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Tome premier.
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486
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486 THEODORE, ACTE V. SCÈNE HT.

ACTE CINQUIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

PAULIN, CLÉOBULE.

PAULIN.

Oui, Valens pour Placide a beaucoup d’indulgence;

Il est même en secret de son intelligence :

C’était par cet arrêt lui qu’il considérait ;

Et je vous ai conté ce qu’il en espérait.

Mais il hait des chrétiens l’opiniâtre zèle ;

Et s’il aime Placide, il redoute Marcelle;

Il en sait le pouvoir, il en voit la fureur;

Et ne veut pas se perdre auprès de l’empereur :

Il ne veut pas périr pour conserver Didyme ;

Puisqu’il s’est laissé prendre, il paira pour son crime.Valens saura punir son illustre attentatPar inclination et par raison d’Ètat;

Et si quelque malheur ramène Théodore,

A moins qu’elle renonce à ce Dieu qu'elle adore,

Ddt Placide lui-même après elle en mourir,

Par les mêmes motifs il la fera périr.

Dans l’âme il est ravi d’ignorer sa retraite,

Il fait des vœux au ciel pour la tenir secrète;

Il craint qu’un indiscret la vienne révéler,

Et n’osera rien plus que de dissimuler.

CLÉOBULE.

Cependant vous savez, pour grand que soit ce crime,Ce qu’a juré Placide en faveur de Didyme.

Piqué contre Marcelle, il cherche à la braver,

Et hasardera tout afin de le sauver.

Il a des amis prêts, il en assemble encore;

Et si quelque malheur vous rendait Théodore,

Je prévois des transports en lui si violents,

Que je crains pour Marcelle et même pour Valens.Mais a-t-il condamné ce généreux coupable?

PAULIN.

Il l’interroge encor, mais en juge implacable.

CLÉOBULE.

Il m’a permis pourtant de l’attendre en ce lieu,

Pour tâcher à le vaincre, ou pour lui dire adieu.

Ah! qu’il dissiperait un dangereux orage,

S’il voulait à nos dieux rendre le moindre hommage !

PAULIN.

Quand de sa folle erreur vous l’auriez diverti,

En vain de ce péril vous le croiriez sorti.

Flavie est aux abois, Théodore échappéeD’un mortel désespoir jusqu’au cœur l’a frappée;Marcelle n’attend plus que son dernier soupir :

Jugez à quelle rage ira son déplaisir;

Et si, comme on ne peut s’en prendre qu’à Didyme,Son époux lui voudra refuser sa victime.

CLÉOBULE.

Ah ! Paulin, un chrétien à nos autels réduitFait auprès des Césars un trop précieux bruit;

Il leur devient trop cher pour souffrir qu’il périsse.Mais je le vois déjà qu’on amène au supplice.

SCÈNE IL

PAULIN, CLÉOBULE, LYCANTE, DIDYME.

CLÉOBULE.

Lycante, souffre ici l’adieu de deux amis,

Et me donne un moment que Valens m’a promis.

LYCANTE.

J’en ai l’ordre, et je vais disposer ma cohorteA garder cependant les dehors de la porte.

Je ne mets point d’obstacle à vos derniers secrets ;Mais tranchez promptement d’inutiles regrets.

SCÈNE III.

CLÉOBULE, DIDYME, PAULIN.

CLÉOBULE.

Ce n’est point, cher ami, le cœur troublé d’alarmesQue je t’attends ici pour te donner des larmes;

Un astre plus bénin vient d’éclairer tes jours :

Il faut vivre, Didyme, il faut vivre.

DIDYME.

Et j’y cours.

Pour la cause de Dieu s’offrir en sacrilice,

C’est courir à la vie, et non pas au supplice.

CLÉOBULE.

Peut-être dans ta secte est-ce une vision ;

Mais l’heur que je t’apporte est sans illusion.Théodore est à toi : ce dernier témoignageEt de ta passion et de ton grand courageA si bien en amour changé tous ses mépris,

Qu’elle t’attend chez moi pour t’en donner le prix.

DIDYME.

Que me sert son amour et sa reconnaissance,

Alors que leur effet n’est plus en sa puissance?

Et qui t’amène ici par ce frivole attrait

Aux douceurs de ma mort mêler un vain regret,

Empêcher que ma joie à mon heur ne réponde,

Et m’arracher encore un regard vers le monde?

Ainsi donc Théodore est cruelle à mon sortJusqu’à persécuter et ma vie et ma mort ;

Dans sa haine et sa flamme également à craindre,

Et moi dans l’une et l’autre également à plaindre!

CLÉOBULE.

Ne te figure point d’impossibilitéOù tu fais, si tu veux, trop de facilité,

Où tu n’as qu’à te faire un moment de contrainte :