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Tome premier.
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LE MENTEUR, ACTE V, SCENE I.

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Ces deux points en amour se suivent de si près,

Que qui se croit aimée aime bientôt après.

LUCRÈCE.

La curiosité souvent dans quelques âmesProduit le même effet que produiraient des flammes.

CLARICE.

Je suis prête à le croire afin de t’obliger.

SABINE.

Vous me feriez ici toutes deux enrager.

Voyez , qu’il est besoin de tout ce badinage !

Faites moins la sucrée, et changez de langage,

Ou vous n’en casserez, ma foi, que d’une dent 1 .

LUCRÈCE.

Laissons là cette folle, et dis-moi cependant,

Quand nous le vîmes hier dedans les Tuileries 2Qu’il te conta d’abord tant de galanteries,

Il fut, ou je me trompe, assez bien écouté.

Était-ce amour alors, ou curiosité?

CLARICE.

Curiosité pure, avec dessein de rire

De tous les compliments qu’il aurait pu me dire.

LUCRÈCE.

Je fais de ce billet même chose à mon tour ;

Je l’ai pris, je l’ai lu, mais le tout sans amour :

Curiosité pure, avec dessein de rire

•De tous les compliments qu’il aurait pu m’écrire.

CLARICE.

Ce sont deux que de lire, et d’avoir écouté :

L’un est grande faveur ; l’autre, civilité ;

Mais trouves-y ton compte, et j’en serai ravie ;

En l’état où je suis j’en parle sans envie.

LUCRÈCE.

Sabine lui dira que je l’ai déchiré.

CLARICE.

Nul avantage ainsi n’en peut être tiré.

Tu n’es que curieuse.

LUCRÈCE.

Ajoute à ton exemple.

CLARICE.

Soit. Mais il est saison que nous allions au temple 3 .

1 Façon de s’exprimer prise d’un ancien proverbe trivial, etindigne d’être écrit, surtout en vers. (Y.)

2 Ce vers prouve deux choses : d’abord, que la pièce duredeux journées; ensuite, que la scène a changé, que le théâtrene doit plus représenter les Tuileries, mais la place Royale. Ilétait, à la vérité, assez extraordinaire que ces dames se prome-nassent si régulièrement dans un jardin deux journées de suite ;mais il ne l’est pas moins qu’elles aient de si longues conféren-ces dans une place. Au reste, la règle des vingt-quatre heurespeut très-bien subsister, la pièce cemmençant à six heures dusoir, et finissant le lendemain à la même heure. (V.)

3 II est saison, pour il est temps, il est l'heure, ne se ditplus ; de plus, voilà une manière bien froide et bien maladroitede finir un acte : il est temps d’aller à l’église, parce que nousn’avons plus rien à dire. (Y.)

Lucrèce, à Clarice.

Allons.

( à Sabine. )

Si tu le vois, agis comme tu sais.

SABINE.

Ce n’est pas sur ce coup que je fais mes essais 1 :

Je connais à tous deux où tient la maladie ;

Et le mal sera grand si je n’y remédie.

Mais sachez qu’il est homme à prendre sur le vert 2 .

LUCRÈCE.

Je te croirai.

SABINE.

Mettons cette pluie à couvert.

ACTE CINQUIÈME 3 .

SCÈNE PREMIÈRE.

GÉRONTE, PHILISTE.

GÉRONTE.

Je ne pouvais avoir rencontre plus heureusePour satisfaire ici mon humeur curieuse.

Vous avez feuilleté le Digeste à Poitiers,

Et vu, comme mon fils, les gens de ces quartiers :Ainsi vous me pouvez facilement apprendreQuelle est et la famille et le bien de Pyrandre.

PHILISTE.

Quel est-il, ce Pyrandre?

GÉRONTE.

Un de leurs citoyens :

Noble, à ce qu’on m’a dit, mais un peu mal en biens.

PHILISTE.

Il n’est dans tout Poitiers bourgeois ni gentilhomme

1 Tu sais ne rime pas avec essais : c’est ce qu’on appelle desrimes provinciales. La rime est uniquement pour l’oreille. Onprononce tu sais comme s’il y avait tu sés, et essais est longet ouvert. Si on ne voulait rimer qu’aux yeux, cuiller rimeraitavec mouiller. Tous les mots qui se prononcent à peu près demême doivent rimer ensemble : il me parait que c’est la règlegénérale concernant la rime. (V.)

2 On appelait alors le vert le gazon de rempart sur lequel onse promenait, et de là vient le mot boulevert, vert à jouer à laboule, qu’on prononce aujourd’hui boulevart. Le nom de vertse donnait au marché aux herbes. (V.)

3 Dansla première éditiondu Menteur, Corneilleintroduisaitici un personnage nommé Argante, qui tenait à Géronte à peuprès le même langage que Philiste; mais, pour prévenir les cri-tiques qu’exciterait l’apparition d’un nouveau personnage à lalin de sa pièce, il le supprima, et relit la scène telle que nous ladonnons ci-dessus. Par une bizarrerie inconcevable, Yoltairen’a tenu aucun compte à Corneille de cette importante correc*lion.