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Tome premier.
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LE MENTEUR, ACTE III, SCÈNE I.

CL1T0N.

Obligez, monsieur, votre valet. [ tre,

Quand vous voudrez jouer de ces grands coups de maî-Donnez-lui quelque signe à les pouvoir connaître ;Quoique bien averti, j’étais dans le panneau.

DORANTE.

Va, n’appréhende pas d’y tomber de nouveau ;

Tu seras de mon cœur l’unique secrétaire,

Et de tous mes secrets le grand dépositaire.

CLITON.

Avec ces qualités j’ose bien espérerQu’assez malaisément je pourrais m’en parer.

Mais parlons de vos feux. Certes cette maîtresse...

SCÈNE VII.

DORANTE, CLITON , SABINE.

SABINE.

(Elle lui donne un bület. )

Lisez ceci, monsieur.

DORANTE.

D’où vient-il?

SAEINE.

De Lucrèce.

dorante , après l'avoir lu.

Dis-Iui que j’y viendrai.

(Sabine rentre, et Dorante continue.)

Doute encore, Cliton,

A laquelle des deux appartient ce beau nom.

Lucrèce sent sa part des feux qu’elle fait naître,

Et me veut cette nuit parler par sa fenêtre.

Dis encor que c’est l’autre, ou que tu n’es qu’un sot.Qu’aurait l’autre à m’écrire, à qui je n’ai dit mot?

CLITON.

Monsieur, pour ce sujet n’ayons point de querelle;Cette nuit, à la voix, vous saurez si c’est elle.

DORANTE.

Coule-toi là-dedans, et de quelqu’un des siensSache subtilement sa famille et ses biens.

SCÈNE VIII.

DORANTE,LYCAS.lycas , lui présentant un billet.

Monsieur.

DORANTE.

Autre billet.

{Ilcontinue, après avoir lu tout bas le billet.)

J’ignore quelle offense

Peut d’Alcippe avec moi rompre l’intelligence;

Mais n’importe, dis-lui que j’irai volontiers.

Je te suis.

{Lycas rentre, et Dorante continue seul.)

Je revins hier au soir de Poitiers,D’aujourd’hui seulement je produis mon visage,Et j’ai déjà querelle, amour et mariage.

Pour un commencement ce n’est point mal trouvé.Vienne encore un procès, et je suis achevé.

Se charge qui voudra d’affaires plus pressantes,Plus en nombre à la fois et plus embarrassantes,

Je pardonne à qui mieux s’en pourra démêler.

Mais allons voir celui qui m’ose quereller 1 .

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

DORANTE, ALCIPPE, PHILISTE.

PHILÏSTE.

Oui, vous faisiez tous deux en hommes de courage,Et n’aviez l’un ni l’autre aucun désavantage. .

Je rends grâces au ciel de ce qu’il a permisQue je sois 2 survenu pour vous refaire amis,

Et que, la chose égale, ainsi je vous sépare :

Mon heur en est extrême, et l’aventure rare.

DORANTE.

L’aventure est encor bien plus rare pour moi,

Qui lui faisais raison sans avoir su de quoi.

Mais, Alcippe, à présent tirez-moi hors de peine.Quel sujet aviez-vous de colère ou de haine ?

Quelque mauvais rapport m’aurait-il pu noircir?Dites, que devant lui je vous puisse éclaircir.

1 « Je dois beaucoup au Menteur, disait Molière à Boileau.Lorsqu’il parut, j’avais bien l’envie d’écrire; mais j’étais incer-tain de ce que j’écrirais : mes idées étaient confuses ; cet ouvragevint les lixer. Le dialogue me lit voir commcüt causaient leshonnêtes gens ; la grâce et l’esprit de Dorante m’apprirent qu’ilfallait toujours choisir un héros du bon ton; le sang-froid aveclequel il débite ses faussetés me montra comment il fallait éta-blir un caractère ; la scène où il oublie lui-même le nom supposéqu’il s’est donné m’éclaira sur la bonne plaisanterie ; et celle oùil est obligé de se battre, par suite de ses mensonges, me prouvaque toutes les comédies ont besoin d’un but moral. Enfin, sansle Menteur, j’aurais sans doute fait quelques pièces d’intrigue,V Étourdi, le Dépit amoureux ; mais peut-être n’aurais-je pasfait le Misanthrope. Embrassez-moi, dit Despréaux : voilà unaveu qui vaut la meilleure comédie. » (Extrait du Bolœana.)

2 Voltaire a fait imprimer que je suis survenu, et a pris delà occasion de rappeler la règle du que entre deux verbes, quiveut le second au subjonctif toutes les fois qu’on n’assure paspositivement quelque chose. Cette leçon n’existe dans aucunedes éditions publiées du vivant de Corneille, que nous avons

[ sous les yeux.