397
EXAMEN DE POMPÉE.
pompeux que j’aie faits. La gloire n’en est pas toute àmoi; j’ai traduit de Lucain tout ce que j’y ai trouvé depropre à mon sujet; et comme je n’ai point fait de scrupuled’enrichir notre langue du pillage que j’ai pu faire chez lui,j’ai tâché, pour le reste, à entrer si bien dans sa manièrede former ses pensées et de s’expliquer, que ce qu’il m’afallu y joindre du mien sentît son génie, et ne fût pas in-digne d’être pris pour un larcin que je lui eusse fait. J’aiparlé, en l’examen de Polyeucte, de ce que je trouve àdire en la confidence que fait Cléopâtre à Charmion au se-cond acte; il ne me reste qu’un mot touchant les narra-tions d’Achorée, qui ont toujours passé pour fort belles :en quoi je ne veux pas aller contre le jugement du public,mais seulement faire remarquer de nouveau que celui quiles fait et les personnes qui les écoutent ont l’esprit assez
tranquille pour avoir toute la patience qu’il y faut donner.Celle du troisième acte, qui est à mon gré la plus magni-fique, a été accusée de n’être pas reçue par une personnedigne de la recevoir : mais bien que Charmion qui l’écoutene soit qu’une domestique de Cléopâtre, qu’on peut toute-fois prendre pour sa dame d’honneur, étant envoyée exprèspar cette reine pour l’écouter, elle tient lieu de cette reinemême, qui cependant montre un orgueil digne d’elle,d’attendre la visite de César dans sa chambre sans aller au-devant de lui. D’ailleurs Cléopâtre eût rompu tout le restede ce troisième acte, si elle s’y fût montrée; et il m’a fallula cacher par adresse de théâtre, et trouver pour cela dansl’action un prétexte qui fût glorieux pour elle, et qui nelaissât point paraître le secret de l’art qui m’obligeait àl’empêcher de se produire.
FIN DE POMPEE.