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Tome premier.
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THÉODORE, ACTE III, SCÈNE I.

SCÈNE VII.

VALENS, PAULIN.

VALENS.

L’impérieuse humeur ! vois comme elle me brave,Comme son tier orgueil m’ose traiter d’esclave.

PAULIN.

Seigneur, j’en suis confus, mais vous le méritez :

Au lieu d’y résister, vous vous y soumettez.

VALENS.

Ne t’imagine pas que dans le fond de l’âmeJe préfère à mon fils les fureurs d’une femme ;

L’un m’est plus cher que l’autre, et par ce triste arrêtCe n’est que de ce fils que je prends l’intérêt.

Théodore est chrétienne, et ce honteux suppliceVient moins de ma rigueur que de mon artifice :Cette haute infamie où je veux la plongerEst moins pour la punir que pour la voir changer.

Je connais les chrétiens ; la mort la plus cruelleAffermit leur constance, et redouble leur zèle;

Et sans s’épouvanter de tous nos châtiments,

Ils trouvent des douceurs au milieu des tourments ;Mais la pudeur peut tout sur l’esprit d’une filleDont la vertu répond à l’illustre famille;

Et j’attends aujourd’hui d’un si puissant effortCe que n’obtiendraient pas les frayeurs de la mort.Après ce grand effet, j’oserai tout pour elle,

En dépit de'Flavie, en dépit de Marcelle;

Et je n’ai rien à craindre auprès de l’empereur,

Si ce cœur endurci renonce à son erreur :

Lui-même il me loûra d’avoir su l’y réduire;Lui-même il détruira ceux qui m’en voudraient nuire.J’aurai lieu de braver Marcelle et ses amis :

Ma vertu me soutient où son crédit m’a mis ;

Mais elle me perdrait, quelque rang que je tienne,

Si j’osais à ses yeux sauver cette chrétienne.

Va la voir de ma part, et tâche à l’étonner :

Dis-lui qu’à tout le peuple on va l’abandonner >,Tranche le mot enfin, que je la prostitue ;

Et, quand tu la verras troublée et combattue,

Donne entrée à Placide, et souffre que son feuTâche d’en arracher un favorable aveu.

Les larmes d’un amant et l’horreur de sa hontePourront fléchir ce cœur qu’aucun péril ne dompte,Et lors elle n’a point d’ennemis si puissantsDont elle ne triomphe avec un peu d’encens ;

Et cette ignominie où je l’ai condamnéeSe changera soudain en heureux hyménée.

1 Ce vers et le mot prostitue présentent l’image la plus dégoû-tante, la plus odieuse et la plus sale ; cela ne serait pas souffertà la foire : voilà pourtant le nœud de la pièce. On ne sort pointd’élonnement que le même homme qui a imaginé le cinquièmeacte de Rodogtme ait fait un pareil ouvrage. (V.)

PAULIN.

Votre prudence est rare, et j’en suivrai les lois.Daigne le juste ciel seconder votre choix,

Et par une influence un peu moins rigoureuse,Disposer Théodore à vouloir être heureuse !

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

THÉODORE,PAULIN.

THÉODOBE.

Où m'allés?-vous conduire?

PAULIN.

Il est à votre choix :

Suivez-moi dans le temple, ou subissez nos lois.

THÉODORE.

De ces indignités vos juges sont capables ?

PAULIN.

Ils égalent la peine aux crimes des coupables ?

THÉODORE.

Si le mien est trop grand pour le dissimuler,

N’est-il point de tourments qui puissent l’égaler !

PAULIN.

Comme dans les tourments vous trouvez des délices,Ils ont trouvé pour vous ailleurs de vrais supplices,Et par un châtiment aussi grand que nouveau,

De votre vertu même ils font votre bourreau.

THÉODORE.

Ah! qu’un si détestable et honteux sacrificeEst pour elle en effet un rigoureux supplice!

PAULIN.

Ce mépris de la mort qui partout à nos yeuxBrave si hautement et nos lois et nos dieux,

Cette indigne fierté ne serait pas punieA ne vous ôter rien de plus cher que la vie :

Il faut qu’on leur immole, après de tels mépris,

Ce que chez votre sexe on met à plus haut prix,

Ou que cette fierté, de nos lois ennemie,

Cède aux justes horreurs d’une pleine infamie,

Et que votre pudeur rende à nos immortelsL’encens que votre orgueil refuse à leurs autels.

THÉODORE.

Valens me fait par vous porter cette menace;

Mais, s’il hait les chrétiens, il respecte ma race :

Le sang d’Antiochus n’est pas encor si basQu’on l’abandonne en proie aux fureurs des soldats >

PAULIN.

Ne vous figurez point qu’en un tel sacrilègeLe sang d’Antiochus ait quelque privilège ;