THEODORE. ACTE Y. SCÈNE VI. 487
Donne à ton Dieu ton cœur, aux nôtres quelque feinte;Un peu d’encens offert aux pieds de leurs autelsPeut égaler ton sort au sort des immortels.
DIDYME.
Et pour cela vers moi Théodore t’envoie ?
Son esprit adouci me veut par cette voie ?
CLÉOBULE.
Non, elle ignore encor que tu sois arrêté ;
Mais ose en sa faveur te mettre en liberté ;
Ose te dérober aux fureurs de Marcelle,
Et Placide t’enlève en Égypte avec elle,
Où son cœur généreux te laisse entre ses brasÊtre avec sûreté tout ce que tu voudras.
milVME.
Va, dangereux ami que l’enfer me suscite,
Ton damnable artifice en vain me sollicite :
Mon cœur, inébranlable aux plus cruels tourments,
A presque été surpris de tes chatouillements ;
Leur mollesse a plus fait que le fer ni la flamme ;
Elle a frappé mes sens, elle a brouillé mon âme ;
Ma raison s’est troublée, et mon faible a paru :
Mais j’ai dépouillé l’homme, et Dieu ma secouru.
Va revoir ta parente, et dis-lui qu’elle quitteCe soin de me payer par delà mon mérite.
Je n’ai rien fait pour elle, elle ne me doit rien ;
Ce qu’elle juge amour n’est qu’ardeur de chrétien :C'est la connaître mal que de la reconnaître ;
Je n’en veux point de prix que du souverain maître;Et comme c’est lui seul que j’ai considéré,
C’est lui seul dont j’attends ce qu’il m’a préparé.
Si pourtant elle croit me devoir quelque chose,
Et peut avant ma mort souffrir que j'en dispose,Qu’elle paie à Placide, et tâche à conserverDes jours que par les miens je lui viens de sauver;Qu’elle fuie avec lui, c’est tout ce que veut d’elleLe souvenir mourant d’une flamme si belle.
Mais elle-même vient, hélas ! à quel dessein ?
SCÈNE IV.
DIDYME, THÉODORE, CLÉOBULE,
• PAULIN, LYCANTE.
(Lycante suit Théodore, et entre incontinent chezMarcelle sans rien dire. )
DIDYME.
Pensez-vous m’arracher la palme de la main,Madame , et mieux que lui m’expliquant votçe envie,Par un charme plus fort m’attacher à la vie ?
THÉODOBE.
Oui, Didyme, il faut vivre et me laisser mourir;C’est à moi qu’on en veut, c’est à moi de périr.
cléobdle, à Théodore.
O dieux! qu’elle fureur aujourd’hui vous possède !
(à Paulin.)
Mais prévenons le mal par le dernier remède :
Je cours trouver Placide ; et toi, tire en longueurDe Valens, si tu peux, la dernière rigueur.
SCÈNE V.
DIDYME, THÉODORE, PAULIN.
DIDYME.
Quoi ! ne craignez-vous point qu’une rage ennemieVous fasse de nouveau traîner à l’infamie?
THÉODOBE.
Non, non, Flavie est morte, et Marcelle en fureurDédaigne un châtiment qui m’a tant fait d’horreur;Je n’en ai rien à craindre, et Dieu me le révèle :
Ce n’est plus que du sang que veut cette cruelle;
Et quelque cruauté qu’elle veuille essayer,
S’il ne faut que du sang j’ai trop de quoi payer.Rends-moi, rends-moi ma place assez et trop gardée.Pour me sauver l’honneur je te l’avais cédée;Jusque-là seulement j’ai souffert ton secours ;
Mais je la viens reprendre alors qu’on veut mes jours.Rends, Didyme, rends-moi le seul bien où j’aspire,C’est le droit de mourir, c’est l’honneur du martyre.A quel titre peux-tu me retenir mon bien?
DIDYME.
A quel droit voulez-vous vous emparer du mien ?C’est à moi qu’appartient, quoi que vous puissiez dire,Et le droit de mourir, et l’honneur du martyre;
De sort comme d’habits nous avons su changer,
Et l’arrêt de Valens me le vient d’adjuger.
THÉODOBE.
Tu t’obstines en vain, la haine de Marcelle...
SCÈNE VI.
MARCELLE, THÉODORE, DIDYME, PAULIN,LYCANTE, STÉPHANIE.
mabcelle, à Lycante.
Avec quelque douceur j’en reçois la nouvelle;
Non que mes déplaisirs s’en puissent soulager,
Mais c’est toujours beaucoup que se pouvoir venger.
THÉODORE.
Madame, je vous viens rendre votre victime;
Ne le retenez plus, ma fuite est tout son crime :
Ce n’est qu’au lieu de moi qu’on le mène à l’autel ;
Et puisque je me montre, il n’est plus criminel.
C’est pour moi que Placide a dédaigné Flavie ;
C’est moi par conséquent qui lui coûte la vie.
DIDYME.
Non ; c’est moi seul, madame, et vous l’avez pu voir,Qui, sauvant sa rivale, ai fait son désespoir.