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Tome premier.
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447
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LA SUITE DU MENTEUR, ACTE III, SCÈNE II. 447

CLEANDHE.

Presque insensiblement nous avons pris le change.Mais revenons, monsieur, à ce que je vous dois.

DORANTE.

Nous en pourrons parler encor quelque autre fois :

Il suffit pour ce coup.

CLEANDBE.

Je ne saurais vous taireEn quel heureux état se trouve votre affaire.

Vous sortirez bientôt, et peut-être demain ;

Mais un si prompt secours ne vient pas de ma main ;Les amis de Philiste en ont trouvé la voie :

J’en dois rougir de honte au milieu de ma joie ;

Et je 11e saurais voir sans être un peu jalouxQu’il m’ôte les moyens de m’employer pour vous.

Je cède avec regret à cet ami lidèle ;

S’il a plus de pouvoir, il n’a pas plus de zèle;

Et vous m’obligerez , au sortir de prison,

De me faire l’honneur de prendre ma maison.

Je n’attends point le temps de votre délivrance,

De peur qu’encore un coup Philiste me devance ;Comme il m’ôte aujourd’hui l’espoir de vous servir,Vous loger est un bien que je lui veux ravir.

DORANTE.

C’est un excès d’honneur que vous me voulez rendre ;Et je croirais faillir de m’en vouloir défendre.

CLEANDBE.

Je vous en reprîrai quand vous pourrez sortir ;

Et lors nous tâcherons à vous bien divertir,

Et vous faire oublier l’ennui que je vous cause.

Auriez-vous cependant besoin de quelque chose ?Vous êtes voyageur, et pris par des sergents ;

Et quoique ces messieurs soient fort honnêtes gens,Il en est quelques-uns...

CLITON.

Les siens en sont du nombre ;Ils ont en le prenant pillé jusqu’à son ombre;

Et n’était que le ciel a su le soulager,

Vous le verriez encor fort net et fort léger;

Mais comme je pleurais ses tristes aventures,

Nous avons reçu lettre, argent et confitures.

CLEANDBE.

Et de qui?

DORANTE.

Pour le dire, il faudrait deviner.Jugez ce qu’en ma place on peut s’imaginer.

Une dame m’écrit, me flatte, me régale,

Me promet une amour qui n’eut jamais d’égale,Me fait force présents...

CLEANDBE.

Et vous visite?

DOSANTE.

Non.

CLEANDBE.

Vous savez son logis ?

DOSANTE.

Non ; pas même son nom.

Ne soupçonnez-vous point ce que ce pourrait être ?

CLEANDBE.

A moins que de la voir je ne la puis connaître.

DOSANTE.

Pour un si bon ami je n’ai point de secret.

Voyez, connaissez-vous les traits de ce portrait?

CLEANDBE.

Elle semble éveillée, et passablement belle;

Mais je 11e vous en puis dire aucune nouvelle,

Et je ne connais rien à ces traits que je voi.

Je vais vous préparer une chambre chez moi.Adieu x .

SCÈNE II.

DORANTE, CLITON.

DOBANTE.

Ce brusque adieu marque un trouble dans l’âme.Sans doute il la connaît.

CLITON.

C’est peut-être sa femme.

DOBANTE.

Sa femme?

CLITON.

Oui, c’est sans doute elle qui vous écrit;Et vous venez de faire un coup de grand esprit.

Voilà de vos secrets et de vos confidences.

DOSANTE.

Nomme-les par leur nom, dis de mes imprudences.Mais serait-ce en effet celle que tu me dis?

CLITON.

Envoyez vos portaits à de tels étourdis,

Ils gardent un secret avec extrême adresse.

C’est sa femme, vousdis-je, ou du moins sa maîtresse.Ne l’avez-vous pas vu tout changé de couleur?

DOSANTE.

J e l’ai vu comme atteint d’une vive douleur,

Faire de vains efforts pour cacher sa surprise.

Son désordre, Cliton, montre ce qu’il déguise.

Il a pris un prétexte à sortir promptement,

Sans se donner loisir d’un mot de compliment.

1 Cette scène ne dément en rien le mérite des deux premiersactes : n’est-ce pas l'invention du monde la plus heureuse defaire secourirDoranteparson rival Philiste et de préparer ainsile plus grand embarras ? J’écarte, comme je l’ai déjà dit, tousles petits défauts de langage, les plaisanteries qui ne sont plus demode ; je ne m’arrête qu’à la marche de la pièce, qui me paraittoujours parfaite : la manière dont Mélisse envoie à Dorante sonportrait, celle dont il le prend ; ce portrait montré à un hommequi parait surpris et fâché de le voir ; encore une fois, y a-t-ilrien de mieux ménagé et de plus agréable dans aucune pièce dethéâtre ? (Y.)