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Tome premier.
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DON SANCHE, ACTE I, SCÈNE III.

Je sais ce que je suis, et ce que je medoi.

D. LÉONOR.

Daigne le juste ciel vous donner le courageDe vous en souvenir et le mettre en usage !

D. ELVIRE.

Vos ordres sur mon cœur sauront toujours régner.

D. LÉONOR.

Cependant ce Carlos vous doit accompagner,

Doit venir jusqu’aux lieux de votre obéissanceVous rendre ces respects dus à votre naissance,Vous faire, comme ici, sa cour tout simplement?

D. ELVIRE.

De ses pareils la guerre est l’unique élément :Accoutumés d’aller de victoire en victoire,

Us cherchent en tous lieux les dangers et la gloire.La prise de Séville, et les Maures défaits,

Laissent à la Castille une profonde paix :

S’y voyant sans emploi, sa grande âme inquièteVeut bien de don Garcie achever la défaite 1 ,

Et contre les efforts d’un reste de mutinsDe toute sa valeur hâter nos bons destins.

D. LÉONOR.

Mais quand il vous aura dans le trône affermie,

Et jeté sous vos pieds la puissance ennemie 2 ,

S’en ira-t-il soudain aux climats étrangersChercher tout de nouveau la gloire et les dangers?

D. ELVIRE.

Madame, la reine entre 3 4 .

SCÈNE II.

Di ISABELLE, D. LÉONOR, D. ELVIRE,BLANCHE.

D.. LÉONOB.

Aujourd’hui donc, madame,Vous allez d’un héros rendre heureuse la flamme,

Et, d’un mot, satisfaire aux plus ardents souhaitsQue poussent vers le ciel vos fidèles sujets 4.

D. ISABELLE.

Dites, dites plutôt qu aujourd’hui, grandes reines,Je m’impose à vos yeux la plus dure des gênes,

Et fais dessus moi-même un illustre attentatPour me sacrifier au repos de l’État.

1 II faudrait que don Garcie fût d’abord connu, le spectateurne sait ni où il est, ni qui parle, ni de qui l’on parle. (V.)

2 Jeter une puissance sous des pieds! (V.)

3 Quelle reine? Rien n’est annoncé, rien n’est développé.C’est surtout dans ces sujets romanesques, entièrement incon-nus au public, qu’il faut avoir soin de faire l’exposition la plusnette et la plus précise.

J’aimerais encor mieux qu'il déclinât son nom,

Et dît : Je suis Oreste, ou bien Agamemnon. (V.)

4 Des souhaits qu’on pousse I et madame, qui va rendre heu-reuse la flamme !(V.)

Que c’est un sort fâcheux et triste que le nôtreDe ne pouvoir régner que sous les lois d’un autre;

Et qu’un sceptre soit cru d'un si grand poids pourQue pour le soutenir il nous faille un époux! [nous 1 ,A peine ai-je deux mois porté le diadème,

Que de tous les côtés j’entends dire qu’on m’aime,

Si toutefois sans crime et sans m’en indignerJe puis nommer amour une ardeur de régner.L’ambition des grands à cet espoir ouverteSemble pour m’acquérir s’apprêter à ma perte ;

Et pour trancher le cours de leurs dissensions,

Il faut fermer la porte à leurs prétentions ;

Il m’en faut choisir un ; eux-mêmes m’eu convient,Mon peuple m’en conjure, et mes états m’en prient ;Et même par mon ordre ils m’en proposent trois,Dont mon cœur à leur gré peut faire un digne choix.Don Lope de Gusman, don Manrique de Lare,

Et don Alvar de Lune, ont un mérite rare :

Mais que me sert ce choix qu’on fait en leur faveur,

Si pas un d’eux enfin n’a celui de mon cœur?

D. LÉONOR.

On vous les a nommés, mais sans vous les prescrire;On vous obéira, quoi qu’il vous plaise élire 2 :

Si le cœur a choisi, vous pouvez faire un roi.

D. ISABELLE.

Madame, je suis reine, et dois régner sur moi.

Le rang que nous tenons, jaloux de notre gloire,Souvent dans un tel choix nous défend de nous croire,Jette sur nos désirs un joug impérieux 3 ,

Et dédaigne l’avis et du cœur et des yeux.

Qu’on ouvre. Juste ciel, vois ma peine, et m’inspireEt ce que je dois faire, et ce que je dois dire !

SCÈNE III.

D. ISABELLE, D. LÉONOR, D. ELVIRE,BLANCHE, D. LOPE, D. MANRIQUE,

D. ALVAR, CARLOS.

D. ISABELLE.

Avant que de choisir je demande un serment,Comtes, qu’on agréra mon choix aveuglément;

Que les deux méprisés, et tous ies trois peut-être,

De ma main, quel qu’il soit, accepteront un maître :Car enfin je suis libre à disposer de moi;

Le choix de mes états ne m’est point une loi ;

D’une troupe importune il m’a débarrassée,

Et d’eux tous sur vous trois détourné ma pensée,Mais sans nécessité de l’arrêter sur vous,

1 Et Isabelle qui fait un illustre attentat sur elle-même, etun sceptre qui est cru ! (V.)

2 Cela n’est ni élégant, ni harmonieux. (Y.)

3 Un joug impérieux jeté sur des désire ! (V.)