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Tome premier.
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ANDROMÈDE, ACTE IV, SCÈNE IV.

GOO

Et je n’en avais qu’un, qui m’a voulu survivre.

Encor ces vingt amants qui vous ont alarméN’étaient pas tous aimés, et vous étiez aimé :

Ils n’avaient la plupart qu’une faible espérance,

Et vous aviez, Phinée, une entière assurance;

Vous possédiez mon cœur, vous possédiez ma foi ;N’était-ce point assez pour mourir avec moi?Pouviez-vous ?

PHINÉE.

Ah! de grâce, imputez-moi, madame,Les crimes les plus noirs dont soit capable une âme ;Mais ne soupçonnez point ce malheureux amantDe vous pouvoir jamais survivre un seul moment.J’épargnais à mes yeux un funeste spectacle, [ele,Où mes bras impuissants n’avaient pu mettre obsta-Et tenais ma main prête à servir ma douleur [heur.Au moindre et premier bruit qu’eût fait votre mal-

ANDROMÈDE.

Et vos respects trouvaient une digne matièreA me laisser l’honneur de périr la première 1 !

Ah ! c’était à mes yeux qu’il fallait y courir,

Si vous aviez pour moi cette ardeur de mourir.

Vous ne me deviez pas envier cette joieDe voir offrir au monstre une première proie ;

Vous m’auriez de la mort adouci les horreurs ;

Vous m’auriez fait du monstre adorer les fureurs ;

Et lui voyant ouvrir ce gouffre épouvantable ,

Je l’aurais regardé comme un port favorable,

Comme un vivant sépulcre où mon cœur amoureuxEût brûlé de rejoindre un amant généreux.

J’aurais désavoué la valeur de Persée ;

En me sauvant la vie il m’aurait offensée ;

Et de ce même bras qu’il m’aurait conservéJe vous immolerais ce qu’il m’aurait sauvé.

Ma mort aurait déjà couronné votre perte,

Et la bonté du ciel ne l’aurait pas soufferte ;

C’est à votre refus que les dieux ont remis

En de plus dignes mains ce qu’ils m’avaient promis.

Mon cœur eût mieux aimé le tenir de la vôtre ;

Mais je vis par un autre, et vivrai pour un autre.Vous n’avez aucun lieu d’en devenir jaloux,

Puisque sur ce rocher j’étais morte pour vous :

Qui pouvait le souffrir peut me voir sans envieVivre pour un héros de qui je tiens la vie ;

Et quand l’amour encor me parlerait pour lui,

Je ne puis disposer des conquêtes d’autrui.

Adieu.

SCÈNE IV.

PHINf.E, AMMON, suite de phinée.

PHINÉE.

Vous voulez donc que j’en fasse la mienne,

' Andromède accable trop ce Phinée. (V.)

Cruelle, et que ma foi de mon bras vous obtienne ?Eh bien ! nous l’irons voir, ce bienheureux vainqueur,Qui, triomphant d’un monstre, a dompté votre cœur.C’était trop peu pour lui d’une seule victoire,

S’il n’eût dedans ce cœur triomphé de ma gloire !Mais si sa main au monstre arrache un bien si cher,La mienne à son bonheur saura bien l’arracher ;

Et vainqueur de tous deux en une seule tête,

De ce qui fut mon bien je ferai ma conquête.

La force me rendra ce que ne peut l’amour.

Allons-y, chers amis, et montrons dès cejour....amsion.

Seigneur, auparavant d’une âme plus remiseDaignez voir le succès d’une telle entreprise.Savez-vous que Persée est fds de Jupiter,

Et qu’ainsi vous avez le foudre à redouter?

PHINÉE.

Je sais que Danaé fut son indigne mère;

L’or qui plut dans son sein l’y forma d’adultère :Mais le pur sang des rois n’est pas moins précieux.Ni moins chéri du ciel que les crimes des dieux >.ammon.

Mais vous ne savez pas, seigneur, que son épéeDe l’horrible Méduse a la tête coupée,

Que sous son bouclier il la porte en tous lieux,

Et que c’est fait de vous, s’il en frappe vos yeux.

PHINÉE.

On dit que ce prodige est pire qu’un tonnerre,

Qu’il ne faut que le voir pour n’être plus que pierre,Et que naguère Atlas, qui ne s’en put cacher,

A cet aspect fatal devint un grand rocher.

Soit une vérité, soit un conte, n’importe;

Si la valeur ne peut, que le nombre l’emporte.Puisque Andromède enfin voulait me voir périr,

Ou triompher d’un monstre afin de l’acquérir,

Que, fière de se voir l’objet de tant d’oracles,

Elle veut que pour elle on fasse des miracles,

Cette tête est un monstre aussi bien que celuiDont cet heureux rival la délivre aujourd'hui ;

Et nous aurons ainsi dans un seul adversaireEt monstres à combattre, et miracles à faire.Peut-être quelques dieux prendront notre parti,Quoique de leur monarque il se dise sorti ;

Et Junon pour le moins prendra notre querelleContre l’amour furtif d’un époux infidèle.

(Junon se fait voir dans un char superbe tiré par deuxpaons, et si bien enrichi, qu’il paraît digne de l’orgueilde la déesse qui s’y fait porter. Elle se promène au mi-lieu de l’air, dont nos poètes lui attribuent l’empire , ety fait plusieurs tours, tantôt à droite et tantôt à gauche,cependant qu’elle assure Phinée de sa protection.)

1 Ces quatre vers sont beaux ; c’est la condamnation de pres-que toutes les fables de l’antiquité. (Y.)