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HÉRACLIUS, ACTE Y, SCÈNE IL
SCÈNE II.
HÉRACLIUS, PULCHÉRIE.
HÉBACLIUS.
O ciel! quel bon démon devers moi vous envoie,Madame 1 ?
PBLCHÉEIE.
Le tyran, qui veut que je vous voie,
Et met tout en usage afin de s’éclaircir.
HÉBACLIUS.
Par vous-même en ce trouble il pense réussir 2 !
PULCHÉBIE.
Il le pense, seigneur, et ce brutal espèreMieux qu’il ne trouve u n fils que je découvre un frère 3 4 :Comme si j’étais fille à ne lui rien celer 4De tout ce que le sang pourrait me révéler 5 !HÉBACLIUS.
Puisse-t-il par un trait de lumière fidèleVous le mieux révéler qu'il ne me le révèle 6 7 !Aidez-moi cependant, madame, à repousserLes indignes frayeurs dont je me sens presser....
PULCHÉBIE.
Ah! prince, il ne faut point d’assurance plus claire;Si vous craignez la mort, vous n’êtes point mon frère7 :Ces indignes frayeurs vous ont trop découvert.
HÉBACLIUS.
Moi, la craindre, madame! Ah ! je m’y suis offert.Qu’il me traite en tyran, qu’il m’envoie au supplice,
Je suis Héraclius, je suis fils de Maurice;
1 On sent ici que le terrain manque à l’auteur : cette scène estentièrement inutile au dénoùment de la pièce; mais non-seule-ment elle est inutile, elle n’est pas vraisemblable : il n’est paspossible que Phocas se serve ici de la iille de Maurice commeil emploierait un confident sur lequel il compterait; il l’a mena-cée vingt fois de )a mort; elle lui a parlé avec la plus grandehorreur et le plus profond mépris, et il l’envoie tranquillementpour surprendre le secret d’Héraclius. Une telle disparate, untel changement dans le caractère devrait au moins être excusé,s’il peut l’être, par une exposition pathétique du trouble extrêmeoù est Phocas, et qui le réduit à implorer le secours de Pulché-rie même, sa mortelle ennemie. (V.)
2 Réussir en un trouble! (V.)
3 II faut qu’en effet il soit non-seulement brutal, mais abruti,pour avoir remis ses intérêts entre les mains de Pulchérie. (V.)
4 Tout cela est écrit du style de la comédie, et c’est dans unmoment qui devrait être très-tragique. (V.)
5 Un sang qui révèle est une expression bien impropre, bienobscure, bien irrégulière. Les plus beaux sentiments révolte-raient avec un si mauvais style. (V.)
6 Voilà trois révèle. Il faut éviter les répétitions, à moinsqu’elles ne donnent une grande force au discours ; et qu’il neme le fait un son désagréable. (V.)
7 Cela est bien subtil ; ce ne sont pas là des raisons : elle sepresse trop; elle joue sur le mot de frayeur. Tout ce que disentici Héraclius et Pulchérie n’ajoute rien à l’intrigue, ne conduiten rien au dénoùment. Assurance plus claire n’est ni un motnoble, ni le mot propre; on a une ferme assurance, une preuveclaire. (V.)
Sous ces noms précieux je cours m’ensevelir,
Et m’étonne si peu que je l’en fais pâlir.
Mais il me traite en père, il me flatte, il m’embrasse ;Je n’en puis arracher une seule menace :
J’ai beau faire et beau dire afin de l’irriter,
Il m’écoute si peu qu’il me force à douter 1 .
Malgré moi comme fils toujours il me regarde 2 ;
Au lieu d’être en prison, je n’ai pas même un garde.Je ne sais qui je suis, et crains de le savoir ;
Je veux ce que je dois, et cherche mon devoir :
Je crains de le haïr, si j’en tiens la naissance ;
Je le plains de m’aimer, si je m’en dois vengeance;
Et mon cœur, indigné d’une telle amitié,
En frémit de colère, et tremble de pitié.
De tous ses mouvements mon esprit se défie;
Il condamne aussitôt tout ce qu’il justifie.
La colère, l’amour, la haine et le respect,
Ne me présentent rien qui ne me soit suspect.
Je crains tout, je fuis tout ; et, dans cette aventure,Des deux côtés en vain j’écoute la nature.
Secourez donc un frère en ces perplexités.
PULCHÉBIE.
Ah! vous ne l’êtes point, puisque vous en doutez 3 .Celui qui, comme vous, prétend à cette gloire,
D’un courage plus ferme en croit ce qu’il doit croire.Comme vous on le flatte, il y sait résister ;
Rien ne le touche assez pour le faire douter ;
Et le sang par un double et secret artifice, [ce.Parle en vous pour Phocas, comme en lui pour Mauri-
HÉBACLIUS.
A ces marques en lui connaissez Martian ;
Il a le cœur plus dur étant fils d’un tyran.
La générosité suit la belle naissance :
La pitié l’accompagne et la reconnaissance.
Dans cette grandeur d’âme un vrai prince affermiEst sensible aux malheurs même d’un ennemi ;
1 Cela n’a pas besoin de commentaire ; mais de si basses tri-vialités étonnent toujours. (V.)
2 Ii faut : comme son fils. (V.)
3 C’est encore une de ces subtilités qui ne vont point au cœur,qui ne causent ni terreur ni trouble : il faut, dans un cinquièmeacte, autre chose que du raisonnement; et ce raisonnement dePulchérie n’est pas juste. Héraclius peut très-bien douter qu’ilsoit fils de Maurice, et cependant être son tils; il a même lesplus grandes raisons pour en douter. Boileau condamnait hau-tement dans Corneille toutes ces scènes de raisonnements, etsurtout celles qui refroidissent toutes les pièces qu’il fit aprèsHéraclius.
En vain vous étalez une scène savante;
Vos froids raisonnements ne feront qu’attiédirUn spectateur, toujours paresseux d’applaudir,
Et qui, des vains efforts de votre rhétoriqueJustement fatigué, s’endort, ou vous critique.
Il est cependant naturel qu’Héraclius explique ses doutes. Legrand défaut de cette scène est, comme on l’a dit, qu’elle neconduit à rien du tout. (V.)