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LA SUITE DU MENTEUR, ACTE II, SCÈNE VI.
Et chez les gens d’honneur on ne l’a point pleuré.Sans perdre plus de temps, souffrez que j’aille appren-Pour en venir à bout quel chemin il faut prendre, [dreNe vous attristez point cependant en prison,
On aura soin de vous comme en votre maison ;
Le concierge en a l’ordre, il tient de moi sa place,
Et sitôt que je parle il n’est rien qu’il ne fasse.
DOUANTE.
Ma joie est de vous voir, vous me l’allez ravir.
PHILISTE.
Je prends congé de vous pour vous aller servir.Cliton divertira votre mélancolie.
SCÈNE Y.
DORANTE, CLITON.
CLITON.
Comment va maintenant l’amour ou la folie ?
Cette dame obligeante au visage inconnu,
Qui s’empare des cœurs avec son revenu,
Est-elle encore aimable ? a-t-elle encor des charmes ?Par générosité lui rendrons-nous les armes?
DORANTE.
Cliton, je la tiens belle, et m’ose figurerQu’elle n’a rien en soi qu’on ne puisse adorer.
Qu’en imagines-tu ?
CLITON.
J’en fais des conjecturesQui s’accordent fort mal avecque vos figures.
Vous payer par avance, et vous cacher son nom,Quoi que vous présumiez, ne marque rien de bon.
A voir ce qu’elle a fait, et comme elle procède,
Je jurerais, monsieur, qu’elle est ou vieille ou laide,Peut-être l’une et l’autre, et vous a regardéComme un galant commode, et fort incommodé.
DORANTE.
Tu parles en brutal.
CLITON.
Vous en visionnaire.
Mais, si je disais vrai, que prétendez-vous faire?
DORANTE.
Envoyer et la dame et les amours au vent.
CLITON.
Mais vous avez reçu ; quiconque prend se vend.
DORANTE.
Quitte pour lui jeter son argent à la tête.
CLITON.
Le compliment est doux et la défaite honnête.
Tout de bon à ce coup vous êtes converti ;
Je le soutiens, monsieur, le proverbe a menti.
Sans scrupule autrefois, témoin votre Lucrèce,
Vous emportiez l’argent, et quittiez la maîtresse ;Mais Rome vous a fait si grand homme de bien,
Qu’à présent vous voulez rendre à chacun le sien.Vous vous êtes instruit des cas de conscience.
DORANTE.
Tu m’embrouilles l’esprit faute de patience, [moins,Deux ou trois jours peut-être, un peu plus, un peuÉclairciront ce trouble, et purgeront ces soins.
Tu sais qu’on m’a promis que la beauté qui m’aimeViendra me rapporter sa réponse elle-même :
Vois déjà sa servante, elle revient.
CLITON.
Tant pis.
Dussiez-vous enrager, c’est ce que je vous dis.
Si fréquente ambassade, et maîtresse invisible,
Sont de ma conjecture une preuve infaillible.
Voyons ce qu’elle veut, et si son passe-portEst aussi bien fourni comme au premier abord.
DORANTE.
Veux-tu qu’à tous moments il pleuve des pistoles?
CLITON.
Qu’avons-nous sans cela besoin de ses paroles ?
SCÈNE VI.
DORANTE, LYSE, CLITON.
DORANTE, à Lyse.
Je ne t’espérais pas si soudain de retour.
LYSE.
Vous jugerez par là d’un cœur qui meurt d’amour.De vos civilités ma maîtresse est ravie :
Elle serait venue, elle en brûle d’envie;
Mais une compagnie au logis la retient :
Elle viendra bientôt, et peut-être elle vient;
Et je me connais mal à l’ardeur qui l’emporte,
Si vous ne la voyez même avant que je sorte.Acceptez cependant quelque peu de douceursFort propres en ces lieux à conforter les cœurs ;
Les sèches sont dessous, celles-ci sont liquides.
CLITON.
Les amours de tantôt me semblaient plus solides.
Si tu n’as autre chose, épargne mieux tes pas ;
Cette inégalité ne me satisfait pas.
Nous avons le cœur bon, et, dans nos aventures,Nous ne fûmes jamais hommes à confitures.
LYSE.
Badin, qui te demande ici ton sentiment?
CLITON.
Ah! tu me fais l’amour un peu bien rudement.
LYSE.
Est-ce à toi de parler? que n’attends-tu ton heure !
DORANTE.
Saurons-nous cette fois son nom, ou sa demeure ?
LYSE.
Non pas encor si tôt.