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HERÀCLIUS, ACTE Y, SCENE I.
Mais après mes desseins pleinement découverts,
De grâce, faites-moi connaître qui je sers ;
Et ne le cachez plus à ce cœur qui n’aspireQu’à le rendre aujourd’hui maître de tout l’empire.
LÉONTINE.
Esprit lâche et grossier, quelle brutalitéTe fait juger en moi tant de crédulité 1 ?
Va, d’un piège si lourd l’appât est inutile,
Traître, et si tu n’as point de ruse plus subtile....
EXUPÈRE.
Je vous dis vrai, madame, et vous dirai de plus....
LÉONTINE.
Ne me fais point ici de contes superflus 2 :
L’effet à tes discours ôte toute croyance.
EXUPÈRE.
Eh bien! demeurez donc dans votre défiance.
Je ne demande plus, et ne vous dis plus rien ;
Gardez votre secret, je garderai le mien.
Puisque je passe encor pour homme à vous séduire,Venez dans la prison où je vais vous conduire :
Si vous ne me croyez, craignez ce que je puis.
Avant la fin du jour vous saurez qui je suis.
NOTE CINQUIÈME.
• SCÈNE PREMIÈRE.
HÉRACLIUS.
Quelle confusion étrange 3De deux princes fait un mélange
2 II me semble qu’au contraire elle doit dire : Est-il bienvrai, ne me trompez-vous point? quelle preuve pouvez-vous me donner? faites-moi parler à quelques conjurés; jedevrais les connaître tous, puisque je me suis vantée de toutfaire, mais je n’en connais pas un; je devrais être d'intelli-gence avec vous; nous détestons tous deux le tyran ; il aimmolé voire père; il m'en coûte, mon fils; le même intérêtnous joint : il est ridicule que je ne sache rien; mettez-moiau fait de tout, et je verrai ce que je dois croire et ce que jedois faire. Au lieu de dire ce qu’elle doit dire, elle appelleExupère lâche, grossier et brutal. (V.)
2 Elle doit au moins attendre qu’Exupère lui ait fait ces con-tes. Je ne sais si je me trompe, mais la iin de cette scèneentre deux subalternes approche un peu trop d’une scène decomédie, dans laquelle personne ne s’entend; d’ailleurs elleparait inutile à la pièce ; elle ne conclut rien. Aime-t-on avoirdeux subalternes qui ne s’entendent point, et qui devraients’entendre? Que font pendant ce temps-là les deux héros de lapièce? rien du tout: il parait qu’il serait mieux de les faire agir.(V.)
3 On a presque toujours retranché aux représentations cesstances; elles ne valent ni celles de Polyeucte, ni celles duCid : ce n’est qu’une ode du poète sur l’incertitude où les héros
Qui met en discord deux amis!
Un père ne sait où se prendre ;
Et plus tous deux s’osent défendreDu titre infâme de son fils,
Plus eux-mêmes cessent d’entendreLes secrets qu’on leur a commis.
Léontine avec tant de ruseOu me favorise ou m’abuse,
Qu’elle brouille tout notre sort :
Ce que j’en eus de connaissanceBrave une orgueilleuse puissanceQui n’en croit pas mon vain effort;
Et je doute de ma naissanceQuand on me refuse la mort.
Ce fier tyran qui me caresseMontre pour moi tant de tendresseQue mon cœur s’en laisse alarmer :
Lorsqu’il me prie et me conjure,
Son amitié paraît si pure,
Que je ne saurais présumerSi c’est par instinct de nature,
Ou par coutume de m’aimer.
Dans cette croyance incertaine,
J’ai pour lui des transports de haineQue je ne conserve pas bien :
Cette grâce qu’il veut me faireÉtonne et trouble ma colère;
Et je n’ose résoudre rien,
Quand je trouve un amour de pèreEn celui qui m’ôta le mien.
Retiens, grande ombre de Maurice,
Mon âme au bord du précipiceQue cette obscurité lui fait,
Et m’aide à faire mieux connaîtreQu’en ton fils Dieu n’a pas fait naîtreUn prince à ce point imparfait,
Ou que je méritais de l’être,
Si je ne le suis en effet.
Soutiens ma haine qui chancelle,
Et redoublant pour ta querelleCette noble ardeur de mourir,
Fais voir.... Mais il m’exauce; on vient me secourir.
de la pièce sont de leur destinée; ce n’est qu’une répétition detous lés sentiments tant de fois étalés dans la pièce ; et, puisquec’est une répétition, c’est un défaut. Un mélange de deux prin-ces, deux amis en discord, un sort brouillé, ce qu’Héracliusa de connaissance qui brave une orgueilleuse puissance , nesont pas des manières de parler qui puissent entrer ni dans unetragédie, ni dans des stances. (V.)