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Tome premier.
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LA SUITE DU MENTEUR, ACTE V, SCÈNE I.

CLITON.

Et Philiste?

DORANTE.

Il se tient comblé d’heur et de gloire :Mais on l’a pris pour moi dans une nuit si noire ;

On s’excuse du moins avec cette couleur.

CLITON.

Ces fenêtres toujours vous ont porté malheur.

Vous y prîtes jadis Clarice pour Lucrèce 1 :Aujourd’hui même erreur trompe cette maîtresse ;Et vous n’avez point eu de pareils rendez-vousSans faire une jalouse ou devenir jaloux.

DORANTE.

Je n’ai pas lieu de l’être, et n’en sors pas fort triste.

CLITON.

Vous pourrez maintenant savoir tout de Philiste.

DORANTE.

Cliton, tout au contraire, il me faut l’éviter :

Tout est perdu pour moi s’il me va tout conter.

De quel front oserais-je, après sa confidence,Souffrir que mon amour se mît en évidence?

Après les soins qu’il prend de rompre ma prison,Aimer en même lieu semble une trahison.

Voyant cette chaleur qui pour moi l’intéresse,

Je rougis en secret de servir sa maîtresse,

Et crois devoir du moins ignorer son amourJ usqu’à ce que le mien ait pu paraître au jour.Déclaré le premier, je l’oblige à se taire ;

Ou, si de cette flamme il ne se peut défaire,

Il ne peut refuser de s’en remettre au choixDe celle dont tous deux nous adorons les lois.

CLITON.

Quand il vous préviendra, vous pouvez le défendreAussi bien contre lui comme contre Cléandre.

DORANTE.

Contre Cléandre et lui je n’ai pas même droit :

Je dois autant à l’un comme l’autre me doit ;

Et tout homme d’honneur n’est qu’en inquiétude,Pouvant être suspect de quelque ingratitude.Allons nous reposer ; la nuit et le sommeilNous pourront inspirer quelque meilleur conseil.

ACTE CINQUIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

LYSE, CLITON.

CLITON.

Nous voici bien logés, Lyse, et sans raillerie,

Je ne souhaitais pas meilleure hôtellerie.

Enfin nous voyons clair à ce que nous faisons,

Et je puis à loisir te conter mes raisons.

LYSE.

Tes raisons? c’est-à-dire autant d’extravagances.

CLITON.

Tu me connais déjà!

LYSE.

Bien mieux que tu ne penses.

CLITON.

J’en débite beaucoup.

LYSE.

Tu sais les prodiguer.

CLITON.

Mais sais-tu que l’amour me fait extravaguer ?

LYSE.

En tiens-tu donc pour moi ?

CLITON.

J’en tiens, je le confesse.

LYSE.

Autantcommeton maître en tient pour ma maîtresse ?CLITON.

Non pas encor si fort, mais dès ce même instantIl ne tiendra qu’à toi que je n’en tienne autant :

Tu n’as qu’à l’imiter pour être autant aimée.

LYSE.

Si son âme est en feu, la mienne est enflammée ;

Et je crois jusqu’ici 11e l’imiter pas mal.

CLITON.

Tu manques, à vrai dire, encore au principal.

LYSE.

Ton secret est obscur.

CLITON.

Tu ne veux pas l’entendre?

Vois quelle est sa méthode, et tâche de la prendre.

Ses attraits tout puissants ont des avant-coureursEncor plus souverains à lui gagner les cœurs :

Mon maître se rendit à ton premier message.

Ce n’est pas qu’en effet je n’aime ton visage ;Maisl’amour aujourd’hui dans les cœurs lesplusvainsEntre moins par les yeux qu’il ne fait par les mains ;Et quand l’objet aimé voit les siennes garnies,

Il voit en l’autre objet des grâces infinies :Pourrais-tu te résoudre à m’attaquer ainsi ?

LYSE.

J’en voudrais être quitte à moins d’un grand merci.

CLITON.

Écoute ; je n’ai pas une âme intéressée,

Et je te veux ouvrir le fond de ma pensée. [gueur;

Aimons-nous but à but, sans soupçons, sans ri-Donnons âme pour âme, et rendons cœurpour cœur.LYSE.

J’en‘veux bien à ce prix.

1 Voyez le Menteur, acte III, sc. IV.