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Tome premier.
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HÉRACLIUS, ACTE I, SCÈNE IV.

Et ma mort,en servant de combleà tant d’horreurs...

PHOCAS.

Par ses remercîments juge de ses fureurs.

J’ai prononcé l’arrêt, il faut que l’effet suive.Résous-la de t’aimer, si tu veux qu’elle vive 1 ;

Sinon, j’en jure encore, et ne t’écoute plus 2 :

Son trépas dès demain punira ses refus.

SCÈNE IV.

PULCHÉRIE, HÉRACLIUS, MARTIAN.

HÉRACLIUS.

En vain il se promet que, sous cette menace,

J’espère en votre cœur surprendre quelque place 3 :Votre refus est juste, et j’en sais les raisons.

Ce n’est pas à nous deux d'unir les deux maisons ;D’autres destins, madame, attendent l’un et l’autre :Ma foi m’engage ailleurs aussi bien que la vôtre.

Votre aurez en Léonce un digne possesseur 4 ;

Je serai trop heureux d’en posséder la sœur.

Ce guerrier vous adore, et vous l’aimez de même;

Je suis aimé d’Eudoxe autant comme je l’aime 5 .

(lu nôtre. Racine et Boileau corrigèrent la France, qui depuisest retombée quelquefois dans ce défaut séduisant. I.a vapeurd’un peu de sang ne peut guère servir à former le tonnerre.Une lille va-t-elle chercher de pareilles tigures de rhétorique?(V.)

1 Jecrois qu’on pourraitdire en vers, résoudreie, aussi bienque résoudre à, quoique ce soit un solécisme en prose ; mais ilest plus essentiel de remarquer qu’il est bien étrange qu’un mo-narque dise à son iils : Résoics celte princesse à t’aimer, ou jela ferai mourir. 11 n’y a aucun exemple dans le monde d’unepareille proposition ; elle parait d’autant plus extraordinairequePhocas a dit qu’on n’anulbesoin de Pulchérie. En un mot,cela n’est pas dans la nature. (V.)

2 II en jure encore ; il n’a pourtant point juré, et il répète ,pour la sixième fois, qu’il tuera cette Pulchérie, ou qu’il la ma-riera. (V.)

3 Que d’incongruités! quel galimatias! quel style! (V.)

4 Le lecteur doit savoirque Léonce, dont on n’a point encoreparlé, passe pour le iils de Léontine, ancienne gouvernante duprince Héraclius, Iils de Maurice, et du prince Martian, iils dePhocas. On ne sait point encore que ce prétendu Léonce a étéchangé en nourrice, et qu’il est le véritable Martian. Il eut été àsouhaiter peut-être que dès la première scène ces aventureseussent été éclaircies ; mais avec un peu d’attention il sera aiséde suivre l’intrigue : il est triste qu’on ait besoin de cette atten-tion , qui d’un divertissement nous fait une fatique, commedit Boileau. (V.)

5 Cette Eudoxe est une fille de Léontine, que par conséquentMartian croit sa sœur. On n’a point encore parlé d’elle, et levéritable Héraclius, cru Martian, s’occupe ici de l’arrangementd’un double mariage. On ne s'arrêtera point à la faute gramma-ticale, aimé autant comme je l’aime, ni à ces beaux nœuds,ni à cet amour parfait, ni à ces chaînes si belles, à ces capti-vités éternelles. Quinault a passé pour avoir le premier employéces expressions, dont Corneille s’était servi avant lui dans pres-que toutes ses pièces. Il parait étrange que le public se soittrompé à ce point : mais c’est que ces expressions tirent unegrande impression dans Quinault, qui ne parle jamais que d’a-

CORNEILLE - TOME I.

Léontine leur mère est propice à nos vœux; [nœuds,Et quelque effort qu’on fasse à rompre ces beauxD’un amour si parfait les chaînes sont si belles,

Que nos captivités doivent être éternelles.

PULCHÉRIE.

Seigneur, vous connaissez ce cœur infortuné :

Léonce y peut-beaucoup; vous me l’avez donné,

Et votre main illustre augmente le mériteDes vertus dont l’éclat pour lui me sollicite;

Mais à d’autres pensers il me faut recourir :

Il n’est plus temps d’aimer alors qu’il faut mourir 1 ;Et quand à ce départ une âme se prépare 2 ...

HÉRACLIUS.

Redoutez un peu moins les rigueurs d’un barbare :Pardonnez-moi ce mot; pour vous servir d’appuiJ’ai peine à reconnaître encore un père en lui 3 .Résolu de périr pour vous sauver la vie,

Je sens tous mes respects céder à cette envie;

Je ne suis plus son fds, s’il en veut à vos jours,

Et mon cœur tout entier vole à votre secours.

PULCHÉRIE.

C’est donc avec raison que je commence à craindre,Non lamort, non l’hymen où l’on me veut contraindre,Mais ce péril extrême où pour me secourirJe vois votre grand cœuf aveuglément courir.

MARTIAN.

Ah ! mon prince ! ah ! madame ! il vaut mieux vous ré-Par un heureux hymen, à dissiper ce foudre 4. [soudre.Au nom de votre amour et de votre amitié,

Prenez de votre sort tous deux quelque pitié.

mour, et qui en parle avec élégance ; elles en tirent très-peudans les ouvrages de Corneille, dont les beautés mâles couvrenttoutes ces petitesses trop fréquentes. Tous ces vers, d’ailleurs,sont du style de la comédie, et d’un style dur, rampant, incor-réel. (V.)

1 Ce beau vers paraît la condamnation de tout ce que vient dedire Héraclius, qui n’a parlé que de mariage : on s’attendaitqu’il parlerait d’abord à Pulchérie du péril affreux où elle est,et dicatjam nunc debentia dici. Aussi tous ces personnagesont beau parler d’amour, et de tyrans, et de mort, aucun d’euxne touche, aucun n’inspire de terreur jusqu’ici ; mais l’intriguecommence à attacher, etc’est beaucoup. Le principal méritedecette pièce est dans l’embarras de cette intrigue, qui pique tou-jours la curiosité. (V.)

2 Ce mot départ est faible, et une âme aussi. Tâchez de nejamais faire suivre un vers fort et bien frappé par un vers lan-guissant qui l’énerve. (V.)

3 Le lecteur doit ici se souvenir qu’Héraclius sait bien quePhocas n’est point son père, mais qu’iln’a point dit son secret àPulchérie : cela cause peut-être un peu d’embarras, et c’est aulecteur à voir s’il aimerait mieux que Pulchérie fut instruite ounon. Mais il y a aujourd’hui beaucoup delecteurs si rebutésdesmauvais vers, qu’ils ne se soucient point du lout de savoir quiest Martian, et qui est Héraclius, et qu’ils s’intéressent fort peuà Pulchérie. (Y.)

4 Comment dissipe-t-on un foudre par un hymen ? Toute méta-phore, encore une fois, doit être juste. Dissiper ce foudre n’estlà que pour rimer â résoudre. Ce style est trop négligé. (V.)

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