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ANDROMÈDE, ACTE III, SCÈNE II.
d’Andromède; aussi la voit-on au haut des nues, d’oùles deux vents qui l’ont enlevée l’apportent avec impé-tuosité et l’attachent au pied d’un de ces rochers.
SCÈNE PREMIÈRE.
ANDROMÈDE, au pied d’un rocher ; deux ventsqui l’y attachent, TIMANTE, chœur depeuple sur le rivage.
TIMANTE.
Allons voir, chers amis, ce qu’elle est devenue,
La princesse, et mourir, s’il se peut, à sa vue.
CHŒUR.
La voilà que ces vents achèvent d’attacher,
En infâmes bourreaux, à ce fatal rocher.
TIMANTE.
Oui, c'est elle sans doute. Ah ! l’indigne spectacle !
CHOEUR.
Si le ciel n’est injuste, il lui doit un miracle.
(Les vents s’envolent.)
TIMANTE.
11 en fera voir un, s’il en croit nos désirs.
ANDROMÈDE.
O dieux!
TIMANTE.
Avec respect écoutons ses soupirs;
Et puissent les accents de ses premières plaintesPorter dans tous nos cœurs de mortelles atteintes !
ANDROMÈDE.
Affreuse image du trépasQu’un triste honneur m’avait fardée,Surprenantes horreurs, épouvantable idée,
Qui tantôt ne m’ébranliez pas,
Que l’on vous conçoit mal quand on vous envisageAvec un peu d’éloignement 1 !
Qu’on vous méprise alors! qu’on vous brave aisément!Mais que la grandeur de courageDevient d’un difficile usageLorsqu’on touche au dernier moment!
Ici seule, et de toutes partsA mon destin abandonnée;
Ici que je n’ai plus ni parents, ni Phinée,
Sur qui détourner mes regards ;
L’attente de la mort de tout mon cœur s’empare.
Il n’a qu’elle à considérer;
Et, quoi que de ce monstre il s’ose figurer,
1 On doit remarquer un défaut que Corneille n’a pu éviterdans aucune de ses pièces de théâtre ; c’est de faire parler lepoète à la place du personnage; c’est de mettre en froids rai-sonnements , en maximes générales, ce qui doit être en senti-ment ; défaut dans lequel Racine n’est jamais tombé. (V.)
Ma constance qui s’y prépareLe trouve d’autant plus barbareQu’il diffère à me dévorer.
Étrange effet de mes malheurs !
Mon âme traînante, abattue,
N’a qu’un moment à vivre, et ce moment me tueA force de vives douleurs.
Ma frayeur a pour moi mille mortelles feintes,Cependant que la mort me fuit ;
Je pâme au moindre vent, je meurs au moindre bruitEt mes espérances éteintesN’attendent la fin de mes craintesQue du monstre qui les produit.
Qu’il tarde à suivre mes désirs !
Et que sa cruelle paresse
A ce cœur dont ma flamme est encor la maîtresseGoûte d’amers et longs soupirs !
O toi, dont jusqu’ici la douceur m’a suivie,
Va-t’en, souvenir indiscret ;
Et, cessant de me faire un entretien secretDe ce prince qui m’a servie,
Laisse-moi sortir de la vieAvec un peu moins de regret.
C’est assez que tout l’universConspire à faire mes supplices;
Ne les redouble point, toi qui fus mes délices,
En me montrant ce que je perds;Laisse-moi....
SCÈNE II.
CASSIOPE, ANDROMÈDE, TIMANTE,
CHŒUR DE PEUPLE.
CASSIOPE.
Me voici, qui seule ai fait le crime ;Me voici, justes dieux, prenez votre victime ;
S’il est quelque justice encore parmi vous,
C’est à moi seule, à moi qu’est dû votre courroux.Punir les innocents, et laisser les coupables,Inhumains ! est-ce en être, est-ce en être capables ?A moi tout le supplice, à moi tout le forfait.
Que faites-vous, cruels ? qu’avez-vous presque fait ?Andromède est ici votre plus rare ouvrage;Andromède est ici votre plus digne image;
Elle rassemble en soi vos attraits divisés :
On vous connaîtra moins si vous la détruisez.
Ah ! je découvre enfin d’où provient tant de haine;Vous en êtes jaloux plus que je n’en fus vaine;
Si vous la laissiez vivre, envieux tout-puissants,
Elle aurait plus que vous et d’autels et d’encens;