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Tome premier.
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LE MENTEUR, ACTE II, SCÈNE T.

Vous voyez sans péril nos batailles dernières,

Et faites des festins qui ne vous coûtent guères.Pourquoi depuis un an vous feindre de retour?

DOUANTE.

J’en montre plus de flamme, et j’en fais mieux ma-

[cour.

CLITON.

Qu’à de propre la guerre à montrer votre flamme ?

DOUANTE.

O le beau compliment à charmer une dame,

De lui dire d’abord : « J’apporte à vos beautés« Un cœur nouveau venu des universités ;

« Si vous avez besoin de lois et de rubriques,

« Je sais le Code entier avec les Authentiques,

« Le Digeste nouveau, le vieux, l’Infortiat,

« Ce qu’en a dit Jason, Balde, Accurse, Alciat ! »Qu’un si riche discours nous rend considérables!Qu’on amollit par là de cœurs inexorables !

Qu’un homme à paragraphe est un joli galant !

On s’introduit bien mieux à titre de vaillant :

Tout le secret ne gît qu’en un peu de grimace,

A mentir à propos, jurer de bonne grâce,

Étaler force mots qu’elles n’entendent pas ;

Faire sonner Lamboy, Jean de Vert, et Galas’ ;Nommer quelques châteaux de qui les noms barbares,Plus ils blessent l’oreille, et plus leur semblent rares;Avoir toujours en bouche angles, lignes, fossés,Vedette, contrescarpe, et travaux avancés :

Sans ordre et sans raison, n’importe, on les étonne;On leur fait admirer les baies qu’on leur donne 2 :

Et tel, à la faveur d’un semblable débit,

Passe pour homme illustre, et se met en crédit.

CLITON.

A qui vous veut ouïr, vous en faites bien croire ;

Mais celle-ci bientôt peut savoir votre histoire.

DORANTE.

J’aurai déjà gagné chez elle quelque accès ;

Et, loin d’en redouter un malheureux succès,

Si jamais un fâcheux nous nuit par sa présence,

Nous pourrons sous ces mots être d’intelligence 3 .Voilà traiter l’amour, Cliton, et comme il faut.

CLITON

A vous dire le vrai, je tombe de bien haut.

Mais parlons du festin : Urgande et MélusineN’ont jamais sur-le-champ mieux fourni leur cuisine,Vous allez au delà de leurs enchantements :

Vous seriez un grand maître à faire des romans ;Ayant si bien en main le festin et la guerre 1 ,

Vos gens en moins de rien courraient toute la terre,Et ce serait pour vous des travaux fort légersQue d’y mêler partout la pompe et les dangers.

Ces hautes fictions vous sont bien naturelles.

DORANTE.

J’aime à braver ainsi les conteurs de nouvelles ;

Et sitôt que j’en vois quelqu’un s’imaginerQue ce qu’il veut m’apprendre a de quoi m’étonner,Je le sers aussitôt d’un conte imaginaireQui l’étonne lui-même, et le force à se taire.

Si tu pouvais savoir quel plaisir on a lorsDe leur faire rentrer leurs nouvelles au corps...

CLITON.

Je le juge assez grand ; mais enfin ces pratiquesVous peuvent engager en de fâcheux intriques 2 .

DORANTE.

Nous nous en tirerons; mais tous ces vains discoursM’empêchent de chercher l’objet de mes amours ;Tâchons de le rejoindre, et sache qu’à me suivre 3Je t’apprendrai bientôt d’autres façons de vivre.

ACTE SECOND.

SCÈNE PREMIÈRE.

GÉRONTE, CLARICE, ISABELLE.

CLARICE.

Je sais qu’il vaut beaucoup étant sorti de vous ;Mais, monsieur, sans le voir, accepter un époux,Par quelque haut récit qu’on en soit conviée 4,

dire que cet usage tend toujours à la douceur de la pronon-ciation : je Vois j j'ois y est sec et rude: on s’en défait insensi-blement. (Y.)

1 Généraux de l’empereur Ferdinand III. (Y.)

2 Baies signifie ici bourdes, cassades. Il faut éviter soigneu-sement au milieu des vers ces mots baies, haies, et ne les ja-mais faire rencontrer par des syllabes qui les heurtent. On estobligé de faire baies de deux syllabes, et ce son est très-dé-sagréable; c’est ce qu’on appellele demi-Aialt». Nous avons desrègles certaines d’harmonie dans la poésie ; pour peu qu’ons’en écarte, les vers rebutent, et c’est en partie pourquoi nousavons tant de mauvais poètes. (V.)

3 On n’entend pas bien ce que l’auteur veut dire. CommentDorante sera-t-il d’intelligence avec sa maîtresse sous les motsde contrescarpe et d e fossé? (V.)

1 Le festin en main ; mauvaise expression de ce temps-là.(V.)

2 Ce mot intriqués n’est plus d’usage. Thomas Corneille,dans l’édition qu’il lit des. Œuvres de son frère ( 1692), subs-titua :

.Mais enfin ces pratiques

Vous couvriront de honte eu devenant publiques. (V.)

3 A me suivre, est un barbarisme. (V.)

4 Cette expression conviée, prise en ce sens’, n’est plus d’u-sage ; mais j’ose croire que, si on voulait l’employer à propos,elle reprendrait ses premiers droits. Remarquez ici que la scènechange. Le premier acte s’est passé dans les Tuileries ; à pré-sent nous sommes dans la maison de Clarice, à la place Royale :on aurait pu aisément supposer que la maison est voisine du