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Tome premier.
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HERACLIUS, ACTE IV, SCENE V.

Et tu me dois ainsi plus que je ne te doi

EXUPÈRE.

L’impudence et l’orgueil suivent les impostures.

Ne vous exposez plus à ce torrent d’injures,

Qui, ne faisant qu’aigrir votre ressentiment,

Vous donne peu de jour pour ce discernement.Laissez-la-moi, seigneur, quelques moments en gar-Puisque j’ai commencé, le reste me regarde : fde 2 ,Malgré l’obscurité de son illusion,

J’espère démêler cette confusion.

Vous savez à quel point l’affaire m’intéresse 3 .

PHOCAS.

Achève, si tu peux, par force, ou par adresse,Exupère ; et sois sûr que je te devrai tout,

Si l’ardeur de ton zèle en peut venir à bout.

Je saurai cependant prendre à part l’un et l’autre ;

Et peut-être qu’enlin nous trouverons le nôtre LAgis de ton côté ; je la laisse avec toi :

Gêne, flatte, surprends. Vous autres, suivez-moi 5 .

SCÈNE V.

EXUPÈRE, LÉONTINE.

EXUPÈRE.

On ne peut nous entendre c . Il est juste, madame,Que je vous ouvre enfin jusqu’au fond de mon âme ;C’est passer trop longtemps pour traître auprès deVous haïssez Phocas; nous le haïssons tous... [vous.

LÉONTINE.

Oui, c’est bien lui montrer ta haine et ta colère,

d’un tyran que j’ai fait ce héros! Il est un peu gâté par lesdeux vers faillies qui le suivent. (V.)

1 On dit i ndif fl'remment dois et doi, vois et voi, crois et (roi,fais et fui, prends et pren , rends et ren, dis et di, avertis etaverti; mais il n’est pas d’usage d’y comprendre : je suis, jepuis, ou Je peux; on ne peut dire : je put, je peu, je sui, ettoutes les fois que la terminaison est sans s, on ne peut y enajouter une; il n’est pas permis de dire : je donnes, je soupires,je trembtes. (V.)

2 Peu de jour pour un discernement, quelques momentsen garde, sont de petits défauts; le plus grand, si je ne metrompe, c’est que Léontine et cet Exupère traitent toujours unempereur éclairé et redoutable comme on traite un vieillard decomédie qu’on fait donner dans tous les panneaux. (V.)

3 Comment ce subalterne peut-il faire entendre que l’affairel’intéresse particulièrement? quel autre intérêt peut-il être sup-posé y prendre devant Phocas, que l’intérêt d’obéir à son maî-tre? mais il répond à sa pensée, il entend qu’il y va de sa vie,s’il ne vient à bout de trahir Phocas. (V.)

4 Le notre est incorrect et comique : il est incorrect, parceque ce nôtre ne se rapporte à rien ; il est comique, parce que lenôtre est familier, et qu’un prince, qui veut dire : peut-êtrequ’en fin je découvrirai monjils, ne dit point, en changeanttout d’un coup le singulier en pluriel : nous trouverons le no-ire. (Y.)

5 f'ous autres ne se dit point dans le style noble. (V.)

6 Quoi ! ils sont dans la chambre même de l’empereur, et onne peut les entendre! (V.)

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Que lui vendre ton prince et le sang de ton père.

EXUPÈRE.

L’apparence vons trompe, et je suis en effet....

LÉONTINE.

L’homme le plus méchant que la nature ait fait >.

EXUPÈRE.

Ce qui passe à vos yeux pour une perfidie....

LÉONTINE.

Cache une intention fort noble et fort hardie !

EXUPÈRE.

Pouvez-vous en juger, puisque vous l’ignorez ?Considérez l’état de tous nos conjurés.

11 n’est aucun de nous à qui sa violence

N’ait donné trop de lieu d’une juste vengeance 2 :

Et nous en croyant tous dans notre âme indignés ,

Le tyran du palais nous a tous éloignés.

Il y fallait rentrer par quelque grand service.

LÉONTINE.

Et tu crois m’éblouir avec cet artifice?

EXUPÈRE.

Madame, apprenez tout. Je n’ai rien hasardé.

Vous savez de quel nombre il est toujours gardé ;Pouvions-nous le surprendre, ou forcer les cohortes 'Qui de jour et de nuit tiennent toutes ses portes?Pouvions-nous mieux sans bruit nous approcher de lui?Vous voyez la posture où j’y suis aujourd’hui 3 :lime parle, il m’écoute, il me croit ; et lui-mêmeSe livre entre mes mains, aide à mon stratagème.

C’est par mes seuls conseils qu’il veut publiquementDu prince Héraclius faire le châtiment ;

Que sa milice, éparse à chaque coin des rues.

A laissé du palais les portes presque nues :

Je puis en un moment m’y rendre le plus fort;

Mes amis sont tout prêts : c’en est fait, il est mort;Et j’userai si bien de l’accès qu’il me donne,

Qu’aux pieds d’Héraclius je mettrai sa couronne.

1 Ce n’est pas là, je crois, ce que Léonline devrait dire ; cen’est pas là cette femme si adroite, si supérieure, qui se vantaitde venir à bout de tout : il me semble qu’elle aurait du, dans lecours de la pièce, faire l’impossible pour s’entendre avec Exu-père. Elle a traité les deux princes comme des enfants; etExupère, qui n’est qu’un subalterne, l’a traitée comme une pe-tite iille : elle n’a point confié son secret qu’elle devait conlier,et Exupère ne lui a point dit le sien ; c’est une conspirationdans laquelle personne n’est d’intelligence; et par cela seul,toute l'intrigue est peut-être hors de la vraisemblance.

Ce vers :

L'homme le plus méchant que la nature ait fait

est du ton de la comédie. (V.)—Mademoiselle Dumesnil, parla noblesse et la iierté de son expression, rendait ce vers très-tragique. (P.)

2 C’est un solécisme : on donne lieu à quelque chose, et nonde quelque chose ; il donne lieu à mes soupçons, et non de messoupçons. Quand on met un de, il faut un verbe ; il m’a donnélieu de le haïr; lieu est prosaïque. (V.)

3 Le mot de posture n’est pas assez noble. (V.)