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HÉRACLIUS, ACTE I, SCÈNE II.
Puisque, sans la valeur de ce jeune guerrier,
Martian demeurait ou mort ou prisonnierAvant que d’y périr, s’il faut qu’il y périsse,
Qu’il vous laisse un neveu qui le soit de Maurice,
Et qui, réunissant l’une et l’autre maison,
Tire chez vous l’amour qu’on garde pour son nom 2 .
PHOCAS.
Hélas! de quoi me sert ce dessein salutaire,
Si pour en voir l’effet tout me devient contraire 3 ?Pulchérie et mon fils ne se montrent d’accordQu’à fuir cet hyménée à l’égal de la mort ;
Et les aversions entre eux deux mutuellesLes font d’intelligence à se montrer rebelles 4.
La princesse surtout frémit à mon aspect ;
Et, quoiqu’elle étudie un peu de faux respect,
Le souvenir des siens, l’orgueil de sa naissance,
frein a la fureur des flots, etc. etc.? Il faudrait transcriretout Racine et tout Boileau, si l’on voulait épuiser toutes lesmétaphores hardies dont leur poésie est animée, et que pour-tant aucun peintre n’entreprendrait de peindre. Molière, laFontaine lui-méme, en sont pleins ; et Voltaire, quoiqu’il n’aitque médiocrement enrichi la langue poétique, en offrirait enfoule : comment donc a-t-il pu se permettre ce paradoxe in-soutenable? Il est, nous le répétons, des métaphores vicieuses,et l’on pourrait en citer quelques-unes dans nos meilleurspoètes. Telle est celle-ci, par exemple , empruntée d’une desplus belles tragédies de Voltaire :
Nous préserve le ciel de ce funeste abus,
Berceau de la mollesse, et tombeau des vertus 1
Un abus qui se trouve berceau et tombeau, dans le môme vers,est évidemment une ligure que le bon goût réprouve. Il en se-rait de même de ce compliment si déplacé de Polyphonie àMérope :
Je sais que vos appas , encor dans leur printemps,
Pourraient s’effaroucher des l’hiver de mes ans.
Certainement aucun peintre ne pourrait représenter ces jeunesappas qui s’effarouchent d’un hiver ; mais ce n’est point là levice de cette métaphore, c’est qu’elle est pleine de rechercheet d’affectation. Nous ne nous arrêterons donc plus ni à cettesingulière imagination, que Voltaire renouvelle de temps entemps, ni à son idée, non moins étrange, d’essayer les vers enles mettant au creuset de la prose. Ces deux paradoxes auraientpu déshonorer son commentaire, s’il n’était rempli d’ailleursde remarques très-précieuses, et sur le caractère particulier dugénie de Corneille, et sur l’art de la tragédie. (P.)
1 On ne peut dire qu’un homme serait demeuré mort si onne l’avait secouru. Ces mots, demeuré mort, signilient qu’ilétait mort en effet. On peut bien dire qu’on demeurerait es-tropié , parce qu’un estropié peut guérir ; qu’on demeureraitprisonnier, parce qu’un prisonnier peut être délivré : mais nonpas qu’on demeurerait mort, parce qu’un mort ne ressuscitepas. (V.)
2 On a déjà repris ailleurs cette expression, tirer Vamour :on ne tire l’amour chez personne. (V.)
3 Tout me devient contraire pour en voir l’effet n’est pasfrançais, c’est un solécisme. (V.)
4 Et les aversions entre eux deux mutuellesLes font d’intelligence à se montrer rebelles ,
n’est pas français. Des aversions qui font d'intelligence! quede barbarismes ! (V.)
L’emporte à tous moments à braver ma puissance 1 .
Sa mère, que longtemps je voulus épargner,
Et qu’en vain par douceur j’espérai de gagner,
L’a de la sorte instruite; et ce que je vois suivreMe punit bien du trop que je la laissai vivre 2 .
CRISPE.
Il faut agir de force avec de tels esprits 3 ,
Seigneur; et qui les flatte endurcit leurs mépris :
La violence est juste où la douceur est vaine.
PHOCAS.
C’est par là qu’aujourd’hui je veux dompter sa haine.
Je l’ai mandée exprès, non plus pour la flatter,
Mais pour prendre mon ordre et pour l’exécuter 1 *.
CRISPE.
Elle entre.
SCÈNE II.
PHOCAS, PULCHÉRIE, CRISPE.
PHOCAS.
Enfin, madame, ilesttempsde vous rendre.
Le besoin de l’État défend de plus attendre ;
11 lui faut des Césars, et je me suis promisD’en voir naître bientôt de vous et de mon fils.
Ce n’est pas exiger grande reconnaissance
Des soins que mes bontés ont pris de votre enfance,
De vouloir qu’aujourd’hui, pour prix de mes bienfaits,Vous daigniez accepter les dons que je vous fais.
Us ne font point de honte au rang le plus sublime ;
Ma couronne et monlils valentbien quelque estime 5 :
Je vous les offre encore après tant de refus ; ;
Mais apprenez aussi que je n’en souffre plus ; !
Que de force ou de gré je veux me satisfaire 6 ;
Qu’il me faut craindre en maître, ou me chérir en père,
1 L’emporte à braver, autre barbarisme. (V.)
2 .. Ce que je vois suivre
Me puait bien du trop que je la laissai vivre ,
est d’une prose familière et trop incorrecte. (V.)
3 On dit en trer de force , user de force ; je doute qu’on dise '
agir de force ; le style de la conversation permet agir de tête, 'agir de loin; et s’il permet agir de force, la poésie ne le Isouffre pas. (V.) ;
4 C’est une faute de construction : il faut mais pour lui jdonner des ordres, car le je doit gouverner toute la phrase.
Ne nous rebutons point de ces remarques grammaticales; lalangue ne doit jamais être violée. Phocas parle très-bien et très-convenablement; je ne sais si on en peut dire autant de Pul-chérie. (V.)
5 Le rang le plus sublime! et une couronne et un fds qui
valent de Vestime ! Est-ce là l’auteur des beaux morceaux de |Cinna? (Y.) t
6 Se satisfaire n’est pas le mot propre : on ne dit je veux me
satisfaire que dans le discours familier ; je veux contenter mesgoûts, mes inclinations, mes caprices. <
Mais enfin dans la vie il faut se satisfaire.
Molière. !
Je veux me satisfaire de gré est un pléonasme; et je veux me J