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Tome premier.
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HÉRACLIUS, ACTE IV, SCÈNE III.

Et, prenant à l’empire un chemin éclatant 1 ,

Montrez Héraclius au peuple qui l’attend 2 .

HÉRACLIUS.

11 n’est plus temps, madame, un autre a pris ma pla-Sa prison a rendu le peuple tout de glace : [ce 3 4 .

Déjà préoccupé d’un autre Héraclius,

Dans l’effroi qui le trouble il ne me croira plus ;

Et ne me regardant que comme un fils perfide,

Il aura de l’horreur de suivre un parricide.

Mais quand même il voudrait seconder mes desseins,Le tyran tient déjà Martian en ses mains.

S’il voit qu’en sa faveur je marche à force ouverte ,Piqué de ma révolte, il hâtera sa perte ,

Et croira qu’en m’ôtant l’espoir de le sauver11 m’ôtera l’ardeur qui me fait soulever 4.

N’en parlons plus ; en vain votre amour me retarde,Le sort d’Héraclius tout entier me regarde.

Soit qu’il faille régner, soit qu’il faille périr,Autombeau comme au trône on me verra courir 5 .Mais voici le tyran, et son traître Exupère.

SCÈNE II.

PHOCAS, HÉRACLIUS, EXUPÈRE, EUDOXE,

TROUPE DE GARDES.

phocas , montrant Eudoxe à ses gardes.Qu’on la tienne en lieu sûr en attendant sa mère.

héraclius.

A-t-elle quelque part?...

PHOCAS.

Nous verrons à loisir :

Il est bon cependant de la faire saisir.

eudoxe, s'en allant.

Seigneur, ne croyez rien de ce qu’il vous va dire 6 .phocas , à Eudoxe.

Je croirai ce qu’il faut pour le bien de l'empire.

( à Héraclius. )

Ses pleurs pour ce coupable imploraient ta pitié?héraclius.

Seigneur...

1 Prendre un chemin éclatant à l’empire! (V.)

2 Ce vers est souvent répété, et forme une espèce de refrain ;c’est le sujel de la pièce : il y a un peu d’affectation à celte répé-tition. Cette scène d’ailleurs est intéressante par le fond, et il ya de très-beaux vers qui élèvent l’àme quand les raisonnementsl’occupent. (V.)

3 Vers de comédie. (V.)

4 Cela n’est pas français, et l’expression est aussi obscure quevicieuse : veut-il dire l’horreur qui soulève mon cœur, ou l’hor-reur qui me force à soulever le peuple, ou l’horreur qui meporte à me soulever contre le tyran? (V.)

5 Ce vers est fort beau. (V.)

fi Ce vers serait également convenable à la comédie et àla tra-gédie; c’est la situation qui en fait le mérite : il échappe à lapassion, il part du cœur ; et si Eudoxe avait eu un amour plusviolent, ce vers ferait encore plus d’effet. (V.)

PHOCAS.

J e sais pour lui quelle est ton amitié ;Mais je veux que toi-inême, ayant bien vu son crime,Tiennes ton zèle injuste, et sa mort légitime.

(aux gardes. )

Qu’on le fasse venir. Pour en tirer l’aveu 1Il ne sera besoin ni du fer ni du feu.

Loin de s’en repentir, l’orgueilleux en fait gloire.

Mais que me diras-tu qu’il ne me faut pas croire?Eudoxe m’en conjure, et l’avis me surprend.Aurais-tu découvert quelque crime plus grand?

HERACLIUS.

Oui, sa mère a plus fait contre votre serviceQue ne sait Exupère, et que n’a vu Maurice.

PHOCAS.

La perfide! Ce jour lui sera le dernier 2 .

Parle.

HÉRACLIUS.

J’achèverai devant le prisonnier.

Trouvez bon qu’un secret d’une telle importance,Puisque vous le mandez, s’explique en sa présence.

PHOCAS.

Le voici. Mais surtout ne me dis rien pour lui.

SCÈNE III 3 .

PHOCAS, HÉRACLIUS, MARTIAN, EXUPÈRE,

TROUPE DE GARDES.

HÉRACLIUS.

Je sais qu’en ma prière il aurait peu d’appui ;

Et loin de me donner une inutile peine,

Tout ce que je demande à votre juste haine,

C’est que de tels forfaits ne soient pas impunis 4 ;Perdez Héraclius, et sauvez votre fils :

Voilà tout mon souhait et toute ma prière.

M’en refuserez-vous 5 ?

PHOCAS.

Tu l’obtiendras entière :

1 Pour en tirer Vaveu est une faute, cet en ne peut se rap-porter qu’à Martian dont on parle ; mais en tirer Vaveu signifietirer Vaveu de quelque chose : il fallait donc dire quel est cetaveu qu’on veut tirer. (V.)—Phocas vient de parler du crimedont il suppose Martian coupable : c’est l’aveu de ce crime qu’ilespère tirer de lui, sans qu’il soit besoin, comme il le dit, ni dufer ni du feu. Le sens nous paraît très-clair, et le mot crimen’est pas assez éloigné pour laisser aucun doute sur ce queCorneille a voulu dire. (P.)

2 Cela n’est pas français : ce jour est mo?i dernier jour, etnon pas m’est le dernier jour. (Y.)

3 Jusqu’ici le spectateur n’a été qu’embarrassé et inquiet; àprésent il est ému par l’attente d’un grand événement. (Y.)

4 Cela est dit ironiquement et à double entente, car ni Héra-clius ni Martian n’ont commis de forfaits. La figure de l’ironiedoit être employée bien sobrement dans le tragique. (V.)

5 Cet en était alors en usage dans les discours familiers, té-moin ce vers du Cid :

Le roi , quand il en fait, le mesure au courage. (V.)