertus vous me faites liaïr!

C’est le privilège des beaux vers d’être cités en toute occasion,et c’est ce qui n’arrive jamais à la prose. (Y. )

4 II faut dire de quoi. S'assurer ne sigoiiie rien quand il estsans régime. Par adresse il se fâche est du style comique né-gligé. (V.)

5 Accort signifie conciliant; il vient d'accorder ; il ne signifiepas feint : c’est d’ailleurs un mot qui n’est plus en usage dans lestyle noble, et on doit regretter qu’il n’y soit plus. Tirer à soiest bas. (V. )