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Tome premier.
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ANDROMÈDE, ACTE IV, SCENE VI.

SCÈNE V.

JUNON, dans son char, au milieu de l'air;PHINÉE, AMMON, suite de puînée.

junon.

N’en doute point, Phinée, et cesse d’endurer.

PHINÉE.

Elle-même paraît pour nous en assurer.

JUNON.

Je ne serai pas seule; ainsi que moi NeptuneS’intéresse en ton infortune ;

Et déjà la noire Alecton,

Du fond des enfers déchaînée,

A, par les ordres de Pluton,

De mille cœurs pour toi la fureur mutinée :

Fort de tant de seconds, ose, et sers mon courrouxContre l’indigne sang de mon perfide époux.

PHINÉE.

Nous te suivons, déesse; et dessous tes auspicesNous franchirons sans peur les plus noirs précipices.

Que craindrons-nous, amis ? nous avons dieux pourOracle pour oracle, et la faveur des cieux [dieux,D’un contre-poids égal dessus nous balancéeN’est pas entièrement du côté de Persée.

JUNON.

Je te le dis encor, ose, et sers mon courrouxContre l’indigne sang de mon perfide époux.

AMMON.

Sous tes commandements nous y courons, déesse,Le cœur plein d’espérance, et l'âme d’allégresse.

Allons, seigneur, allons assembler vos amis;Courons au grand succès qu’elle vous a promis :Aussi bien le roi vient, il faut quitter la place,

De peur....

PHINÉE.

Non, demeurez pour voir ce qui se passe;Et songez à m’en faire un fidèle rapport,

Tandis que je m’apprête à cet illustre effort.

SCÈNE VI.

CÉP1IÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PERSÉE,AMMON, TIMANTE, chqeub de peuple.

TIM ANTE.

Seigneur, le souvenir des plus âpres supplices,Quand un tel bien les suit, n’a jamais que délices.

Si d’un mal sans pareil nous nous vîmes surpris,Nous bénissons le ciel d’un tel mal à ce prix ;

Et voyant quel époux il donne à la princesse,

La douleur s’en termine en ces chants d’allégresse.choeur chante.

Vivez, vivez, heureux amants,

Dans les douceurs que l’amour vous inspire;

Vivez, heureux, et vivez si long-temps,

Qu’au bout d’un siècle entier on puisse encor vous dire :Vivez, heureux amants.

Que les plaisirs les plus charmantsFassent les jours d’une si belle vie ;

Qu’ils soient sans tache, et que tous leurs momentsFassent redire même à la voix de l’envie :

Vivez, heureux amants.

Que les peuples les plus puissants,

Dans nos souhaits à pleins vœux nous secondent !Qu’aux dieux pour vous ils prodiguent l’encens,

Et des bouts de la terre à l’envi nous répondent :Vivez, heureux amants.

céphée.

Allons, amis, allons, dans ce comble de joie,

Rendre grâces au ciel de l’heur qu’il nous envoieAllons dedans le temple avecque mille vœuxDe cet illustre hymen achever les beaux nœuds.Allons sacrifier à Jupiter son père,

Le prier de souffrir ce que nous pensons faire,

Et ne s’offenser pas que ce noble lien

Fasse un mélange heureux de son sang et du mien.

CASSIOPE.

Souffrez qu’auparavant par d’autres sacrificesNous nous rendions des eaux les déités propices.Neptune est irrité ; les nymphes de la merOnt de nouveaux sujets encor de s’animer ;

Et comme mon orgueil fit naître leur colère,

Par mes submissions je dois les satisfaire.

Sur leurs sables, témoins de tant de vanités,

Je vais sacrifier à leurs divinités ;

Et conduisant ma fille à ce même rivage,

De ces mêmes beautés leur rendre ün plein hommage,Joindre nos vœux au sang des taureaux immolés :Puis nous vous rejoindrons au temple où vous allez.

PERSÉE.

Souffrez qu’en même temps de ma Hère marâtreJe tâche d’apaiser la haine opiniâtre;

Qu’un pareil sacrifice et de semblables vœuxTirent d’elle l’aveu qui peut me rendre heureux.

Vous savez que Junon à ce lien préside,

Que sans elle l’hymen marche d’un pied timide,

Et que sa jalousie aime à persécuterQuiconque ainsi que moi sort de son Jupiter.

CÉPHÉE.

Je suis ravi de voir qu’au milieu de vos flammesDe si dignes respects régnent dessus vos âmes.

Allez J’immolerai pour vous à Jupiter,

Et je ne vois plus rien enfin à redouter.

Des dieux les moins bénins l’éternelle puissanceNe veut de nous qu’amour et que reconnaissance;

Et jamais leur courroux ne montre de rigueursQue n’abatte aussitôt l’abaissement des cœurs.