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Tome premier.
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EXAMEN DU MENTEUR.

Sabine, à Dorante, comme il rentre.

Si vous vous mariez, il ne pleuvra plus guères.

DOUANTE.

Je changerai pour toi cette pluie en rivières 1 .

SABINE.

Vous n’aurez pas loisir seulement d’y penser.

Mon métier ne vaut rien quand on s’en peut passer.cliton , seul.

Comme en sa propre fourbe un menteur s’embarrasse!Peu sauraient comme lui s’en tirer avec grâce.

Vous autres qui doutiez s’il en pourrait sortir,

Par un si rare exemple apprenez à mentir ».

1 Plaisanterie bien recherchée. Un défaut de cette pièce est larépétition des façons et des gaîtés d'une soubrette à qui l’onfait quelques petits présents. (Y.)

2 C’est ici une plaisanterie de valet; mais elle paraît déplacée.On attend la morale de la pièce, qui est toute contraire au pro-pos de Cliton *. Goldoni ne manque jamais à ce devoir; toussesdénoûments sont accompagnés d’une courte leçon de vertu :chez lui, le Menteur est puni, et il doit l’être; il en a fait unmalhonnête homme, odieux et méprisable. Le Menteur, dans lepoète espagnol et dans la copie faite par Corneille, n’est qu’unétourdi. Il y a peut-être plus d’intérêt dans l’italien , en ce quetous les mensonges duBugiardoservent à ruiner les espérancesd’un honnête homme discret, timide et fidèle. (V.) — La comé-die du Menteur , qui précéda de vingt ans celles de Molière,fut empruntée des Espagnols , comme le Cid : ainsi nous de-vons à d’heureuses imitations, embellies par la muse de Cor-neille , la première tragédie touchante, et la première comédiede caractère que l’on ait vues sur notre théâtre ; et l’auteur fut,dans l’une et dans l’autre, également supérieur a tous ses con-temporains. C’est dans le Menteur qu’on entendit pour la pre-mière fois sur la scène la conversation des honnêtes gens. Onn’avait eu jusque-là que des farces grossières, telles que lesJodelets de Scarron, et de mauvais romans dialogués. L’in-trigue du Menteur est faible, et ne roule que sur une méprisede nom qui n’amène pas des situations fort comiques. Mais lafacilité et l’agrément des mensonges de Dorante, et la scèneentre son père et lui, où le poète a su être éloquent sans sortirdu ton de la comédie, font toujours revoir celte pièce avecplaisir. (La H.)

* La morale de la pièce est dans la belle scène du père et du fils ;elle serait déplacée dans la bouche de Cliton. (P.)

EXAMEN DU MENTEUR.

Cette pièce est eu partie traduite, en partie imitée del’espagnol. Le sujet m’en semble si spirituel et si bientourné, que j’ai dit souvent que je voudrais avoir donné lesdeux plus belles que j’aie faites, et qu’il fût de mon inven-tion. On l’a attribué au fameux Lope de Vega; mais ilm’est tombé depuis peu entre les mains un volume de donJuan d’Alarcon, où il prétend que cette comédie est à lui,et se plaint des imprimeurs qui l’ont fait courir sous le nomd’un autre. Si c’est son bien, je n’empêche pas qu’il nes’en ressaisisse. De quelque main que parte cette comédie,il est constant qu’elle est très-ingénieuse ; et je n’ai rien vudans cette langue qui m’ait satisfait davantage. J’ai tâchéde la réduire à notre usage et dans nos règles; mais il m’afallu forcer mon aversion pour les aparté, dont je n’au-rais pu la purger sans lui faire perdre une bonne partie deses beautés. Je les ai faits les plus courts que j’ai pu, et jeme les suis permis rarement, sans laisser deux acteurs en-semble qui s’entreliennent tout bas cependant que d’autresdisent ce que ceux-là ne doivent pas écouter. Cette dupli-cité d’action particulière ne rompt point i’unité de la prin-cipale, mais elle gêne un peu l’attention de l’auditeur, quine sait à laquelle s’attacher, et qui se trouve obligé de sé-parer aux deux ce qu’il est accoutumé de donner à une.L’unité de lieu s’y trouve, et tout ce qui s’y passe dansParis; mais le premier acte est dans les Tuileries, et le resteà la Place Royale. Celle de jour n’y est pas forcée pourvuqu’on lui laisse les vingt-quatre heures entières. Quant àcelle d’action, je ne sais s’il n’y a point quelque chose àdire, en ce que Dorante aime Clarice dans toute la pièce,et épouse Lucrèce à la fin, qui par là ne répond pas à laprotase. L’auteur espagnol lui donne ainsi le change pourpunition de ses menteries, et le réduit à épouser par forcecette Lucrèce qu’il n’aime point. Comme il se méprendtoujours au nom, et croit que Clarice porte celui-là, il luiprésente la main quand on lui a accordé l’autre, et dit hau-tement, lorsqu’on l’avertit de son erreur, que s’il s’esttrompé au nom, il ne se trompe point à la personne. Surquoi, le père de Lucrèce le menace de le tuer s’il n’épousesa fille après l’avoir demandée et obtenue; et le sien proprelui fait la même menace. Pour moi, j’ai trouvé cette ma-nière de finir un peu dure, et cru qu’un mariage moinsviolenté serait plus au goût de notre auditoire. C’est ce quim’a obligé à lui donner une pente vers la personne de Lu-crèce au cinquième acte, afin qu’après qu’il a reconnusa méprise aux noms, il fasse de nécessité vertu de meil-leure grâce, et que la comédie se termine avec pleine tran-quillité de tous côtés.

FIN DU MENTEUB.