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Tome premier.
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4‘JO

THÉODORE, ACTE V, SCÈNE IX.

« Dit-elle, ni d’attendre à rejoindre Flavie« Que ta rage insolente ordonne de ma vie. »

A ces mots, furieuse, et se perçant le flancDe ce même poignard fumant d’un autre sang,

Elle ajoute : « Va, traître, à qui j'épargne un crime;

« Si tu veux te venger, cherche une autre victime.

« Je meurs, mais j’ai de quoi rendre grâces aux dieux,

« Puisque je meurs vengée, et vengée à tes yeux. »Lors même, dans la mort conservant son audace,Elle tombe, et tombant elle choisit sa place,

D’où son œil semble encore à longs traits se solderDu sang des malheureux qu’elle vient d’immoler.

VALENS.

Et Placide?

STÉPHANIE.

J’ai fui, voyant Marcelle morte,

De peur qu’une douleur et si juste et si forteNe vengeât... Mais, seigneur, je l’aperçois qui vient.

VALENS.

Arrête, de faiblesse à peine il se soutient;

Et d’ailleurs à ma vue il saura se contraindre, [dre 1 !Ne crains rien. Mais, ô dieux! quej’ai moi-même à crain-

SCÈNE IX.

VALENS, PLACIDE, CLÉOBULE, PAULIN,STÉPHANIE, TEODPE.

VAI.ENS.

Cléobule, quel sang coule sur ses habits?

CLÉOBULE.

Le sien propre, seigneur.

VALENS.

Ah ! Placide ! ah ! mon fils !

PLACIDE.

Retire-toi, cruel !

VALENS.

Cet ami si fidèle

1 Cette tin est funeste, mais elle n’est nullement touchante :pourquoi? parce qu’on ne s’intéresse à personne. A quoi bon in-tituler tragédie cltréUeneece malheureux ouvrage? Supposonsque Théodore fût de la religion de ses pères, Marcelle n’en estpas moins furieuse de la perte de sa tille, que Placide a dédai-gnée, et qui est morte de la fièvre; elle n’en tue pas moinsThéodore, elle ne s’en tue pas moins elle-même; Placide aussine s’arrache pas moins la vie, et le tout aux yeux du maître dela maison, le plus imbécile qu’on ait jamais mis sur le théâtretragique : voilà quatre morts violentes, et tout est froid. Il nesuf lit pas de répandre du sang, il faut que l’àme du spectateursoit continuellement remuée en faveur de ceux dont le sang estrépandu. Ce n’est pas le meurtre qui touche, c’est l’intérêtqu’on prend aux malheureux. Jamais Corneille n’a cherchécelte grande et principale partie de la tragédie ; il a donné toutà l’intrigue, et souvent à l’intrigue plus embrouillée qu’intéres-sante; il a élevé l’àme quelquefois, il a excité l’admiration; il apresque toujours négligé les deux grands pivots du tragique, laterreur et la pitié ; il a fait très-rarement répandre des larmes.

N’a pu rompre le coup qui t’immole à Marcelle!

Qui sont les assassins?

CLÉOBDLE.

Son propre désespoir.

VALENS.

Et vous ne deviez pas le craindre et le prévoir ?

CLÉOBULE.

Je l’ai craint et prévu jusqu’à saisir ses armes;

Mais comme après ce soin j’en avais moins d’alarmes,Embrassant Théodore, un funeste hasardA fait dessous sa main rencontrer ce poignard,

Par où ses déplaisirs trompant ma prévoyance...

VALENS.

Ali! fallait-il avoir si peu de défiance?

PLACIDE.

Rends-en grâces au ciel, heureux père et mari :

Par là t’est conservé ce pouvoir si chéri,

Ta dignité dans l’âme à ton fils préférée;

Ta propre vie enfin par là t’est assurée,

Et ce sang qu’un amour pleinement indignéPeut-être en ses transports n’aurait pas épargné.

Pour ne point violer les droits de la naissance,

11 fallait que mon bras s’en mit dans l’impuissance :C’est par là seulement qu’il s’est pu retenir,

Et je me suis puni de peur de te punir.

Je te punis pourtant, c’est ton sang que je verse;Si tu m’aimes encor, c’est ton sein que je perce ;

Et c’est pour te punir que je viens en ces lieux,

Pour le moins en mourant te blesser par les yeux.Daigne ce juste ciel...

VALENS.

Cléobule, il expire!

CLÉOBULE.

Non, seigneur, je l’entends encore qui soupire,

Ce n’est que la douleur qui lui coupe la voix.

VALENS.

Non, non, j’ai tout perdu, Placide est aux abois ;Mais ne rejetons pas une espérance vaine,

Portons-le reposer dans la chambre prochaine ;

Et vous autres, allez prendre souci des morts,Tandis que j’aurai soin de calmer ses transports '.

1 Si quelque chose peut étonner etconfondrel’esprithumain,c’est que l’auteur de Polgeucte ait pu être celui de Théodore;c’est que le même homme qui avait fait la scène sublime danslaquelle Pauline demande à Sévère la grâce de son mari, ait puprésenter une héroïne dans un mauvais lieu, et accompagnerune turpitude si odieuse et si ridicule de tous les mauvais raison-nements qu’une tel le impertinence peut suggérer, de tous les in-cidents qu'une telle infamie peut fournir, et de tous les mau-vais vers que le plus inepte des versiiicateurs n’aurait jamais pufaire. Comment ue se trouva-t-il personne qui empêchât l’au-teur de Cinna de déshonorer ses talents par le choix honteuxd’un tel sujet, et par une exécution aussi mauvaise que le sujetmême? comment les comédiens osèrent-ils enfin représenterThéodore? (V.) — Voltaire ici n’est que juste, il ne l’est pasmoins dans la plupart de ses remarques sur cette malheureuse