Band 
Tome premier.
Seite
604
JPEG-Download
 

ANDROMEDE, ACTE V SCÈNE III.

Dans sa victoire même il s’est vaincu pour moi.

Il m’a sacrifié tout ce haut avantage;

De toute sa conquête il m’a fait un hommage;

Il m’en a fait un don ; et fort de tant de voix,

Au péril de tout perdre, il met tout à mon choix :

Il veut tenir pour grâce un si juste salutaire ;

Il réduit-son bonheur à ne me point déplaire;Préférant mes refus, préférant son trépasA l’effet de ses vœux qui ne me plairait pas.

En usez-vous de même ? et votre violenceGarde-t-elle pour moi la même déférence?

Vous avez contre vous et les dieux et le roi,

Et vous voulez encor m’obtenir malgré moi !

Sous ombre d’une foi qui se tient en réserve,

Je dois à votre amour ce qu’un autre conserve ;

A moins que d’être ingrate à mon libérateur,

A moins que d’adorer un lâche adorateur,

Que d’être à mes parents, aux dieux même rebelle,Vous crtrez après moi sans cesse : A l’infidèle!

C’était aux yeux du monstre, au pied de ce rocher,Que l’effet de ma foi se devait rechercher ;

Mon âme, encor pour vous demêmeardeurpressée,Vous eût tendu la main au mépris de Persée,

Et cru plus glorieux qu’on m’eût vue aujourd’huiExpirer avec vous que régner avec lui.

Mais, puisque vous m’avez envié cette joie,

Cessez de m’envier ce que le ciel m’envoie,

Et souffrez que je tâche enfin à mériter,

Au refus de Phinée, unfils de Jupiter.

MINÉE.

Je perds donc temps, madame ; et votre âme obstinéeN’a plus amour, ni foi, ni pitié, pour Phinée ?

Un peu de vanité qui flatte vos parents,

Et d’un rival adroit les respects apparents,

Font plus en un moment, avec leurs artifices,

Que n’ont fait en six ans ma flamme et mes services ?Je ne vous dirai point que de pareils respectsA tout autre que vous pourraient être suspects,

Que qui peut se priver de la personne aiméeN’a qu’une ardeur civile et fort mal allumée,

Que dans ma violence on doit voir plus d’amour :C’est un présent des cieux, faites-lui votre cour ;

Plus fidèle qu’à moi, tenez-lui mieux parole :

J’en vais rougir pour vous, cependant qu’il me vole ;Mais ce rival peut-être, après m’avoir volé,

Ne sera pas toujours sur ce cheval ailé.

ANDROMÈDE.

Il n’en a pas besoin s’il n’a que vous à craindre.

PHINÉE.

Il peut avec le temps être le plus à plaindre.

ANDROMÈDE.

Il porte à son côté de quoi l’en garantir.

PHINÉE.

Vous l’attendez ici, je vais l’en avertir.

CASSIOPE.

Son amour sans vous nous rendre cet office.

PHINÉE.

Le mien s’efforcera pour ce dernier service.

Vous pouvez cependant divertir vos espritsA rendre compte au roi de ce juste mépris.

SCÈNE III.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, suite

DU ROI ET DE LA REINE.

CÉPHÉE.

Que faisait là Phinée, est-il si téméraire 1Que ce que font les dieux il pense à le défaire?

CASSIOPE.

Après avoir prié, soupiré, menacé,

Il vous a vu, seigneur, et l’orage a passé.

CÉPHÉE.

Et vous prêtiez l’oreille à ses discours frivoles?

CASSIOPE.

Un amant qui perd tout peut perdre des paroles ;

Et l’écouter sans trouble et sans rien hasarder,

C’est la moindre faveur qu’on lui puisse accorder.

Mais, seigneur, dites-nous si Jupiter propiceSe déclare en faveur de votre sacrifice,

Si de notre famille il se rend le soutien,

S’il consent l’union de notre sang au sien.

CÉPHÉE.

Jamais le feu sacré et la mort des victimesN’ont daigné mieux répondre à des vœux légitimes.Tous auspices heureux ; et le grand JupiterPar des signes plus clairs ne pouvait l’accepter, [ce,A moins qu’y joindre encore l’honneur de sa présen-Et de sa propre bouche assurer l’alliance.

CASSIOPE.

Les nymphes de la mer nous en ont fait autant;Toutes ont hors des flots paru presque à l’instant :Et leurs bénins regards envoyés au rivageAvecque notre encens ont reçu notre hommage ;Après le sacrifice honoré de leurs yeux,

Où Neptune à l’envi mêlait ses demi-dieux,

Toutes ont témoigné d’un penchement de têteConsentir au bonheur que le ciel nous apprête :

Et nos submissions désarmant leurs dédains,

Toutes ont pour adieu battu l’onde des mains.

Que si même bonheur suit les vœux de Persée,

Qu’il ait vu de Junon sa prièreexaucée,

Nous n’avons plus à craindre aucun sinistre effet.

CÉPHÉE.

Les dieux ne laissent point leur ouvrage imparfait ;N’en doutez point, madame, aussi bien que Neptune,

1 Cette scène est encore plus froide. (V-)