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Tome premier.
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418
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418 LE MENTEUR, ACTE IV, SCÈNE I.

Et vous avez gagné chez elle un grand accès.

Mais je suis ce fâcheux qui nuis par ma présence,

Et vous fais sous ces mots être d’intelligence.

DORANTE.

Ecut-être : qu’en crois-tu ?

CLITON.

Le peut-être est gaillard.

DORANTE.

Penses-tu qu’après tout j’en quitte encor ma part,

Et tienne tout perdu pour un peu de traverse?

CLITON.

Si jamais cette part tombait dans le commerce,

Et qu’il vous vînt marchand pour ce trésor caché,

.Te vous conseillerais d’en faire bon marché.

DORANTE.

Mais pourquoi si peu croire un feu si véritable?

CLITON.

A chaque bout de champ vous mentez comme un dia-dorante. [ble.

Je disais vérité.

CLITON.

Quand un menteur la dit,

En passant par sa bouche elle perd son crédit '.

DORANTE.

Il faut donc essayer si par quelque autre boucheElle pourra trouver un accueil moins farouche.Allons sur le chevet rêver quelque moyen 2D’avoir de l’incrédule un plus doux entretien.Souvent leur belle humeur suit le cours de la lune :Telle rend des mépris qui veut qu’on l’importune ;

Et de quelques effets que les siens soient suivis,

Il sera demain jour, et la nuit porte avis 3 4 .

•C b ■S'* • 9

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

DORANTE, CLITON.

cliton. [crèce't?

Mais, monsieur, pensez-vous qu’il soit jour chez Lu-

1 Voilà deux vers qui sont passés en proverbe : c’est une vé-rité fortement et naïvement exprimée ; elle est clans l’espagnol,et on l’a imitée dans l’italien. (V.)

2 II faut réver à quelque moyen. (V.)

3 On ne peut guère linir un acte moins vivement : il faut tou-jours tenir le spectateur en haleine, lui donner de la crainte oude l’espérance. Quand un personnage se borne à dire : nous ver-rons demain ce que nous ferons, allons-nous-en, le specta-teur est tenté de s’en aller aussi, à moins que les choses aux-quelles lepersonrageva rêver ne soient très-intéressantes. (V.)

4 Nous avons déjà remarqué que le lieu de la scène changeait

Pour sortir si matin elle a trop de paresse.

DORANTE.

On trouve bien souvent plus qu’on ne croit trouver ;Et ce lieu pour ma flamme est plus propre à rêver :J’en puis voir sa fenêtre, et de sa chère idéeMon âme à cet aspect sera mieux possédée.

CLITON.

A propos de rêver, n’avez-vous rien trouvéPour servir de remède au désordre arrivé?

DORANTE.

Je me suis souvenu d’un secret que toi-mêmeMe donnais hier pour grand, pour rare, pour suprê-Un amant obtient tout quand il est libéral. [me 1 :

CLITON.

Le secret est fort beau, mais vous l’appliquez mal :

Il ne fait réussir qu’auprès d’une coquette*

DORANTE.

Je sais ce qu’est Lucrèce, elle est sage et discrète 2 ;

A lui faire présent mes efforts seraient vains 3 :

Elle a le cœur trop bon ; mais ses gens ont des mains ;Et bien que sur ce point elle les désavoue,

Avec un tel secret leur langue se dénoue :

Ils parlent ; et souvent on les daigne écouter.

A tel prix que ce soit, il m’en faut acheter.

Si celle-ci venait qui m’a rendu sa lettre 4,

Après ce qu’elle a fait j’ose tout m’en promettre;

Et ce sera hasard si, sans beaucoup d’effort,

Je ne trouve moyen de lui payer le port.

CLITON.

Certes, vous dites vrai, j’en juge par moi-même :

Ce n’est point mon humeur de refuser qui m’aime;

Et comme c’est m’aimer que me faire présent,

Je suis toujours alors d’un esprit complaisant.

DORANTE.

Il est beaucoup d’humeurs pareilles à la tienne.

CLITON.

Mais, monsieur, attendant que Sabine survienne,

Et que sur son esprit vos dons fassent vertu 5 ,

souvent dans celte comédie, et que, par conséquent, l’unité deHeu n’y était pas scrupuleusement observée. (V.)

1 Un secret suprême ! voilà à quoi l’esclavage de la rime ré-duit trop souvent les auteurs ; on emploie les mots les plus im-propres, parce qu’ils riment. C’est le plus grand défaut de notrepoésie : il vaut mieux rejeter la plus belle pensée que de la malexprimer. (Y.)

2 D’où le sait-il , lui qui arriva hier de Poitiers? (V.) —Il lesait de Cliton même, à qui il a donné ordre de s’en informer àla septième scène du second acte, et qui lui en a rendu compteà la quatrième scène du troisième. Voltaire mit trop de précipi-tation dans quelques parties de son travail ; ces observations ensont la preuve. (P.)

3 IL faut dire : faire un présent, ou faire présent de quelquechose. (Y.)

4 Ce vers n’est pas français; il faudrait celle-là, ou celle.Celle ne doit point se séparer du qui ; mais ce n’est qu’une pe-tite faute. (V.).

5 On dit : se faire une vertu, faire une vertu d'un vice;