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Tome premier.
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ANDROMÈDE, ACTE II, SCÈNE VI.

SCÈNE Y.

ÆOLE, HUIT VENTS, CÉPHÉE, PERSÉE,PUÎNÉE, ANDROMÈDE, choeur de nym-phes, SUITE DU ROI ET DE PUINEE.

CÉPHÉE.

Arrêtez ; ce nuage enferme une tempêteQui peut-être déjà menace votre tête.

N’irritez plus les dieux déjà trop irrités.

PHINÉE.

Qu’il crève, ce nuage, et que ces déités....

CÉPHÉE.

Ne les irritez plus, vous dis-je, et prenez garde....

PHINÉE.

A les trop irriter qu’est-ce que je hasarde ?

Que peut craindre un amant quand il voit tout perdu ?Tombe, tombe sur moi leur foudre, s’il m’est dû;Mais s’il est quelque main assez lâche et traîtressePour suivre leur caprice et saisir ma princesse,Seigneur, encore un coup, je jure ses beaux yeux,

Et mes uniques rois, et mes uniques dieux....

æole , au milieu de l’air.

Téméraire mortel, n’en dis pas davantage;

Tu n’obliges que trop les dieux à te haïr :

Quoi que pense attenter l’orgueil de ton courage,

Ils ont trop de moyens de se faire obéir.

Connais-moi, pour ton infortune;

Je suis Æole, roi des vents.

Partez, mes orageux suivants,

Faites ce qu’ordonne Neptune.

(Ce commandement d’Æole produit un spectacle étrangeet merveilleux tout ensemble. Les deux vents qui étaientà ses côtés suspendus en l’air s’envolent, l’un à gaucheet l’autre à droit 1 : deux autres remontent avec lui dansle ciel sur le même nuage qui les vient d’apporter ; deuxautres, qui étaient à sa main gauche sur les ailes duthéâtre, s’avancent au milieu de l’air, où, ayant fait untour, ainsi que deux tourbillons, ils passent au côté droit duthéâtre, d’où les deux derniers fondent sur Andromède,et, l’ayant saisie chacun par un bras, ils l’enlèvent del’autre côté jusque dans les nues.)

ANDROMÈDE.

O ciel !

CÉPHÉE.

Ils l’ont saisie, et l’enlèvent en l’air.

PHINÉE.

Ah ! ne présumez pas ainsi me la voler ;

Je vous suivrai partout malgré votre surprise.

ble et plus simple ; jamais on n’a mis plus de charme dans la vé-ritable éloquence. (Y.)

1 On écrivait alors indifféremment à droit ou à droite; lalangue n’était pas encore iixée.

CORNEILLE. — TOME I.

SCÈNE VI.

CÉPHÉE, PERSÉE, suite du roi.

PERSÉE.

Seigneur, un tel péril ne veut point de remise ;

Mais espérez enoor, je vole à son secours,

Et vais forcer le sort à prendre un autre cours

CÉPHÉE.

Vingt amants pour Nérée en firent l’entreprise ;

Mais il n’est point d’effort que ce monstre ne brise.Tous voulurent sauver ses attraits adorés,

Tous furent avec elle à l’instant dévorés.

PERSÉE.

Le ciel aime Andromède, il veut son hyménée,Seigneur; et si les vents l’arrachent à Phinée,

Ce n’est que pour la rendre à quelque illustre épouxQui soit plus digne d’elle, et plus digne de vous ;

A quelque autre par là les dieux l’ont réservée.

Vous saurez qui je suis quand je l’aurai sauvée.Adieu. Par des chemins aux hommes inconnusJe vais mettre en effet l’oracle de Vénus.

Le temps nous est trop cher pour le perdre en paroles.

CÉPHÉE.

Moi, qui ne puis former d’espérances frivoles,

Pour ne voir point courir ce grand cœur au trépas,

Je vais faire des vœux qu’on n’écoutera pas.

ACTE TROISIÈME.

Il se fait ici une si étrange métamorphose, qu’il semblequ’avant de sortir de cejardin Persée ait découvert cettemonstrueuse tète de Méduse qu’il porte partout sous sonbouclier. Les myrtes et les jasmins qui le composaientsont devenus des rochers affreux, dont les masses iné-galement escarpées et bossues suivent si parfaitement lecaprice de la nature, qu’il semble qu’elle ait plus contri-bué que l’art à les placer ainsi des deux côtés du théâtre :c’est en quoi l’artifice de l’ouvrier est merveilleux, et sefait voir d’autant plus, qu’il prend soin de se cacher.Les vagues s’emparent de toute la scène, à la réserve decinq ou six pieds qu’elles laissent pour leur servir de ri-vage; elles sont dans une agitation continuelle, et com-posent comme un golfe enfermé entre ces deux rangs defalaises : on ne voit l’embouchure se dégorger dans lapleine mer, qui paraît si vaste et d’une si grande éten-due, qu’on jurerait que les vaisseaux qui flottent près del’horizon, dont la vue est bornée, sont éloignés de plusde six lieues de ceux qui les considèrent. 11 n’y a per-sonne qui ne, juge que cet horrible spectacle est le fu-neste appareil de l’injustice des dieux et du supplice

1 Persée, qui va forcer le sort à prendre un autre cours, n’estpas le Persée de Quinault. (V.)

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