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Tome premier.
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THÉODORE, ACTE V, SCÈNE VIII.

Jusqu’à votre palais et votre appartement.

Prévenez ce désordre, et jugez quel carnageProduit le désespoir qui s’oppose à la rage,

Et combien des deux parts l’amour et la fureurÉtaleront ici de spectacles d’horreur.

VALENS.

N’importe, laissons faire et Marcelle et Placide.

Que l’amour en furie ou la haine en décide;

Que Théodore en meure ou ne périsse pas,

J’aurai lieu d’excuser sa vie ou son trépas.

S’il la sauve, peut-être on trouvera dans RomePlus de cœurquede crime à l’ardeur d’un jeune hom-Je l’en désavoûrai, j’irai l’en accuser, [me.

Les pousser par ma plainte à le favoriser,

A plaindre son malheur en blâmant son audace :César même pour lui me demandera grâce ;

Et cette illusion de ma sévéritéAugmentera ma gloire et mon autorité.

PAULIN.

Et s’il ne peut sauver cet objet qu’il adore?

Si Marcelle à ses yeux fait périr Théodore?

VALENS.

Marcelle aura sans moi commis cet attentat :

J’en saurai près de lui faire un crime d’État,

A ses ressentiments égaler ma colère,

Lui promettre vengeance, et trancher du sévère,

Et n’ayant point de part en cet événement,

L’en consoler en père un peu plus aisément.

Mes soins avec le temps pourront tarir ses larmes.

PAULIN.

Seigneur, d’un mal si grand c’est prendre peu d’alar-Placide est violent, et pour la secourir [mes.

Il périra lui-même , ou fera tout périr.

Si Marcelle y succombe, appréhendez son frère,

Et si Placide y meurt, les déplaisirs d’un père.

De grâce, prévenez ce funeste hasard.

Mais que vois-je? peut-être il est déjà trop tard.Stéphanie entre ici, de pleurs toute trempée.

VALENS.

Théodore à Marcelle est sans doute échappée,

Et l’amour de Placide a bravé son effort.

SCÈNE VIII.

VALENS, PAULIN, STÉPHANIE.

valens , à Stéphanie.

Marcelle a donc osé les traîner à la mortSans mon su, sans mon ordre? et son audace extrê-stéphanie. [me...

Seigneur, pleurez sa perte, elle est morte elle-même.

VALENS.

Elle est morte!

STÉPHANIE.

Elle l’est.

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VALENS.

Et Placide a commis...

STÉPHANIE.

Non, ce n’est en effet ni lui ni ses amis ;

Mais s’il n’en est l’auteur, du moins il en est cause.

VALENS.

Ah ! pour moi l’un et l’autre est une même chose ;

Et puisque c’est l’effet de leur inimitié,

Je dois venger sur lui cette chère moitié.

Mais apprends-moi sa mort, du moins si tu l’as vue.

STÉPHANIE.

De l’escalier à peine elle était descendue,

Qu’elle aperçoit Placide aux portes du palais,

Suivi d’un gros armé d’amis et de valets,

Sur les bords du perron soudain elle s’avance,

Et pressant sa fureur qu’accroît cette présence,

« Viens, dit-elle, viens voir l’effet de ton secours ; »Et sans perdre de temps en de plus longs discours,Ayant fait avancer l’une et l’autre victime,

D’un côté Théodore, et de l’autre Didyme,

Elle lève le bras, et de la même main

Leur enfonce à tous deux un poignard dans le sein.

VALENS.

Quoi! Théodore est morte ?

STÉPHANIE.

Et Didyme avec elle.

VALENS.

Et l’un et l’autre enfin de la main de Marcelle?

Ah ! tout est pardonnable aux douleurs d’un amant,Et quoi qu’ait fait Placide en son ressentiment...

STÉPHANIE.

Il n’a rien fait, seigneur; mais écoutez le reste :

Il demeure immobile à cet objet funeste ;

Quelque ardeur qui le pousse à venger ce malheur,Pour en avoir la force il a trop de douleur;

Il pâlit, il frémit, il tremble, il tombe, il pâme,

Sur son cher Cléobule il semble rendre l’âme.

Cependant, triomphante entre ces deux mourants,Marcelle les contemple à ses pieds expirants,

Jouit de sa vengeance, et d’un regard avideEn cherche les douceurs jusqu’au cœur de Placide ;Et tantôt se repaît de leurs derniers soupirs,

Tantôt goûte à pleins yeux ses mortels déplaisirs,

Y mesure sa joie, et trouve plus charmanteLa douleur de l’amant que la mort de l’amante,

Nous témoigne un dépit qu’après ce coup fatal,

Pour être trop sensible il sent trop peu son mal ;

En hait sa pâmoison qui la laisse impunie,

Au péril de ses jours la souhaite finie.

Mais à peine il revit, qu’elle, haussant la voix :

« Je n’ai pas résolu de mourir à ton choix 1 ,

1 II y a dans ce récit quelques vers dignes de Corneille, etque Voltaire aurait pu faire remarquer. (P.)