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Tome premier.
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HÉRACLIUS, ACTE V, SCÈNE VI.

PULCHÉRIE.

Un généreux conseil est un puissant secours.

MABTIAN.

Il n’est point de conseil qui vous soit salutaireQue d’épouser le fils pour éviter le père 1 :

L’horreur d’un mal plus grand vous y doit disposer.

PULCHÉRIE.

Qui me le montrera, si je veux l’épouser ?

Et, dans cet hyménée à ma gloire funeste,

Qui me garantira des périls de l’inceste?

MABTIAN.

Je le vois trop à craindre et pour vous et pour nous ;Mais, madame, onpeutprendre un vain titre d’époux,Abuser du tyran la rage forcenée,

Et vivre en frère et sœur sous un feint hyménée 2 .

PULCHÉBIE.

Feindre et nous abaisser à cette lâcheté !

HÉBACLIÜS.

Pour tromper un tyran, c’est générosité,

Et c’est mettre, en faveurd’un frère qu’il vous donne,Deux ennemis secrets auprès de sa personne,

Qui, dans leur juste haine animés et constants,

Sur l’ennemi commun sauront prendre leur temps,Et terminer bientôt la feinte avec sa vie.

PULCHÉBIE.

Pour conserver vos jours et fuir mon infamie,Feignons, vous le voulez, et j’y résiste en vain.

Sus donc, qui de vous deux me prêtera la main 3 ?

Qui veut feindre avec moi? qui sera mon complice?

HÉRACLIUS,

Vous, prince, à qui le ciel inspire l’artifice.

MARTIAN.

Vous, que veut le tyran pour fils obstinément.

1 La syntaxe demandait : il n’est de conseil salutaire pourvous que d’épouser le fils; éviter le père est trop faible. (V.)

2 Vivre en frère et sœur ; cette expression est trop familière,et n’est pas correcte. Pulchérie demande conseil; Marlian luiconseille d’épouser Héraclius sans user des droits du mariage :Il faut convenir que c’est là un très-petit artifice, et indigne dela tragédie. Ces conversations dans un cinquième acte, lors-qu’on doit agir, sont presque toujours très-languissantes. Je negais s’il n’y a pas, dans la pièce extravagante et monstrueuse deCaldéron, un plus grand fonds de tragique, quand le lils dePhocas veut tuer son père. C’était même pour un parricide queLéontine l’avait réservé ; elle s’en explique des le second acte ;on s’attend à cette catastrophe. Le iils de Phocas, près de tuercet empereur, et Héraclius voulant le sauver; pouvaient formerun beau coup de théâtre ; cependant il n’arrive rien de ce queLéontine a projeté, et Martian ne fait autre chose, dans tout lecours de la pièce, que dire : Qui suis-je? (V.)

3 Sus donc. On se servait autrefois de ce mot dans le discoursfamilier; il veut dire : vite, allons, courage, dépêchez-vous :

Sus, sus ; du vin partout ; versez, garçon, versez.

Pourceaugnac.

Mais Pulchérie ne peut dire : allons vite, sus, qui veut feindreavec moi? qui veut m'épouser pour ne point jouir des droitsdu mariage? (Y.)

HÉRACLIUS.

Vous, qui depuis quatre ans la servez en amant.

MABTIAN.

Vous saurez mieux que moi surprendre sa tendresse.

HÉBACLIÜS.

Vous saurez mieux que moi la traiter de maîtresse c

MABTIAN.

Vous aviez commencé tantôt d’y consentir.

PULCHÉBIE.

Ah ! princes, votre cœur ne peut se démentir ;

Et vous l’avez tous deux trop grand, trop magnanime,Pour souffrir sans horreur l’ombre même d’un crime.Je vous connaissais trop pour juger autrement,

Et de votre conseil, et de l'événement ;

Et je n’y déférais que pour vous voir dédire, [pire ;Toute fourbe est honteuse aux cœurs nés pour l’em-Princes, attendons tout, sans consentir à rien.

HÉRACLIUS.

Admirez cependant quel malheur est le mien :L’obscure vérité que de mon sang je signe,

Du grand nom qui me perd ne me peut rendre digne 2 ;On n’en croit pas ma mort ; et je perds mon trépas,Puisque mourant pour lui je ne le sauve pas.

MARTIAN.

Voyez d’autre côté quelle est ma destinée,

Madame : dans le cours d’une seule journée,

Je suis Héraclius, Léonce et Martian ;

Je sors d’un empereur, d’un tribun, d’un tyran.

De tous trois ce désordre en un jour me fait naître,Pour me faire mourir enfin sans me connaître.

PULCHÉRIE.

Cédez , cédez tous deux aux rigueurs de mon sort :

Il a fait contre vous un violent effort 3 .

Votre malheur est grand; mais, quoiqu’il en succède,La mort qu’on me refuse en sera le remède ;

Et moi.... Mais que nous veut ce perfide?

SCÈNE VI.

HÉRACLIUS, PULCHÉRIE, MARTIAN,AMINTAS.

AMINTAS.

Mon bras

Vient de laver ce nom dans le sang de Phocas L

1 Cette contestation est-elle convenable à la tragédie? Trai-ter de maltresse n’est ni français ni noble. (V.)

2 Ces vers ne sont pas moins obscurs : l’obscure vérité qu’ilsigne ne peut le rendre digne du nom qui le perd! (Y.)

3 Un sort qui fait un effort ! Presque aucune expression n’estni pure ni naturelle. Eniin la délibération de ces trois personna-ges n’aboutit à rien : ils n’agissent ni n’ont aucun dessein arrêtédans toute la pièce. (Y.)

4 Je ne parle point ici d’un bras qui lave un nom : on sentassez combien le terme est impropre; mais j’insisle sur ce