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Tome premier.
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607
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EXAMEN D’ANDROMÈDE.

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JUNON.

Arrêtez là votre remercîment :

L’obéissance est le seul complimentQu’agrée un dieu quand il commande.

( Sitôt que Junon a dit ces vers, elle fait prendre place auroi et à Persée auprès d’elle. Neptune fait le même hon-neur à la reine et à la princesse Andromède; et tousensemble remontent dans le ciel qui les attend, cepen-dant que le peuple, pour acclamation publique, chanteces vers qui viennent d’être prononcés par Jupiter. )

CHŒUR.

Allez, amants, allez sans jalousieVivre à jamais en ce brillant séjour,

Où le nectar et l’ambroisie

Vous seront commeauxdieux prodigués chaque jour:Et quand la nuit aura tendu ses voiles,

Vos corps semés de nouvelles étoiles,

Du haut du ciel éclairant aux mortels,

Leur apprendront qu’il vous faut des autels x .

1 H paraît, parla pièce d’ Andromède, que Corneille se pliaità tous les genres. Il fut le premier qui lit des comédies dans les-quelles on retrouvait Je langage des honnêtes gens de son temps,le premier qui lit des tragédies dignes d’eux, et le premier en-core qui ail donné une pièce en machines qu’on ait pu voir avecplaisir. On avait représenté le Mariage d’Orphée et d’Eury-dice, ou la Grande Journée des machines, en 1640 : il yavait de la musique dans quelques scènes ; le reste se déclamaitcomme à l’ordinaire. VAndromède de Corneille est aussi su-périeur à cel Orphée que Mélite l’avait été aux comédies dutemps ; ainsi Corneille fut au-dessus de ses conl< mporains danstous les g<nres qu’il traita. Il est xrai que quand on a lu l'An-dromède de Quinault, on ne peut plus lire celle de Corneille;demèmequeles comédies de Molière tirent oublier pour jamaisMélite et la Galerie du Palais. Il y a pourtant des beautésdans Y Andromède de Corneille, et on les trouve dans les en-droits qui tiennent de la vraie tragédie; par exemple, dans lerécit que fait Phorbàs à l’avant-dernière scène de la pièce. Cettepièce fut jouée au théâtre du Pelit-Bourbon. Un Italien, nomméTorelîi, lit les machines et les décorations. Ce spectacle eut ungrand succès. L’opéra a fait tomber absolument toutes les piècesde ce genre; et quand même nous n’eussions point eu d’opéra,Y Andromède ne pouvait se soutenir quand le goût fut perfec-tionné. Andromède était un si beau sujet d’opéra que, trente-deux ans après Corneille, Quinault le traita sous le titre dePersée. Ce drame lyrique de Quinault fut, comme tout ce quisortait alors de sa plume, tendre, ingénieux, facile. On retenaitpar coeur presque tous les couplets, on les citait, on les chan-tait, on enfaisait mille applications. Ils soutenaient la musiquede Lulli, qui n’était qu’une déclamation notée, appropiéeavec une extrême intelligence au caractère de la langue : cerécitatif est si beau, qu’en paraissant la chose du monde laplus aisée, il n’a pu être imité par personne. Il fallait lesvers de Quinault pour faire valoir le récitatif de Lulli, quidemandait des acteurs plutôt que des chanteurs. Enlin Qui-nault fut sans contredit, malgré ses ennemis, et malgré Boi-leau , au nombre des grands hommes qui illustrèrent le siècleéternellement mémorable de Louis XIV. (V.) — C’est, à cequ’il nous semble, prodiguer le titre de grand homme que de ledonner à un écrivain qui ne s’est rendu célèbre que par desopéras. Ce genre d’ouvrage, quelque mérite qu’on lui suppose,n’est pas d’une importance assez grande, et ne tient pas parmiles productions du génie un rang assez distingué pour mériter,

EXAMEN D’ANDROMÈDE \

Le sujet de cette pièce est si connu par ce qu’en ditOvide au quatrième et cinquième livre de ses Métamor-phoses, qu’il n’est point besoin d’en importuner le lec-teur. Je me contenterai de lui rendre compte de ce que j’yai changé, tant par la liberté de l’art, que par la nécessitéde l’ordre du théâtre, et pour doiuier plus d’éclat à sa re-présentation .

En premier lieu, j’ai cru plus à propos de faire Cassiopevaine de la beauté de sa fille que de la sienne propre, d’au-tant qu’il est fort extraordinaire qu’une femme dont la filleest en âge d’être mariée ait encore d’assez beaux restespour s’en vanter si hautement, et qu’il n’est pas vraisem-blable que cet orgueil de Cassiope pour elle-même eût at-tendu si tard éclater, vu que c’est dans la jeunesse que labeauté est plus parfaite, et que le jugement étant moinsformé donne plus de lieu à des vanités de cette nature, etnon pas alors que cette même beauté commence d’être surle retour, et que l’âge a mûri l’esprit de la personne quis’en serait enorgueillie en un autre temps.

Ensuite, j’ai supposé que l’oracle d’Ammon n’avait pascondamné précisément Andromède à être dévorée par lemonstre, mais qu’il avait ordonné seulement qu'on lui ex-posât tous les mois, une fille, qu’on jetât le sort pour voircelle qui lui devait être livrée: et que, cet ordre ayantdéjà été exécuté cinq fois, on était au jour qu’il le fallaitsuivre pour la sixième, qui par là devient un jour illustre,remarquable, et attendu, non-seulement par tous les ac-teurs de la tragédie, mais par tous les sujets d’un roi.

J’ai introduit Persée comme un chevalier errant qui s’estarrêté depuis un mois dans la cour de Cépliée, et non pascomme se rencontrant par hasard dans le temps qu’Andro-mède est attachée au rocher. Je lui ai donné de l’amourpour elle, qu’il n’ose découvrir, parce qu’il l’avait promiseàPhinée, mais qu’il nourrit toutefois d’un peu d’espoir,parce qu’il voit son mariage différé jusqu’à la fin des mal-heurs publics. Je l’ai fait plus généreux qu’il n’est dansOvide, où il n’entreprend la délivrance de cette princesse

même à celui qu’on en regarderait comme le fondateur, un ti-tre qu’il faut bien se garder d’avilir en le prodiguant. Quinaultfut sans doute un écrivain facile, élégant, ingénieux, un poèteaimable, et souvent inspiré des Grâces ; mais la postérité ne lemettra jamais au rang des grands hommes. Voltaire n’eût riendit de trop s’il eut dit seulement que Quinault fut un des hom-mes raies qui illustrèrent le siècle de Louis XtV. (P.)

1 Cet examen est un peu long pour un ouvrage dont le prin-cipal mérite est de prouver que Corneille n’a pas été seulementle fondateur de la tragédie et de la comédie, mais qu'il a ouvertle premier la carrière de l’opéra, et que son génie dramatiquel’appelait, sinon à perfectionner, du moins à créer tous lesgenres. Cette fécondité en matière de création est véritablementun de ses plus beaux titres de gloire, et ce qu’on ne, doit ja-mais perdre de vue, si l’on veut à la fois se faire une idée juste,et donner la mesure exacte de son génie. Il avait plus desoixante-quatre ans lorsque, à l’invitation de Molière, il fit,dans la comédie-ballet de Psyché, représentée à Versailles, cesvers charmants que tout le monde a retenus, et où l’Amourparait si séduisant en convenant qu’il est jaloux :

Je le suis, ma Psyché, de toute la nature, etc. (P.)