LA SUITE DU MENTEUR, ACTE V, SCÈNE V.
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C’était nie repentir de l’avoir conservé,
C’était l’assassiner après l’avoir sauvé ;
C’était désavouer ce généreux silenceQu’au péril de mon sang garda mon innocence,
Et perdre, en vous forçant à ne plus m’estimer,Toutes les qualités qui vous firent m’aimer.
MÉLISSE.
Hélas ! tout ce discours ne sert qu’à me confondre.
Je n’y puis consentir, et ne sais qu’y répondre.
Mais je découvre enfin l’adresse de vos coups;
Vous parlez pour Philiste, et vous faites pour vous :Vos dames de Paris vous rappellent vers elles;
Nos provinces pour vous n’en ont point d’assez belles.Si dans votre prison vous avez fait l’amant,
Je ne vous y servais que d’un amusement.
A peine en sortez-vous que vous changez de style;Pour quitter la maîtresse il faut quitter la ville.
Je ne vous retiens plus, allez.
DORANTE.
Puisse à vos yeux
M’écraser à l’instant la colère des deux,
Si j’adore autre objet que celui de Mélisse,
Si je conçois des vœux que pour votre service,
Et si pour d’autres yeux on m’entend soupirer,
Tant que je pourrai voir quelque lieu d’espérer !
Oui, madame, souffrez que cette amour persisteTant que l’hymen engage ou Mélisse, ou Philiste;Jusque-là les douceurs de votre souvenirAvec un peu d’espoir sauront m’entretenir :
J’en jure par vous-même, et ne suis point capableD’un serment ni plus saint ni plus inviolable.
Mais j’offense Philiste avec un tel serment;
Pour guérir vos soupçons je nuis à votre amant.J’effacerai ce crime avec cette prière :
Si vous devez le cœur à qui vous sauve un frère,Vous ne devez pas moins au généreux secoursDont tient le jour celui qui conserva ses jours.
Aimez en ma faveur un ami qui vous aime,
Et possédez Dorante en un autre lui-même.
Adieu. Contre vos yeux c’est assez combattu ;
Je sens à leurs regards chanceler ma vertu;
Et, dans le triste état où mon âme est réduite,
Pour sauver mon honneur, je n’ai plus que la fuite
1 Cette scène pouvait faire un très-grand effet, et ne le faitpoint. Les plus beaux sentiments n’attendrissent jamais quandils ne sont pas amenés, préparés par une situation pressante,par quelque coup de théâtre, par quelque chose de vif et d’a-nimé. (V.)
SCÈNE IV.
DORANTE, PHILISTE, MÉLISSE, LYSE,CLITON.
PHILISTE.
Ami, je vous rencontre assez heureusement.
Vous sortiez?
DORANTE.
Oui, je sors, ami, pour un moment.Entrez, Mélisse est seule, et je pourrais vous nuire.
PHILISTE.
Ne m’échappez donc point avant que m’introduire ;A près, sur le discours vous prendrez votre temps ;Et nous serons ainsi l’un et l’autre contents.
Vous me semblez troublé!
Adieu.
DORANTE.
J’ai bien raison de l’être
PHILISTE.
Vous soupirez, et voulez disparaître!
De Mélisse ou de vous je saurai vos malheurs.Madame, puis-je... O ciel ! elle-même est en pleurs !Je ne vois des deux parts que des sujets d’alarmes.D’où viennent ses soupirs ? et d’où naissent vos larmes ?Quel accident vous fâche, et le fait retirer?
Qu’ai-je à craindre pour vous, ou qu’ai-je à déplorer?
MÉLISSE.
Philiste, il est tout vrai... Mais retenez Dorante,
Sa présence au secret est la plus importante.
DORANTE.
Vous me perdez, madame.
MÉLISSE.
Il faut tout hasarderPour un bien qu’autrement je ne puis plus garder.
LYSE.
Cléandre entre.
MÉLISSE.
Le ciel à propos nous l'envoie.
SCENE V.
DORANTE, PHILISTE, CLÉANDRE,MÉLISSE, LYSE, CLITON.
CLEANDRE.
Ma sœur, auriez-vous cru...? Vous montrez peu dejoie!En si bon entretien qui vous peut attrister?
mélisse, à Cléandre.
J’en contais le sujet, vous pouvez l’écouter.
( à Philiste. )
Vous m’aimez, je l’ai su de votre propre bouche,
Je l’ai su de Dorante, et votre amour me touche,
Si trop peu pour vous rendre un amour tout pareil,Assez pour vous donner un fidèle conseil.
Ne vous obstinez plus à chérir une ingrate ; [flatte.J’aime ailleurs, c’est en vain qu’un faux espoir vous