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Tome premier.
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ANDROMÈDE, ACTE I, SCÈNE I.

ACTE PREMIER.

Cette grande masse de montagnes et ces rochers élevés lesuns sur les autres qui la composaient, ayant disparu enun moment par un merveilleux artifice, laissent voir enleur place la ville capitale du royaume de Céphée, ouplutôt la place publique de cette ville. Les deux côtés etle fond du théâtre sont des palais magnifiques, tous dif-férents de structure, mais qui gardent admirablementl’égalité et les justesses de la perspective. Après que lesyeux ont eu le loisir de se satisfaire à considérer leurbeauté, la reine Cassiope paraît comme passantpar cetteplace pour aller au temple : cille est conduite par Persée,encore inconnu, mais qui passe pour un cavalier de grandmérite qu’elle entretient des malheurs publics, attendantque le roi la rejoigne pour aller à ce temple de compa-gnie.

SCÈNE PREMIÈRE.

CASSIOPE, PERSÉE, suite de la reine.

cassiope.

Généreux inconnu qui chez tous les monarquesPortez de vos vertus les éclatantes marques,

Et dont l’aspect suffit à convaincre nos yeuxQue vous sortez du sang ou des rois ou des dieux,Puisque vous'avez vu le sujet de ce crime 1

1 Le sujet de ce crime, ce'crime glorieux, force jeux, cesmiroirs vagabonds, et toute cette longue et inutile descriptionde la jalousie des Néréides qui se choisissent six fois, pou-vaient être les défauts du temps; et il était permis à Corneillede s’égarer dans un genre qui n’était pas le sien. Ce genre ne futperfectionné par Quinault que plus de trente ans après. Voyezcommex dans sa tragédie-opéra de Persée et Andromède,Cassiope raconte la même aventure, comme il n’y a rien detrop dans son récit, comme il ne fait point le poète mal à pro-pos! tout est concis, vif, touchant, naturel, harmonieux :

Heureuse épouse, tendre mère,

Trop vaine d'un sort glorieux,

Je n’ai pu m’empêcher d’exciter la colèreDe l’épouse du dieu de la terre et des deux.

J’ai comparé ma gloire à sa gloire immortelle :

La déesse punit ma fierté criminelle;

Mais j’espère fléchir son courroux rigoureux.

J’ordonne les célèbres jeuxQu’à l'honneur de Junon dans ces lieux on prépare;

Mon orgueil offensa cette divinité ,

Il faut que mon respect répareLe crime de ma vanité.

Les dieux punissent la fierté.

H n’est point de grandeur que le ciel irritéN’abaisse quand il veut, et ne réduise en poudre;

Mais un prompt repentirPeut arrêter la foudreToute prête à partir.

Les étrangers ne connaissent pas assez Quinault; c’est un desbeaux génies qui aient fait honneur ausiècle deLouisXIV. Boi-

Que chaque mois expie une telle victime,

Cependant qu’en ce lieu nous attendrons le roi,Soyez-y juste juge entre les dieux et moi.

Jugez de mon forfait, jugez de leur colère;

Jugez s’ils ont eu droit d’en punir une mère ,

S’ils ont dû faire agir leur haine au même instant.

PERSÉE.

J’en ai déjà jugé, reine en vous imitant;

Et si de vos malheurs la cause ne procède

Que d’avoir fait justice aux beautés d’Andromède,

Si c’est là ce forfait digne d’un tel courroux,

Je veux être à jamais coupable comme vous. [me,Mais comme un bruit confus m’apprend cernaiextrê-Ne le puis-je, madame, apprendre de vous-même,Pour mieux renouveler ce crime glorieuxOù soudain la raison est complice des yeux?

CASSIOPE.

Écoutez : la douleur se soulage à se plaindre ;

Et quelques maux qu’on souffre ou que Ton aie à crain-Ce qu’un cœur généreux en montre de pitié [ dre,Semble en notre faveur en prendre la moitié.

Ce fut ce même jour qui conclut l’hyménéeDe ma chère Andromède avec l’heureux Phinée :

Nos peuples, tout ravis de ces illustres nœuds,

Sur les bords de la mer dressèrent force jeux ;

Elle en donnait les prix. Dispensez ma tristesseDe vous dépeindre ici la publique allégresse;

On décrit mal la joie au milieu des malheurs;

leau, qui en parle, avec tant de mépris, était incapable de fairece que Quinault a fait : personne n’écrira mieux en ce genre ;c’est beaucoup que Corneille ait préparé de loin ces beaux spec-tacles.' Une remarque importante à faire, c’est qu’il n’y a pasune seule faute contre la langue dans les opéras de Quinault, àcommencer depuis Alceste. Aucun auteur n’a plus de précisionque lui, et jamais cette précision ne diminue le sentiment ; ilécrit aussi correctement que Boileau ; et on ne peut mieux levenger des critiques passionnées de cet homme, d’ailleurs judi-cieux , qu’en le mettant à côté de lui. (Y.) — Remarquez pour-tant quedans ces vers de Quinault il n’y a pas une seule expres-sion poétique, une seule image, rien, en un mot, aux rimesprès, qui les distingue de la prose. Que l’on vante, tant qu’onle voudra, cette facilité, ce naturel, et même cette pureté delangage ; nous n’en contestons pas le mérite : il se peut sansdoute, comme le dit Voltaire, que Quinault écrive aussi correc-tement que Boileau, mais il s’en faut bien qu’il écrive aussi poé-tiquement , et c’est ce qui établit entre eux une différence quine permettra jamais qu’on les place à côté l’un de l’autre. Peut-être dira-t-on, en faveur de Quinault, que ses vers étaient précisé-ment ce qu’ils devaient être pour être mis en chant : alors nousle louerons d’avoir si bien deviné quel était le genre de style leplus propre à faire valoir le talent d’un musicien ; mais il faudraconvenir que ce genre est précisément celui d’une poésie facileet médiocre, à laquelle Racine n’aurait pu descendre. On peuten juger par les chœurs d 'Esther et d’Athalie, qui sont d’unerichesse de poésie si supérieure à tous les opéras de Quinault :il est vrai qu’ils n’ont point encore trouvé de musicien ; et nousn’en sommes pas surpris, parce que, pour les embellir, il faudraitau moins que le talent du musicien égalât le génie du poète ; cequi peut-être n’arrivera jamais. (P.)