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Tome premier.
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RODOGUNE, ACTE III, SCÈNE IV.

Mais a-t-elle intérêt au choix que vous ferez,

Pour en craindre les maux que vous vous figurez 1 ?La couronne est à nous ; et, sans lui faire injure,Sans manquer de respect aux droits de la nature,Chacun de nous à l’autre en peut céder sa part,

Et rendre à votre choix ce qu’il doit au hasard 2 .Qu’un si faible scrupule en notre faveur cesse :

Votre inclination vaut bien un droit d’aînesse,

Dont vous seriez traitée avec trop de rigueur 3 4 ,

S’il se trouvait contraire aux vœux de votre cœur.

Ou vous applaudirait quand vous seriez à plaindre 4 ;Pour vous faire régner ce serait vous contraindre,Vous donner la couronne en vous tyrannisant,

Et verser du poison sur ce noble présent.

Au nom de ce beau feu qui tous deux nous consume,Princesse, à notre espoir ôtez cette amertume 5 ;

Et permettez que l’heur qui suivra votre époux 6 7Se puisse redoubler à le tenir de vous 7.

RODOGUNE.

Ce beau feu vous aveugle autant comme il vous brûle;Et, tâchant d’avancer, son effort vous recule 8 9 .

Vous croyez que ce choix que l’un et l’autre attendPourra faire un heureux sans faire un mécontent ;

Et moi, quelque vertu que votre cœur prépare 9,

Je crains d’en faire deux si le mien se déclare 10 :

Non que de l’un et l’autre il dédaigne les vœux ;

Je tiendrais à bonheur d’être à l’un de vous deux " ;

1 U parait naturel que Cléopâtre ait intérêt à ce choix, puis-que Rodogune peut choisir le cadet, et que Cléopâtre doit choi-sir l’ainé; de plus, la phrase est trop louche : a-l-elle intérêtpour en craindre? (V.)

2 Chacun de nous peut céder sa part de son espérance, etrendre au choix de Rodogune ce qu’il doit au hasard : quellangage! quel tour! il faudrait au moins ce qu’il devrait auhasard; car les deux frères n’ont encore rien. (V.)

3 Un droit d’atnesse dont on est traité avec rigueur; celan’est pas français, et le vers n’est pas bien tourné. (V.)

4 Applaudirait n’est pas le mol propre ; c’est on vous féli-citerait . (V.)

5 Qu’est-ce qu’ôter l’amertume à un espoir? (V.)

6 Un heur qui suit un époux, et qui redouble à le tenir!tout cela est impropre, et n’est ni bien construit, ni français;ce sont autant de barbarismes. (V.)

7 C’est encore un barbarisme : un heur qui redouble à letenir! il semble que ce soit cet heur qui tienne. (V.)

8 Cela n’est ni français, ni noble, ni exact. Aveugler et recu-ler sont des ligures qui ne peuvent aller ensemble : toute méta-phore doit finir comme elle a commencé. Qu’est-ce que l’effortd’un feu qui recule deux princes tâchant d’avancer ? (V.)

9 Et moi , quelque vertu que votre cœur prépare..

ne paraît pas bien dit ; on ne prépare pas une vertu comme ônprépare une réponse, un dessein, une action, un discours, etc.(V.)

10 Elle craint d’en faire deux. On ne sait, par la construction,si c’est deux heureux ou deux mécontents ; le mien veut diremon cœur : toute cette tirade est un peu embrouillée. (V.)

M Tenir à bonheur est une façon de parler de ce temps-là;mais la belle poésie ne l’a jamais admise. (V.)

Blais souffrez que je suive enfin ce qu’on m’ordonne :Je me mettrai trop haut s’il faut que je me donne ;Quoique aisément je cède aux ordres de mon roi,

Il n’est pas bien aisé de m’obtenir de moi.

Savez-vous quels devoirs, quels travaux, quels servi-Voudront de mon orgueil exiger les caprices 1 ? [ces,Par quels degrés de gloire on me peut mériter 2 ?

En quels affreux périls il faudra vous jeter?

Ce cœur vous est acquis après le diadème,

Princes; mais gardez-vous de le rendre à lui-même 3 .Vous y renoncerez peut-être pour jamaisQuand je vous aurai dit à quel prix je le mets.

SÉLEUCUS.

Quels seront les devoirs, quels travaux, quels servicesDont nous ne vous fassions d’amoureux sacrifices 4 ?Et quels affreux périls pourrons-nous redouter,

Si c’est par ces degrés qu’on peut vous mériter 5 ?

ANTIOCHUS.

Princesse, ouvrez ce cœur, et jugez mieux du nôtre;Jugez mieux du beau feu qui brûle l’un et l’autre,

Et dites hautement à quel prix votre choixVeut faire l’un de nous le plus heureux des rois.

BODOGUNE.

Princes, le voulez-vous ?

ANTIOCHUS.

C’est notre unique envie-

RODOGUNE.

Je verrai cette ardeur d’un repentir suivie.

SÉLEUCUS.

Avant ce repentir tous deux nous périrons.

RODOGUNE.

Enfin vous le voulez ?

SÉLEUCUS.

Nous vous en conjurons.

BODOGUNE.

Eh bien donc! il est temps de me faire connaître.J’obéis à mon roi, puisqu’un de vous doit l’être 6 ;

x II est bien étrange qu’elle se serve de ce mot, et qu’elle ap-pelle caprice l’abominable proposition qu’elle va faire. (V.)

2 Elle appelle un parricide degré de gloire; si elle parle sé-rieusement , elle dit une chose aussi affreuse que fausse ; si c’estune ironie, c’est joindre le comique à l’horreur. (V.)

3 Ces idées et ces expressions ne sont pas nettes. Cœur ac-quis après le diadème! elle veut dire : je dois mon cœur à ce-lui qui étant roi sera mon époux. Rendre à lui-même , veutdire : gardez-vous de faire dépendre la couronne du serviceque je vais exiger de vous. (V.)

4 On peut faire un sacritice de son devoir, de ses sentiments,de sa vie, et non de ses travaux et de ses services ; mais c’est pardes services et des travaux qu’on fait des sacrilices : et quelleexpression que des sacrifices amoureux ! (V.)

5 Des périls ne sont point des degrés ; on ne mérite point patdes degrés : tout cela est écrit barbarement. (V.)

6 N’est-il pas étrange que Rodogune prenne le prétexte d’o-béir à son roi pour demander la tête de la mère de ce roi?comment peut-elle attester tous les dieux qu’elle est contrainte

33.