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LA SUITE DU MENTEUR, ACTE I, SCÈNE I.
DOSANTE.
Suis-je fait en voleur, ou bien en assassin?
Traître, en ai-je l’habit, ou la mine, ou la taille?
CLITON.
Connaît-on à l’habit aujourd’hui la canaille?
Et n’est-il point, monsieur, à Paris de filousEt de taille et de mine aussi bonnes que vous?
DOSANTE.
Tu dis vrai, mais écoute. Après une querelleQu’à Florence un jaloux me fit pour quelque belle,J’eus avis que ma vie y courait du danger :
Ainsi donc sans trompette il fallut déloger.
Je pars seul et de nuit, et prends ma route en France,Où, sitôt que je suis en pays d’assurance,
Comme d’avoir couru je me sens un peu las,J’abandonne le poste, et viens au petit pas. .Approchant de Lyon, je vois dans la campagne...cliton, bas.
Naurons-nous point ici de guerres d’Allemagne ' ?
DOSANTE.
Que dis-tu?
CLITON.
Rien, monsieur, je gronde entre mes dentsDu malheur qui suivra ces rares incidents ;
J’en ai l’âme déjà toute préoccupée.
DOSANTE.
Donc à deux cavaliers je vois tirer l’épée ;
Et pour en empêcher l’événement fatal,
J’y cours la mienne au poing, et descends de cheval.L’un et l’autre, voyant à quoi je me prépare,
Se hâte 2 d’achever avant qu’on les sépare,
Presse sans perdre temps, si bien qu’à mon abordD’un coup que l’un allonge, il blesse l’autre à mort.
Je me jette au blessé, je l’embrasse, et j’essaiePour arrêter son sang de lui bander sa plaie ;
L’autre, sans perdre temps en cet événement,
Saute sur mon cheval, le presse vivement,
Disparaît, et mettant à couvert le coupable,
Me laisse auprès du mort faire le charitable.
Ce fut en cet état, les doigts de sang souillés,
Qu’au bruit de ce duel, trois sergents éveillés,
Tout gonflés de l’espoir d’une bonne lippée,
Me découvrirent seul, et la main à l’épée.
Lors, suivant du métier le serment solennel,
Mon argent fut pour eux le premier criminel;
Et s’en étant saisis aux premières approches,
Ces messieurs pour prison lui donnèrent leurspoehes,Et moi, non sans couleur, encor qu’injustement,
Je fus conduit par eux en cet appartement.
Qui te fait ainsi rire ? et qu’est-ce que tu penses?
1 Voyez le Menteur, acte I, sc. III.
2 On mettait indifféremment, du temps de Corneille, au sin-gulier ou au pluriel le verbe régi par l’un et Vautre.
CLITON.
Je trouve ici, monsieur, beaucoup de circonstances :Vous en avez sans doute un trésor infini ;
Votre hymen de Poitiers n’en fut pas mieux fourni ;Et le cheval surtout vaut en cette rencontreLe pistolet ensemble, et l’épée, et la montre 1 .
DOUANTE.
Je me suis bien défait de ces traits d’écolierDont l’usage autrefois m’était si familier ;
Et maintenant, Cliton, je vis en honnête homme.
CLITON.
Vous êtes amendé du voyage de Rome ;
Et votre âme en ce lieu, réduite au repentir,
Fait mentir le proverbe en cessant de mentir.
Ah! j’aurais plutôt cru...
DOEANTE.
Le temps m’a fait connaîtreQuelle indignité c’est, et quel mal en peut naître.
CLITON.
Quoi ! ce duel, ces coups si justement portés,
Ce cheval, ces sergents...
DORANTE.
Autant de vérités.
CLITON.
J’ensuis fâché pour vous,monsieur,et surtoutd’une,Que je ne compte pas à petite infortune :
Vous êtes prisonnier, et n’avez point d’argent;
Vous serez criminel.
DORANTE.
Je suis trop innocent.
CLITON.
Ah ! monsieur, sans argent est-il de l’innocence?
DORANTE.
Fort peu ; mais dans ces murs Philiste a pris naissance,Et comme il est parent des premiers magistrats,
Soit d’argent, soit d’amis, nous n’en manquerons pas.J’ai su qu’il est en ville, et lui venais d’écrireLorsqu’ici le concierge est venu t’introduire.
Va lui porter ma lettre.
cliton. ■
Avec un tel secours
Vous serez innocent avant qu’il soit deux jours.
Mais je ne comprends rien à ces nouveaux mystères :Les filles doivent être ici fort volontaires ;
Jusque dans la prison elles cherchent les gens 2 .
1 Voyez le récit du Menteur , acte II, sc. V.
2 La dernière partie de cette première scène me parait d’untrès-grand mérite ; il y a cependant quelques fautes de langage.(V-)
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