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Tome premier.
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LA SUITE DU MENTEUR, ACTE I, SCÈNE VI.

Et pour moi, c’est bien pis, je n’ose plus paraître.

Ce maraud de farceur m’a fait si bien connaître,

Que les petits enfants, sitôt qu’on m’aperçoit,

Me courent dans là rue et me montrent au doigt ;

Et chacun rit de voir les courtauds de boutique,Grossissant à l’envi leur chienne de musique,

Se rompre le gosier, dans cette belle humeur,

A crier après moi : le valet du Menteur!

Vous en riez vous-même !

DORANTE.

Il faut bien que j’en rie.

CLTTON.

Je n’y trouve que rite, et cela vous décrie,

Mais si bien, qu’à présent, voulant vous marier,

Vous ne trouveriez pas la fille d’un huissier,

Pas celle d’un recors, pas d’un cabaret même.

DORANTE.

11 faut donc avancer près de celle qui m’aime.Comme Paris est loin, si je ne suis déçu,

Nous pourrons réussir avant qu’elle ait rien su.

Mais quelqu’un vient à nous, et j’entends du murmure.

SCÈNE IV.

CLÉANDRE, DORANTE, CLITON,

LE PRÉVÔT.

dorante, au prévôt.

Ce cavalier, monsieur, n’a rien qui lui ressemble ;L’autre est de moindre taille, il a le poil plus blond ,Le teint plus coloré, le visage plus rond,

Et je le connais moins, tant plus je le contemple.CLÉANDRE , bas.

O générosité qui n’eut jamais d’exemple!

dorante.

L’habit même est tout autre.

LE PRÉVÔt.

Enfin ce n’est pas lui?

DORANTE.

Non, il n’a point de part au duel d’aujourd’hui.

le prévôt, à Clêandre.

Je suis ravi, monsieur, de voir votre innocenceAssurée à présent par sa reconnaissance;

Sortez quand vous voudrez, vous avez tout pouvoir.Excusez la rigueur qu’a voulu mon devoir.

Adieu.

CLÉANDRE, ttU prévôt.

Vousavez fait le dû de votre office 1 .

SCÈNE ' V.

DORANTE, CLÉANDRE, CLITON.

CLÉANDRE, (IU prévôt.

Ah ! je suis innocent ; vous me faites injure.

le prévôt, à Clêandre.

Si vous l’êtes, monsieur, ne craignez aucun mal;Mais comme enfin le mort était votre rival,

Et que le prisonnier proteste d’innocence,

Je dois sur ce soupçon vous mettre en sa présence.

clêandre, au prévôt.

Et si pour s’affranchir il ose me charger ?

le prévôt , à Clêandre.

La justice entre vous en saura bien juger.

Souffrez paisiblement que l’ordre s’exécute.

( à Dorante. )

Vous avez vu, monsieur, le coup qu’on vous impute ;Voyez ce cavalier; en serait-il l’auteur?

CLÉANDRE, bas.

Il va me reconnaître. Ah! Dieu ! je meurs de peur.

dorante, au prévôt.

Souffrez que j’examine à loisir son visage.

(bas. )

C’est lui, mais il n’a fait qu’en homme de courage ;Ce serait lâcheté, quoi qu’il puisse arriver,

De perdre un si grand cœur quand je puis le sauver.Ne le découvrons point.

CLÉANDRE, bas.

Il me connaît ; je tremble.

dorante, à Clêandre.

Mon cavalier, pour vous je me fais injustice;

Je vous tiens pour brave homme, et vous reconnaisFaites votre devoir comme j’ai fait le mien, [bien ;

CLÉANDRE.

Monsieur...

DORANTE.

Point de réplique, on pourrait nous entendre.

CLÉANDRE.

Sachez donc seulement qu’on m’appelle Clêandre,Que je sais mon devoir, que j’en prendrai souci,

Et que je périrai pour vous tirer d’ici.

SCÈNE VE

DORANTE, CLITON.dorante.

N’est-il pas vrai, Cliton, que c’eut été dommageDe livrer au malheur ce généreux courage?J’avais entre mes mains et sa vie et sa mort,

Et je me viens de voir arbitre de son sort.

1 Celte scène n’est-elle pas très-vraisemblable, très-atta-chante? Dorante n’yjoue-t-il pas le rôle d’un homme généreux?n’inspire-t-il pas pour lui un grand intérêt? la situation n’est-ellepas des plus heureuses? ne tient-elle pas les esprits en suspens?le doute qu’il y ait au théâtre une pièce mieux commencée. (V.)