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Tome premier.
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ANDROMÈDE, ACTE V, SCÈNE V.

Junon consentira notre bonne fortune.

Mais que nous veut Aglante ?

SCÈNE IV.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE,AGLANTE,

SUITE DU KOI ET DE LA HEINE.AGLANTE.

Ah ! seigneur, au secours !Du généreux Persée on attaque les jours.

Presque au sortir du temple une troupe mutineVient de l’environner, et déjà l’assassine.

Phinée en les joignant, furieux et jaloux,

Leur a crié : Main basse! à lui seul, donnez tous !Ceux qui l’accompagnaient tout aussitôt se rendent ;Clyte et Nylée encor vaillamment le défendent ;

Mais ce sont vains efforts de peu d’autres suivis,

Et je viens toute en pleurs vous en donner avis.

CASSIOPE.

Dieux! est-ce là l’effet de tant d’heureux présages?Allez, gardes, allez signaler vos courages ;

Allez perdre ce traître, et punir ce voleurQui prétend sous le nombre accabler la valeur.

CÉPHÉE.

Modérez vos frayeurs, et vous, séchez vos larmes.Le ciel n’a pas besoin du secours de nos armes;

Il a de ce héros trop pris les intérêts ,

Pour n’avoir pas pour lui des miracles tout prêts :

Et peut-être bientôt sur ce lâche adversaireVous entendrez tomber le foudre de son père.

Jugez de l’avenir par ce qui s’est passé ;

Les dieux achèveront ce qu’ils ont commencé;

Oui, les dieux à leur sang doivent ce privilège :

Y mêler notre main, c’est faire un sacrilège.

CASSIOPE.

Seigneur, sur cet espoir hasarder ce héros,C’esttrop....

SCÈNE V.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE,PHORBAS, AGLANTE,

SUITE DU KOI ET DE LA HEINE.PHORBAS.

Mettez, grand roi, votre esprit en repos ;

La tête de Méduse a puni tous ces traîtres.

CÉPHÉE.

Le ciel n’est point menteur, et les dieux sont nos maî-phokbas. [très.

Aussitôt que Persée a pu voir son rival 1 :

1 C’est dans ce récit qu’on trouve des vers où l’on reconnaît

« Descendons, a-t-il dit, en un combat égal;

» Quoique j’aie en ma main un entier avantage,

« Je ne veux que mon bras, ne prends que ton courage. »« Prends,prends cet avantage, et j’userai du mien, »Dit Phinée ; et soudain, sans plus répondre rien,

Les siens donnent en foule, et leur troupe presséeFait choir Ménale et Clyte aux pieds du grand Pér-il s’écrie aussitôt : « Amis, fermez les yeux, [sée.« Et sauvez vos regards de ce présent des deux :

« J’atteste qu’on m’y force, et n’en fais plus d’excuse. »Il découvre à ces mots la tête de MéduseSoudain j’entends des cris qu’on ne peut achever ;J’entends gémir les uns, les autres se sauver;J’entends le repentir succéder à l’audace;

J’entends Phinée enfin qui lui demande grâce.

« Perfide, il n’est plus temps, lui dit Persée. » Il fuit :J’entends comme à grands pas ce vainqueur le poursuit,Comme il court se venger de qui l’osait surprendre;Je l’entends s’éloigner, puis je cesse d’entendre.

A lors, ouvrant les yeux par son ordre fermés,

Je vois tout ces méchants en pierre transformés :Mais l’un plein de fureur, et l’autre plein de crainte,En porte sur le front l’image encore empreinte ;

Et tel voulait frapper, dont le coup suspenduDemeure en sa statue à demi descendu ;

Tant cet affreux prodige =...,.

le pinceau de Corneille ; mais ils ne sont pas les seuls qui méri-tent d’ètre remarqués. Il est vrai qu’on ne joue plus ni Andro-mède, ni la Toison d'Or, et que ces pièces ne sont guère luesque des gens de lettres; mais il nous semble qu’elles étaientplus dignes de l’attention de Voltaire : elles peuvent faire re-garder Corneille comme le créateur de l’opéra, et elles prou-vent que son génie s’étendait à toutes les branches de l’art dra-matique. Il y a d’ailleurs dans l’une et dans l’autre des scènestrès-bien faites, et des vers auxquels Voltaire aurait rendu plusde justice, s’il eût été moins prévenu en faveur de Quinault.On convient que ce dernier poète était appelé par la nature augenre lyrique; et Corneille, qui le devança en traitant le sujetd 'Andromède, et en donnant la première idée des tragédies àmachines, mêlées de chants, lui assigna son véritable domaine.Quinault perfectionna trèsdieureusement ce que Corneille n’a-vait qu’ébauché; et son opéra de Persée, comme ledit Voltaire,est en effet très-supérieur à Andromède ; ce qui n’empêche pasque, dans cette dernière pièce, et dans la Toison d'Or, il n’y aitdes scènes et des vers que Quinault n’eut pas été capable defaire : les lecteurs instruits les remarqueront assez. (P.)

1 Voici presque le seul morceau où l’on retrouve Corneille.Cette image des guerriers pétrifiés par la tête de Méduse estimitée d’Ovide :

Immoîusque silex armataque mansit imago.

Quinault n’a point exprimé ce qu’Ovide et Corneille ont si bienpeint. Je ne ferai point ici de remarque sur cette phrase, quin’est pas française : descendons en un combat; sur ces mots :ne prends que ton courage; fait choir Ménale; sauvez vosregards. Je n’ai presque point examiné le style de cette pièce ;il est trop négligé et trop incorrect : la pièce d’ailleurs est ou-bliée, et il n’y a que celles qui sont restées au théâtre sur les-quelles on puisse entrer dans des détails utiles. (V.)

2 Cette description parait digne des bons ouvrages de Cor-neille. (V.)