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Tome premier.
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G2C

DON SANCHE, ACTE HT, SCÈNE IV.

Notre liberté même est due à sa vaillance ;

Et, quoiqu’il ait tantôt montré quelque insolence,Dont nous a dû piquer l’honneur de notre rang,Vous avez suppléé l’obscurité du sang.

Ce qu’il vous plaît qu’il soit, il est digne de l’être.Nous lui devons beaucoup, et l’allions reconnaître,L’honorer en soldat, et lui faire du bien :

Mais après vos faveurs nous ne pouvons plus rien :Qui pouvait pour Carlos ne peut rien pour un comte ;Il n’est rien en nos mains qu’il ne reçût sans honte ;Et vous avez pris soin de le payer pour nous.

D. ISABELLE.

Il en est en vos mains des présents assez doux,

Qui purgeraient vos noms de toute ingratitude,

Et mon âme pour lui de toute inquiétude;

Il en est dont sans honte il serait possesseur :

En un mot, vous avez l’un et l’autre une sœur ;

Et je veux que le roi qu’il me plaira de faire,

En recevant ma main, le fasse son beau-frère ;

Et que par cet hymen son destin affermiNe puisse en mon époux trouver son ennemi.

Ce n’est pas, après tout, que j’en craigne la haine ;Je sais qu’en cet État jeserai toujours reine,

Et qu’un tel roi jamais, quel que soit son projet,

Ne sera sous ce nom que mon premier sujet ;

Mais je ne me plais pas à contraindre personne ,

Et moins que tous un cœur à qui le mien se donne.Répondez donc tous deux : n’y consentez-vous pas ?

D. MANBIQUE.

Oui, madame, aux plus longs et plus cruels trépas,Plutôt qu’à voir jamais de pareils hymenéesTernir en un moment l’éclat de mille années.

Ne cherchez point par là cette union d’esprits :

Votre sceptre, madame, est trop cher à ce prix;

Et jamais....

D. ISABELLE.

Ainsi donc vous me faites connaîtreQue ce que je l’ai fait il est digne de l’être,

Que je puis suppléer l’obscurité du sang?

D. MANRIQUE.

Oui, bien pour l’élever jusques à notre rang.

Jamais un souverain ne doit compte à personneDes dignités qu’il fait, et des grandeurs qu’il donne :S’il est d’un sort indigne ou l’auteur ou l’appui,Comme il le fait lui seul, la honte est toute à lui.

Mais disposer d’un sang que j’ai reçu sans tache !Avant que le souiller il faut qu’on me l’arrache;

J’en dois compte aux aïeux dont il est hérité,

A toute leur famille, à la postérité.

D. ISABELLE.

Et moi, Manrique, et moi, qui n’en dois aucun compte,J’en disposerai seule, et j’en aurai la honte.

Mais quelle extravagance a pu vous figurerQue je me donne à vous pour vous déshonorer,

Que mon sceptre en vos mains porte quelque infamie ?Si je suis jusque-là de moi-même ennemie,

En quelle qualité, de sujet, ou d’amant,

M’osez-vous expliquer ce noble sentiment ?

Ah! si vous n’apprenez à parler d’autre sorte....

D. LOPE.

Madame, pardonnez à l’ardeur qui l’emporte ;

11 devait s’excuser avec plus de douceur.

Nous avons, en effet, l’un et l’autre une sœur ;Mais, si j’ose en parler avec quelque franchise,

A d’autres qu’au marquis l’une et l’autreestpromise.

D. ISABELLE.

A qui, don Lope ?

D. MANBIQUE.

A moi, madame.

D. ISABELLE.

Et l’autre ?

D. LOPE.

A moi.

D. ISABELLE.

J’ai donc tort parmi vous de vouloir faire un roi.Allez, heureux amants, allez voir vos maîtresses;

Et, parmi les douceurs de vos dignes caresses,N’oubliez pas de dire à ces jeunes espritsQue vous faites du trône un généreux mépris.

Je vous l’ai déjà dit, je ne force personne,

Et rends grâce à l’État des amants qu’il me donne.

D. LOPE.

Écoutez-nous de grâee.

D. ISABELLE.

Et que me direz-vous ?

Que la constance est belle au jugement de tous ?

Qu’il n’est point de grandeurs qui la doivent séduire?Quelques autres que vous m’en sauront mieux ins-Et, si cette vertu ne se doit point forcer, [truire ;Peut-être qu’à mon tour je saurai l’exercer.

D. LOPE.

Exercez-la, madame, et souffrez qu’on s’explique.Vous connaîtrez du moins don Lope et don Manrique,Qu’un vertueux amour qu’ils ont tous deux pour vous,Ne pouvant rendre heureux sans en faire un jaloux,Porte à tarir ainsi la source des querellesQu’entre les grands rivaux on voit si naturelles.

Ils se sont l’un à l’autre attachés par ces nœudsQui n’auront leur effet que pour le malheureux :

Il me devra sa sœur, s’il faut qu’il vous obtienne;

Et si je suis à vous, je lui devrai la mienne.

Celui qui doit vous perdre, ainsi, malgré son sort,

A s’approcher de vous fait encor son effort :

Ainsi, pour consoler l’une ou l’autre infortune,L’une et l’autre est promise, et nous n’en devonsNous ignorons laquelle ; et vous la choisirez,[qu’une :Puisque enfin c’est la sœur du roi que vous ferez.Jugez donc si Carlos en peut être beau-frère,