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Tome premier.
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HERACLIUS, ACTE V, SCENE VII.

HÉRACLIUS.

Que nous dis-tu?

AMINTAS.

Qu’à tort vous nous prenez pour traîtres ;Qu’il n’est plus de tyran ; que vous êtes les maîtres

HÉRACLIUS.

De quoi ?

AMINTAS.

De tout l’empire.

MARTI-AN.

Et par toi ?

AMINTAS.

Non, seigneur 2 ;

Un autre en a la gloire, et j’ai part à l’honneur.

HÉRACLIUS.

Et quelle heureuse main finit notre misère ?

AMINTAS.

Princes, l’auriez-vous cru? c’est la main d’Exupère.

MARTIAN.

Lui, qui me trahissait ?

AMINTAS.

C’est de quoi s’étonner :

Il ne vous trahissait que pour vous couronner.

HERACLIUS.

N’a-t-il pas des mutins dissipé la furie?

AMINTAS.

Son ordre excitait seul cette mutinerie 3 .

MARTIAN.

Il en a pris les chefs, toutefois ?

AMINTAS.

Admirez

Que ces prisonniers même avec lui conjurésSous cette illusion couraient à leur vengeance 4 :

personnage subalterne d’Amintas, qui n’a dit que quatre motsdans toutela pièce, et qui en tait le dénoùment. Jamais, en aucuncas, on ne doit imiter un tel exemple ; il faut toujours que lespremiers personnages agissent. (V.)

1 Ce mot n’est-il pas déplacé? car il s’adresse sûrement au filsde Pliocas comme au fils de Maurice ; il doit croire qu’un desdeux princes vengera la mort de son père. (V.)

2 II doit au contraire répondre : oui, seigneur; puisqu’au verssuivant il dit : fai part à cet honneur. (V.)

3 Ce mot est trop familier : révolte, sédition, tumulte, sou-lèvement, etc., sont les termes usités dans le style tragique.(V.)

4 Admirez qu’ils couraient n’est pas français. Cet événementest en effet bien étonnant ; et jamais l’histoire n’a rien fourni desi improbable : on peut assassiner un roi au milieu de sa garde,on peut tuer César dans le sénat; mais il n’est guère possibleque, dans le temps que Pliocas fait attaquer les conjurés, il n’aitpris aucune mesure pour être le plus fort chez lui : un homme,qui de simple soldat est devenu empereur, n’est pas imbécile aupoint de recevoir dans sa maison plus de prisonniers qu’il n’a desoldats pour les garder ; on ne fait point ainsi venir des prison-niers dans son appartement avec des poignards sous leurs ro-bes : on les fouille, on les désarme, on les charge de fers, on nese livre point à eux. Ainsi la vraisemblance est partout violée.

Tous contre ce barbare étant d’intelligence,

Suivis d’un gros d’amis nous passons librementAu travers du palais à son appartement.

La garde y restait faible, et sans aucun ombrage ;Crispe même à Phocas porte notre message :

Il vient; à ses genoux on met les prisonniers,

Qui tirent pour signal leurs poignards les premiers '.Le reste, impatient dans sa noble colère,

Enferme la victime ; et soudain Exupère :

« Qu’on arrête, dit-il ; le premier coup m’est dd :

« C’est lui qui me rendra l’honneur presque perdu 2 . »Il frappe, et le tyran tombe aussitôt sans vie ,

Tant de nos mains la sienne est promptement suivie.Il s’élève un grand bruit, et mille cris confusNe laissent discerner que Vive Héraclius !

Nous saisissons la porte, et les gardes se rendent.Mêmes cris aussitôt de tous côtés s’entendent;

Et de tant de soldats qui lui servaient d’appui,Phocas, après sa mort, n’en a pas un pour lui.pulchérie.

Quel chemin Exupère a pris pour sa ruine 3 !

AMINTAS.

Le voici qui s’avance avecque Léontine.

SCENE VII.

HÉRACLIUS, MARTIAN, LÉONTINE, PUL-CHÉRIE, EUDOXE, EXUPÈRE, AMINTAS,

TROUPE.

héraclius , à Léontine.

Est-il donc vrai, madame ? et changeons-nous de sort ?Amintas nous fait-il un fidèle rapport ?

Remarquez que, dans la règle, il faut : ces prisonniers mêmes ;mais, s’il n’est pas permis à un poète (le retrancher une s encette occasion, il n’y aura aucune licence pardonnable. Cor-neille retranche presque toujours cette s, et fait un adverbe demême, au lieu de le décliner.

Sous cette illusion couraient à leur vengeance.

Cela n’est pas français ; on ne court point à la vengeance sousune illusion. (Y.)

1 Porte notre message , leurs poignards les premiers, tantde nos mains la sienne , etc. : ces expressions, ou impropres,ou incorrectes, ou faibles, énervent le récit, et lui ôtent toutesa chaleur. Oreste, dans VAndromaque, en faisant un récit àpeu près semblable, s’exprime ainsi :

A ces mots , qui du peuple attiraient le suffrage,

Nos Grecs n’ont répondu que par un cri de rage;

L’infidèle s’est vu partout envelopper,

Et je n’ai pu trouver de place pour frapper.

La pureté de la diction augmente toujours l’intérêt. (V.)

2 Ce presque perdu affaiblit encore la narration. Le specta-teur s’embarrasse trop peu qu’un personnage aussi subalternequ’Exupère ait presque perdu son honneur. (Y.)

3 Prendre un chemin pour une ruine est une expression vi-cieuse, un barbarisme; et cette réflexion de Pulchérie est tropfroide quand elle apprend la mort de son tyran. (V.)