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ANDROMÈDE, ACTE IV, SCÈNE I.
Ainsi notre victime à nos yeux enlevéeVa croître les douceurs de ses contentementsPar le juste mépris de nos ressentiments.
ÉPHYRE.
Toute notre fureur, toute notre vengeanceSemble avec son destin être d’intelligence,
N’agir qu’en sa faveur ; et ses plus rudes coupsNe font que lui donner un plus illustre époux.
CYDIPPE.
Le sort, qui jusqu’ici nous a donné le change,Immole à ses beautés le monstre qui nous venge ;
Du même sacrifice, et dans le même lieu,
De victime qu’elle est, elle devient le dieu.
Cessons dorénavant, cessons d’être immortelles,Puisque les immortels trahissent nos querelles,Qu’une beauté commune est plus chère à leurs yeux :Car son libérateur est sans doute un des dieux.
Autre qu’un dieu n’eût pu nous ôter cette proie ;Autre qu’un dieu n’eût pu prendre une telle voie ;
Et ce cheval ailé fût péri mille foisAvant que de voler sous un indigne poids.
CYMODOCE.
Oui, c’est sans doute un dieu qui vient de la défendre.Mais il n’est pas, mes sœurs, encortemps de nous ren-Et puisqu’un dieu pour elle ose nous outrager, [dre ;Il faut trouver aussi des dieux à nous venger.
Du sang de notre monstre encore toutes teintes,
Au palais de Neptune allons porter nos plaintes,
Lui demander raison de l’immortel affrontQu’une telle défaite imprime à notre front.
CYDIPPE.
Je crois qu’i I nous prévient ; les ondes en bouillonnent ;Les conques des tritons dans ces rochers résonnent ;C’est lui-même, parlons.
SCÈNE V.
NEPTUNE, les trois néréides.
neptüne, dans son char formé d’une grande conquede nacre, et tiré par deux chevaux marins.
Je sais vos déplaisirs,
Mes filles ; et je viens au bruit de vos soupirs,
De l’affront qu’on vous fait plus que vous en colère.C’est moi que tyrannise un superbe de frère,
Qui dans mon propre État m’osant faire la loi,M’envoie un de ses fils pour triompher de moi.
Qu’il règne dans le ciel, qu’il règne sur la terre;
Qu’il gouverne à son gré l’éclat de son tonnerre ;
Que même du Destin il soit indépendant;
Mais qu’il me laisse à moi gouverner mon trident.C’est bien assez pour lui d’un si grand avantage,Sans me venir braver encor dans mon partage.
Après cet attentat sur l’empire des mers,
Même honte à leur tour menace les enfers ;
Aussi leur souverain prendra notre querelle :
Je vais l’intéresser avec Junon pour elle;
Et tous trois, assemblant notre pouvoir en un,
Nous saurons bien dompter notre tyran commun.Adieu. Consolez-vous, nymphes trop outragées ;
Je périrai moi-même, ou vous serez vengées :
Et j’ai su du Destin, qui se ligue avec nous,Qu’Andromède ici-bas n’aura jamais d’époux.
(Ilfond au milieu de la mer.)
CYMODOCE.
Après le doux espoir d’une telle promesseReprenons, chères sœurs, une entière allégresse.
(Les néréides se plongent aussi dans la mer. )
ACTE QUATRIÈME.
Les vagues fondent sous le théâtre; et ces hideuses massesde pierres dont elles battaient le pied font place à la ma-gnificence d’un palais royal. On ne le voit pas tout en-tier, on n’en voit que le vestibule, ou plutôt la grandesalle, qui doit servir aux noces de Persée et d’Andro-mède. Deux rangs de colonnes de chaque côté, l’un derondes, et l’autre de quarrées, en fout les ornements :elles sont enrichies de statues de marbre blanc d’unegrandeur naturelle, et leurs bases, corniches, amortis-sements, étalent tout ce que peut lajustesse de l’architec-ture. Le frontispice suit le même ordre; et, par troisportes dont il est percé, il fait voir trois allées de cyprèsoù l’œil s’enfonce à perte de vue '.
SCÈNE PREMIÈRE.
ANDROMÈDE, PERSÉE, choeur de nymphes,
SUITE DE PERSÉE.
PERSÉE.
Que me permettez-vous, madame, d’espérer?
Mon amour jusqu’à vous a-t-il lieu d’aspirer?
Et puis-je, en cette illustre et charmante journée,Prétendre jusqu’au cœur que possédait Phinée?
ANDROMÈDE.
Laissez-moi l’oublier, puisqu’on me donne à vous ;
Et s’il l’a possédé n’en soyez point jaloux.
Le choix du roi l’y mit, le choix du roi l’en chasse ;
i Après ces derniers mots, on lit dans la première édition :« Persée parait le premier dans cette salle conduisant Andro-mède à son appartement, après l’avoir obtenue du roi et de lareine; et, comme si leur volonté ne suffisait pas, il tâche en-core de l’obtenir d’elle-même par les respects qu’il lui rend, etles submissions extraordinaires qu’il lui fait. »