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Tome premier.
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EXAMEN D’ANDROMÈDE.

qu’après que ses parents l’ont assuré qu’elle l’épouseraitsitét qu’il l’aurait délivrée. J’ai changé aussi la qualité dePhinée, que j’ai fait seulement neveu du roi, dont Ovidele nomme frère, le mariage de deux cousins me semblantplus supportable dans nos façons de vivre que celui de l’on-cle et de la nièce, qui eût paru un peu plus étrange à mesauditeurs.

Les peintres, qui cherchent à faire voir leur art dans lesnudités, ne manquent jamais à nous représenter Andro-mède nue au pied du rocher où elle est attachée, quoiqueOvide n’en parle point. Ils me pardonneront si je ne les aipas suivis en cette invention, comme j’ai fait en celle ducheval Pégase, sur lequel ils montent Persée pour com-battre le monstre, quoique Ovide ne lui donne que des ai-les aux talons. Ce changement donne lieu à une machinetout extraordinaire, merveilleuse, et empêche que Perséene soit pris pour Mercure; outre qu’ils ne le mettent pasen cet équipage sans fondement, vu que le même Ovideraconte que sitôt que Persée eut coupé la monstrueuse têtede Méduse, Pégase tout ailé sortit de cette Gorgone, et quePersée s’en put saisir dès lors pour faire ses courses par lemilieu de l’air.

Nos globes célestes où l’on marque pour constellationsCéphée, Cassiope, Persée et Andromède, m’ont donné jourà les faire enlever tous quatre au ciel sur la fin de la pièce,pour y faire les noces de ces amants, comme si la terren’en était pas digne.

Au reste, comme Ovide ne nomme point la ville où ilfait arriver cette aventure, je ne me suis non plus enhardià la nommer. Il dit pour toute chose que Céphée régnaiten Éthiopie, sans désigner sous quel climat. La topogra-phie moderne de ces contrées-là n’est pas fort connue, etcelle du temps de Céphée encore moins. Je me contenteraidonc de vous dire qu’il fallait que Céphée régnât en quel-que pays maritime, et que sa ville capitale, fût sur le bordde la nier.

Je sais bien qu’au rapport de Pline, les habitants de Joppé,qu’on nomme aujourd’hui Jaffa dans la Palestine, ont pré-tendu que cette histoire s’était passée chez eux : ils envoyè-rent à Rome des os de poisson d’une grandeur extraordi-naire, qu’ils disaient être du monstre à qui Andromèdeavait été exposée. Ils montraient un rocher proche de leurville où ils assuraient qu’elle avait été attachée; et encoremaintenant ils se vantent de ces marques d’antiquité à nospèlerins qui vont en Jérusalem, et prennent terre en leurport. Il se peut faire que cela parte d’une affectation autre-fois assez ordinaire aux peuples du paganisme, qui s’attri-buaient à haute gloire d’avoir chez eux ces vestiges de lavieille fable, que l’erreur commune y faisait passer pourhistoire. Ils se croyaient par là bien fondés à se donnercette prérogative d’être d’une origine plus ancienne queleurs voisins, et prenaient avidement toute sorte d’occa-sions de satisfaire à cette ambition. Ainsi il n’a fallu que larencontre par hasard de tes os monstrueux que la meravait jetés sur leurs rivages, pour leur donner lieu des’emparer de cette fiction, et de placer la scène de cetteaventure au pied de leurs rochers. Pour moi, je me suisattaché à Ovide, qui la fait arriver en Éthiopie,où il metle royaume de Céphée par ces vers :

Âtthiopum populos , Cepheaque conspicit a'rua ;

Illic immeritam materna pendére llngua

Andromedam pcenas , etc.

Il se pouvait faire que Céphée eût conquis cette ville deJoppé, et la Syrie même, où elle est située. Pline l’assureau vingt-neuvième chapitre du sixième livre, par cetteraison que l’histoire d’Andromède s’y est passée, Æthio-piarn imperitassë Syriœ Cephei regis œtatepatet Andro-mèdes fabulis. Mais ceux qui voudront contester cette opi-nion peuvent répondre que ce n’est que prouver une er-reur par une autre erreur, et éclaircir une chose douteusepar une encore plus incertaine. Quoi qu’il en soit, celled’Ovide ne peut subsister avec celle-là; et, quelque bonsyeux qu’eût Persée, il est impossible qu’il découvrit d’uneseule vue l’Éthiopie et Joppé; ce qu’il aurait dû faire, si cequ’entend ce poète par Cepliea arva n’était autre choseque son territoire.

Le même Ovide, dans quelqu’une de ses épitres, ne faitpas Andromède blanche, mais basanée,

Andromède patrla fasca colore sua.

Néanmoins, dans la métamorphose, il nous donne uneautre idée à former, lorsqu’il dit que, n’eût été ses che-veux qui voltigeaient au gré du vent, et les larmes qui luicoulaient des yeux, Persée l’eût prise pour une statue demarbre :

Jtlarmoreum raius esset opus.

Ce qui semble ne se pouvoir entendre que du marbreblanc, étant assez inouï que l’on compare la beauté d’unefille à une autre sorte de marbre. D’ailleurs, pour la pré-férer à celle des Néreïdes que jamais on n’a faites noires, ilfallait que son teint eût quelque rapport avec le leur, etque, par conséquent, elle n’eût pas celui que communémentnous donnons aux Éthiopiens. Disons donc qu’elle étaitblanche, puisqu’à moins que cela il n’aurait pas été vrai-semblable que Persée, qui était né dans la Grèce, fût de-venu amoureux d’elle. Nous aurons de ce parti le consen-tement de tous les peintres, et l’autorité du grand Hélio-dore, qui n’a fondé la blancheur de sa Chariclée que surun tableau d’Andromède. Pline, au huitième chapitre deson cinquième livre, fait mention de certains peuples d’A-frique qu’il appelle Leuce-Æthiopes. Si l’on s’arrête à l’é-tymologie de leur nom, ces peuples devaient être blancs,et nous en pouvons faire les sujets de Céphée, pour don-ner à cette tragédie toute la justesse dont elle a besoin tou-chant la couleur des personnages qu’elle introduit sur lascène.

Vous y trouverez cet ordre gardé dans les changementsde théâtre, que chaque acte, aussi bien que le prologue, a sadécoration particulière, et du moins une machine vo-lante, avec un concert de musique que je n’ai employéqu’à satisfaire les oreilles des spectateurs, tandis que leursyeux sont arrêtés à voir descendre ou remonter une ma-chine, ou s’attachent à quelque chose qui les empêche deprêter attention à ce que pourraient dire les acteurs , com-me fait le combat de Persée contre le monstre. Mais je mesuis' bien gardé de faire rien chanter qui fût nécessaire àl'intelligence de la pièce, parce que communément les paro-les qui se chantent étant mal entendues des auditeurs, pourla confusion qu’y apporte la diversité des voix qui les pro-noncent ensemble, elles auraient fait une grande obscurité