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Tome premier.
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LA SUITE DU MENTEUR, ACTE III, SCÈNE I.

SCÈNE VII.

DORANTE, CLITON.

DORANTE.

Viens, Cliton, et regarde. Est-elle vieille ou laide?Voit-on des yeux plus vifs ? voit-on des traits plus doux?

CLITON.

Je suis un peu moins dupe, et plus futé que vous.C’est un leurre, monsieur, la chose est toute claire;Elle a fait tout du long les mines qu’il faut faire.

On amorce le monde avec de tels portraits,

Pour les faire surprendre on les apporte exprès;

On s’en fâche, on fait bruit, on vous les redemande,Mais on tremble toujours de crainte qu’on les rende ;Et pour dernière adresse, une telle beautéNe se voit que de nuit et dans l’obscurité,

De peur qu’en un moment l’amour ne s’estropieA voir l’original si loin de la copie.

Mais laissons ce discours, qui peut vous ennuyer.Vous ferai-je venir l’orfévre prisonnier?

DORANTE.

Simple ! n’as-tu point vu que c’était une feinte,

Un effet de l’amour dont mon âme est atteinte ?

CLITON.

Bon; en voici déjà de deux en meme jour,

Par devoir d’honnête homme, et par effet d’amour.Avec un peu de temps nous en verrons bien d’autres.Chacun a ses talents, et ce sont là les vôtres.

DORANTE.

Tais-toi, tu m’étourdis de tes sottes raisons.

A lions prendre un peu l’air dans la cour des prisons.

ACTE TROISIEME.

SCÈNE PREMIÈRE.

CLÉANDRE, DORANTE, CLITON.

( L’acte se passe dans la prison. )

DORANTE.

Je vous en prie encor, discourons d’autre chose,

Et sur un tel sujet ayons la bouche close :

On peut nous écouter, et vous surprendre ici ;

Et si vous vous perdez, vous me perdez aussi.

La parfaite amitié que pour vous j’ai conçue,Quoiqu’elle soit l’effet d’une première vue,

Joint mon péril au vôtre, et les unit si bienQu’au cours de votre sort elle attache le mien.

CLÉANDRE.

N’ayez aucune peur, et sortez d’un tel doute.

J’ai des gens là dehors qui gardent qu’on n’écoute ;Et je puis vous parler en toute sûrétéDe ce que mon malheur doit à votre bonté.

Si d’un bienfait si grand qu’on reçoit sans mériteQui s’avoue insolvable aucunement s’acquitte,

Pour m’acquitter vers vous autant que je le puis,J’avoue, et hautement, monsieur, que je le suis ;Mais si cette amitié par l’amitié se paie,

Ce cœur qui vous doit tout vous en rend une vraie.La vôtre la devance à peine d’un moment,

Elle attache mon sort au vôtre également;

Et l’on n’y trouvera que cette différence,

Qu’en vous elle est faveur, en moi reconnaissance.

DORANTE.

N’appelez point faveur ce qui fut un devoir.

Entre les gens de cœur il suffit de se voir.

Par un effort secret de quelque sympathieL’un à l’autre aussitôt un certain nœud les lie :Chacun d’eux sur son front porte écrit ce qu’il est ;Et quand on lui ressemble, on prend son intérêt.

CLITON.

Par exemple, voyez, aux traits de ce visageMille dames m’ont pris pour homme de courage,

Et sitôt que je parle, on devine à demiQue le sexe jamais ne fut mon ennemi.

CLÉANDRE.

Cet homme a de l’humeur '.

DORANTE.

C’est un vieux domestiqueQui, commevous voyez, n’est pas mélancolique.

A cause de son âge il se croit tout permis ;

Il se rend familier avec tous mes amis,

Mêle partout son mot ; et jamais, quoi qu’on die,Pour donner son avis il n’attend qu’on l’en prie.Souvent il importune, et quelquefois il plaît.

CLÉANDRE.

J’en voudrais connaître un de l’humeur dont il est.

CLITON.

Croyez qu’à le trouver vous auriez de la peine :

Le monde n’en voit pas quatorze à la douzaine ;

Et je jurerais bien, monsieur, en bonne foi,

Qu’en France il n’en est point que Jodelet et moi.

DORANTE.

Voilà de ses bons mots les galantes surprises ;

Mais qui parle beaucoup dit beaucoup de sottises ;

Et quand il a dessein de se mettre en crédit,

Plus il y fait d’effort, moins il sait ce qu’il dit.

CLITON.

On appelle cela des vers à ma louange.

1 On dirait aujourd’hui :

11 est de bonne humeur.

Ce mot n’avaitpas besoin alors de l’adjectif pour signifier en-jouement, gaieté .