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LE MENTEUR, ACTE IV, SCÈNE III.
Il court quelque ruit sourd qu’Alcippe s’est battu.
DOUANTE.
Contre qui ?
CLITON.
L’on ne sait, mais un confus murmureD’un air pareil au vôtre à peu près le figure;
Et, si de tout le jour je vous avais quitté,
Je vous soupçonnerais de cette nouveauté.
DORANTE.
Tu ne me quittas point pour entrer chez Lucrèce!
CLITON.
Ah! monsieur, m’auriez-vous joué ce tour d’adresse?
DORANTE.
Nous nous battîmes hier, et j’avais fait sermentDe ne parler jamais de cet événement ;
Mais à toi, de mon cœur l’unique secrétaire,
A toi, de mes secrets le grand dépositaire,
Je ne cèlerai rien, puisque je l’ai promis.
Depuis cinq ou six mois nous étions ennemis :
Il passa par Poitiers, où nous prîmes querelle;
Et comme on nous fit lors une paix telle quelle,
Nous sûmes l’un à l’autre en secret protesterQu’à la première vue il en faudrait tâter.
Hier nous nous rencontrons ; cette ardeur se réveille,Fait de notre embrassade un appel à l’oreille;
Je me défais de toi, j’y cours, je le rejoins,
Nous vidons sur le pré l’affaire sans témoins;
Et le perçant à jour de deux coups d’estocade,
Je le mets hors d’état d’être jamais malade :
Il tombe dans son sang.
CLITON.
A ce compte il est mort ?
DORANTE.
Je le laissai pour tel.
CLITON.
Certes, je plains son sort :Il était honnête homme; et le ciel ne déploie...
SCÈNE IL
DORANTE, ALCIPPE, CLITON.
ALCIPPE.
Je te veux, cher ami, faire part de ma joie.
Je suis heureux ; mon père...
DORANTE.
Eh bien ?
ALCIPPE.
Vient d’arriver.
cliton , à Dorante.
Cette place pour vous est commode à rêver.
mais faire vertu , quand il signifie/aire effet, n’est plus d’u-sage; et/aire vertu sur quelque chose est un barbarisme. (Y.)
DORANTE.
Ta joie est peu commune, et pour revoir un pèreUn homme tel que nous ne se réjouit guère.
ALCIPPE.
Un esprit que la joie entièrement saisitPrésume qu’on l’entend au moindre mot qu’il dit.Sache donc que je touche à l’heureuse journéeQui doit avec Clarice unir ma destinée :
On attendait mon père afin de tout signer.
DORANTE.
C’est ce que mon esprit ne pouvait deviner ;
Mais je m’en réjouis. Tu vas entrer chez elle ?
ALCIPPE.
Oui, je lui vais porter cette heureuse nouvelle ;
Et je t’en ai voulu faire part en passant.
DORANTE.
Tu t’acquiers d’autant plus un cœur reconnaissant-.Enfin donc ton amour ne craint plus de disgrâce?
ALCIPPE.
Cependant qu’au logis mon père se délasse,
J’ai voulu par devoir prendre l’heure du sien.
cliton, bas, à Dorante.
Les gens que vous tuez se portent assez bien.
ALCIPPE.
Je n’ai de part ni d’autre aucune défiance :
Excuse d’un amant la juste impatience.
Adieu.
DORANTE.
Le ciel te donne un hymen sans souci !
SCÈNE III.
DORANTE, CLITON.
CLITON.
Il estmort! Quoi! monsieur, vous m’en donnez aussi,A moi, de votre cœur Tunique secrétaire,
A moi, de vos secrets le grand dépositaire !
Avec ces qualités j’avais lieu d’espérerQu’assez malaisément je pourrais m’en parer '.
DORANTE.
Quoi ! mon combat te semble un conte imaginaire?
CLITON.
Je croirai tout, monsieur, pour ne vous pas déplaire;Mais vous en contez tant,àtoute heure, en touslieux,Qu’il faut bien de l’esprit avec vous, et bons yeux.Maure, juif, ou chrétien, vous n’épargnez personne.
DORANTE.
Alcippe te surprend ! sa guérison t’étonne !
L’état où je le mis était fort périlleux ;
1 Dans ces deux vers, que Cliton répète ici après les avoir di t sà la tin du second acte, on peut remarquer qu’espérer, ne seprenant jamais en mauvaise part, ne peut pas servir de syno-nyme à craindre, et qu’ici l’expression n’est point juste. (V.)
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