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NICOMÈDE, ACTE I, SCÈNE I.
Où l'effroi de son nom le destinait chez eux.
Par mon dernier combat je voyais réunieLa Cappadoce entière avec la Bithynie,
Lorsqu’à cette nouvelle , enflammé de courrouxD’avoir perdu mon maître, et de craindre pour vous,J’ai laissé mon armée aux mains de Théagène,
Pour voler en ces lieux au secours de ma reine.
Vous en aviez besoin, madame, et je le voi,
Puisque Flaminius obsède encore le roi.
Si de son arrivée Annibal fut la cause, [se ;
Lui mort, ce long séjour prétend quelque autre cho-Et je ne vois que vous qui le puisse arrêter,
Pour aider à mon frère à vous persécuter ■.
LAODICE.
Je ne veux point douter que sa vertu romaineN’embrasse avec chaleur l’intérêt de la reine :
Annibal, qu’elle vient de lui sacrifier,
J,'engage en sa querelle, et m’en fait défier 2 .
Mais, seigneur, jusqu’ici j’aurais tort de m’en plaindre :Et, quoi qu’il entreprenne, avez-vous lieu decraindre ?Ma gloire et mon amour peuvent bien peu sur moi,S’il faut votre présence à soutenir ma foi 3 ,
Et si je puis tomber en cette frénésieDe préférer Attale au vainqueur de l’Asie ;
Attale, qu’en otage ont nourri les Romains,
Ou plutôt qu’en esclave ont façonné leurs mains,Sans lui rien mettre au cœur qu’une crainte servileQui tremble à voir un aigle, et respecte un édile 4 !
NICOMÈDE.
Plutôt, plutôt la mort, que mon esprit jalouxForme des sentiments si peu dignes de vous.
.1 e crains la violence, et non votre faiblesse ;
Et si Rome une fois contre nous s’intéresse 5 ....
le rompt pas. Souvent le composé est en usage, quand le simplen’est pas admis : il y en a mille exemples. (V.)
1 Aider à quelqu’un est une expression populaire : aidez-lni à marcher; il faut, pour aider mon frère. (V.)
2 A quoi se rapporte cet en ? Me fait défier n’est pas fran-çais : il veut dire, me donne des soupçons sur elle, me forceà me défier d’elle. (Y.) — Nous convenons que Corneille auraitdu s’exprimer plus clairement, mais nous croyons que Voltairese trompe en appliquant à la reine ce que Laodice dit de Flami-nius. Tl est bien vrai que Laodice doit se délier de cette prin-cesse dont elle connaît l’inimitié pour Nicomède, cependant icic’est Flaminius, et non la reine, qui lui donne du soupçon. (P.)
3 Une présence à soutenir la foi n’est pas français ; on dit, ilfaut soutenir, et non à soutenir. (Y.) —La faute est d’avoir dit:s’il faut votre présence à soutenir, au lieu de pour soutenir. (P.)
4 La crainte qui tremble parait une expression faible et né-gligée , un pléonasme. Ce vers est très-beau :
Qui tremble à voir un aigle, et respecte un édile. (V.)
5 On se ligue, on entreprend, on agit, on conspire contre ,mais on s’intéresse pour. On peut dire, Rome est intéresséedans un traité contre nous; contre tombe alors sur le traité :cependant je crois qu’on peut dire en vers, s’intéresse contrenous : c’est une espèce d’eliipse. (V.)
CORNEILLE. — TOME I.
LAODICE.
Je suis reine, seigneur; et Rome a beau tonner,
Elle ni votre roi n’ont rien à m’ordonner :
Si de mes jeunes ans il est dépositaire,
C’est pour exécuter les ordres de mon père :
11 m’a donnée à vous, et nul autre que moiN’a droit dé l’en dédire, et me choisir un roi.
Par son ordre et le mien, la reine d’ArménieEst due à l’héritier du roi de Bithynie,
Et ne prendra jamais un cœur assez abject 1Pour se laisser réduire à l’hymen d’un sujet,Mettez-vous en repos.
NICOMÈDE.
Et le puis-je, madame,
Vous voyant exposée aux fureurs d’une femmeQui, pouvant tout ici, se croira tout permisPour se mettre en état de voir régner son fils?
Il n’est rien de si saint qu’elle ne fasse enfreindre.
Qui livrait Annibal pourra bien vous contraindre,
Et saura vous garder même fidélitéQu’elle a gardée aux droits de l’hospitalité 2 .
LAODICE.
Mais ceux de la nature ont-ils un privilègeQui vous assure d’elle après ce sacrilège?
Seigneur, votre retour, loin de rompre ses coups 3 ,Vous expose vous-même, et m’expose après vous.Comme il est fait sans ordre 4, il passera pour crime;Et vous serez bientôt la première victimeQue la mère et le fils, ne pouvant m’ébranler,
Pour m’ôter mon appui se voudront immoler.
Si j’ai besoin de vous de peur qu’on me contraigne 5 ,
1 Cette expression de prendre un cœur, pour signilier pren-dre des sentiments, n’est guère permise que quand on dit,prenez un cœur nouveau, ou bien reprendre cœur, reprendrecourage. (V.)
2 Même fidélité qu’elle a gardée est un solécisme, il faut,la même fidélité, ou cette fidélité. (V.)
3 On ne rompt pas plus des coups que des spectacles. (V.)
4 Faire un retour est un barbarisme. (V.)
5 II faudrait, pour que la phrase fût exacte, la négation ne,qu’on ne me contraigne. En général, voici la règle : quand lesLatins emploient le ne, nous l’employons aussi, vereor ne co-dât, je crains qu’il ne tombe ; mais, quand les Latins se serventd'ut, utrùm, nous supprimons ce ne, dubito utrkm eas, jedoute que vous allie/.; opto ut vivas, je souhaite que vous vi-viez. Quand Je doute est accompagné d’une négation, Je nedoute pas, on la redouble pour exprimer la même chose ; je nedoute pas que vous ne l’aimiez. La supression du ne, dans lecas où il est d’usage, est une licence qui n’est permise que quandla force de l’expression la fait pardonner. (V.) — L’exactitudevoûtait qu’on ne me contraigne, mais ce que Yoltaire établit icien principe général serait sujet à beaucoup d’exceptions. Ilnous était tombé sous les yeux une petite brochure très-bienfaite, dans laquelle on reprochait à Yoltaire quelques-unes desinexactitudes de son commentaire, et nous nous rappelons quel’on y citait plusieurs exemples qui prouvent que ce qu’il établitici en principe n’est rien moins que certain. Voici, entre au-tres , une phrase dont nous croyons nous ressouvenir, où le ne
il