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Tome premier.
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LA SUITE DU MENTEUR

DOUANTE.

Où voulez-vous demain que je vous entretienne?

Je dois être élargi.

MÉLISSE.

Je vous ferai savoir

Dès demain chez Cléandre où vous me pourrez voir.DOSANTE.

Et qui vous peut si tôt apprendre ces nouvelles?

MÉLISSE.

Et ne savez-vous pas que l’amour a des ailes ?

DORANTE.

Vous avez habitude avec ce cavalier?

MÉLISSE.

Non, je sais tout cela d’un esprit familier.

Soyez moins curieux, plus secret, plus modeste,

Sans ombrage, et demain nous parlerons du reste.dorante , seul.

Comme elle est ma maîtresse, elle m’a fait leçon,

Et d’un soupçon je tombe en un autre soupçon.Lorsqueje crains Cléandre, un ami me traverse;

Mais nous avons bien fait de rompre le commerce.

Je crois l’entendre.

SCÈNE VII.

DORANTE, PHILISTE, CLITON.

PHILISTE.

Ami, vous m’avez tôt quitté!dorante.

Sachant fort peu la ville, et dans l’obscurité,

En moins de quatre pas j’ai tout perdu de vue ;

Et m’étant égaré dès la première rue,

Comme je sais un peu ce que c’est que l’amour,

J’ai cru qu’il vous fallait attendre en Bellecour ;

Mais je n’ai plus trouvé personne à la fenêtre.Dites-moi, cependant, qui massacrait ce traître?

Qui le faisait crier?

PHILISTE.

A quelque mille pas,

Je l’ai rencontré seul tombé sur des plâtras.

DORANTE.

Maraud, ne criais-tu que pour nous mettre en peine?

CLITON.

Souffrez encore un peu que je reprenne haleine.Comme à Lyon le peuple aime fort les laquais,

Et leur donne souvent de dangereux paquets,

Deux coquins, me trouvant tantôt en sentinelle,

Ont laissé choir sur moi leur haine naturelle;

Et sitôt qu’ils ont vu mon habit rouge et vert...

DORANTE.

Quand il est nuit sans lune, et qu’il fait temps couvert,Connaît-on les couleurs? tu donnes une bourde.

CLITON.

Ils portaient sous le bras une lanterne sourde.

, ACTE IV, SCÈNE VIII.

C’était fait de ma vie, ils me traînaient à l’eau ;

Mais sentant du secours, ils ont craint pour leur peau,Et, jouant des talons tous deux en gens habiles,

Us m’ont fait trébucher sur un monceau de tuiles,Chargé de tant de coups et de poing et de pied,

Que je crois tout au moins en être estropié.

Puissé-je voir bientôt la canaille noyée!

PHILISTE.

Si j’eusse pu les joindre, ils me l’eussent payéeL’heureuse occasion dont je n’ai pu jouir,

Et que cette sottise a fait évanouir.

Vous en êtes témoin, cette belle adorableNe me pourrait jamais être plus favorable ;

Jamais je n’en reçus d’accueil si gracieux :

Mais j’ai bientôt perdu ces moments précieux.

Adieu. Je prendrai soin demain dé votre affaire.

Il est saison pour vous de voir votre lingère.Puissiez-vous recevoir dans ce d oux entretienUn plaisir plus solide et plus long que le mien !

SCÈNE VIII.

DORANTE, CLITON.

DORANTE.

Cliton, si tu le peux, regarde-moi sans rire.

CLITON.

J’entends à demi-mot, et ne m’en puis dédire.

J’ai gagné votre mal.

DORANTE.

Eh bien? l’occasion?

CLITON.

Elle fait le menteur, ainsi que le larron.

Mais si j’en ai donné, c’est pour votre service.

DORANTE.

Tu l’as bien fait courir avec cet artifice.

CLITON.

Si je ne fusse chu, je l’eusse mené loin ;

Mais surtout j’ai trouvé la lanterne au besoin ;

Et, sans ce prompt secours, votre feinte importuneM’eût bien embarrassé de votre nuit sans lune.Sachez un autre fois que ces difficultésNe se proposent point qu’entre gens concertés.

DORANTE.

Pour le mieux éblouir, je faisais le sévère.

CLITON.

C'était un jeu tout propre à gâter le mystère.Dites-moi cependant, êtes-vous satisfait?

DORANTE.

Autant comme on peut l’être.

CLITON.

En effet?

DORANTE.

En effet.