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Tome premier.
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LA SUITE DU MENTEUR, ACTE IV, SCÈNE I.

CLITON.

Non, non, à l’avenir je fais vœu de m’en taire :J'aurais trop à compter.

DORANTE.

Conserver un secret,

Ce n’est pas tant mentir qu’être amoureux discret ;L’honneur d’une maîtresse aisément y dispose.CLITOiY.

Ce n’est qu’autre prétexte, et non pas autre chose.Croyez-moi, vous mourrez, monsieur, dans votreEt vous mériterez cet illustre tombeau, [peau,Cette digne oraison que naguère j’ai faite :

Vous vous en souvenez sans que je la répète.

DORANTE.

Pour de pareils sujets peut-on s’en garantir?

Et toi-même à ton tour ne crois-tu point mentir?L’occasion convie, aide, engage, dispense;

Et pour servir un autre on ment sans qu’on y pense.

CLITON.

Si vous m’y surprenez, étrillez-y-moi bien.

DORANTE.

Allons trouver Philiste, et ne jurons de rien.

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

MÉLISSE, LYSE.

MÉLISSE.

J’en tremble encor de peur, et n’en suis pas remise.

LYSE.

Aussi bien comme vous je pensais être prise.

MÉLISSE.

Non, Philiste n’est fait que pour m’incommoder.Voyez ce qu’en ces lieux il venait demander,

S’il est heure si tard de faire une visite.

LYSE.

Un ami véritable à toute heure s’acquitte ;

Mais un amant fâcheux, soit de jour, soit de nuit,Toujours à contre-temps à nos yeux se produit ;

Et depuis qu’une fois il commence à déplaire,

Il ne manque jamais d’occasion contraire :

Tant son mauvais destin semble prendre de soinA mêler sa présence où l’on la veut le moins !

MÉLISSE.

Quel désordre eût-ce été, Lyse, s’il m’eût connue !

LYSE.

Il vous aurait donné fort avant dans la vue.

MÉLISSE.

Quel bruit et quel éclat n’eût point fait son courroux!

LYSE.

Il eût été peut-être aussi honteux que vous.

Un homme un peu content et qui s’enfaitaccroire,Se voyant méprisé, rabat bien de sa gloire,

Et, surpris qu’il en est en telle occasion,

Toute sa vanité tourne en confusion.

Quand il a de l’esprit, il sait rendre le change ;

Loin de s’en émouvoir, en raillant il se venge,Affecte des mépris , comme pour reprocherQue la perte qu’il fait ne vaut pas s’en fâcher ;

Tant qu’il peut, il témoigne une âme indifférente.Quoi qu’il en soit enfin, vous avez vu Dorante ,

Et fort adroitement je vous ai mise en jeu.

MÉLISSE.

Et fort adroitement tu m’as fait voir son feu.

LYSE.

Eh bien! mais que vous semble encor du personnage?Vous en ai-je trop dit?

MÉLISSE.

J’en ai vu davantage.

LYSE.

A vez-vous du regret d’avoir trop hasardé ?

MÉLISSE.

Je n’ai qu’un déplaisir, d’avoir si peu tardé.

LYSE.

Vous l’aimez ?

MÉLISSE.

Je l’adore.

LYSE.

Et croyez qu’il vous aime ?

MÉLISSE.

Qu’il m’aime, et d’une amour, comme la mienne , ex-lyse. [trême.

Une première vue, un moment d’entretien,

Vous fait ainsi tout croire, et ne douter de rien !

MÉLISSE.

Quand les ordres du ciel nous on t fait l’un pour l’autre 1 ,Lyse, c’est un accord bientôt fait que le nôtre :

Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir,

Sème l’intelligence avant que de se voir ;

Il prépare si bien l’amant et la maîtresse,

Que leur âme au seul nom s’émeut et s’intéresse.

1 Si la Suite du Menteur est tombée, ces vers ne le sont pas ;presque tous les connaisseurs les savent par cœur : c’est la mêmepensée qu’on voit dans Rodogune, et cela prouve que les mêmeschoses conviennent quelquefois à la comédie et à la tragédie;mais la comédie a sans doute plus de droit à ces petits morceauxnaïfs et galants. Celui-ci a toujours passé pour achevé. Il n’y aque ce vers,

Et, sans s’inquiéter de mille peurs frivoles,

qui dépare un peu ce joli couplet. Nous avons déjà remarquécombien la rime entraîne de mauvais vers, et avec quel soin ilfaut empêcher que de deux vers il y en ail un pour le sens, etl’autre pour la rime. (V.)