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Tome premier.
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NICOMÈDE, ACTE II, SCENE IV.

Quand les Romains le sont, ils ne font ri en pour eux.Scipion, dont tantôt vous vantiez le courage,

Ne voulait point régner sur les murs de Carthage;

Et de tout ce qu’il fît pour l’empire romainIl n’en eut que la gloire et le nom d’Africain.

Mais on ne voit qu’à Rome une vertu si pure ;

Le reste de la terre est d’une autre nature.

Quant aux raisons d’État qui vous font concevoirQue nous craignons en vous l’union du pouvoir,

Si vous en consultiez des têtes bien sensées,

Elles vous déferaient de ces belles pensées :

Par respect pour le roi je ne dis rien de plus,

Prenez quelque loisir de rêver là-dessus 1 ;

Laissez moins de fumée à vos feux militaires 2 ,

Et vous pourrez avoir des visions plus claires.

NICOMÈDE.

Le temps pourra donner quelque décisionSi la pensée est belle ou si c’est vision 3 4 .

Cependant....

FLAMINIUS.

Cependant, si vous trouvez des charmesA pousser plus avant la gloire de vos armes *,

Nous ne la bornons point; mais, comme il est permisContre qui que ce soit de servir ses amis,

Si vous ne le savez , je veux bien vous l’apprendre,Et vous en donne avis pour ne vous pas surprendre.

Au reste, soyez sûr que vous posséderezTout ce qu’en votre cœur déjà vous dévorez ;

Le Pont sera pour vous avec la Galatie,

A vec la Cappadoce, avec la Bithynie.

Ce bien de vos aïeux, ce prix de votre sang ,

Ne mettront point Attale en votre illustre rang;

Et, puisque leur partage est pour vous un supplice,Rome n’a pas dessein de vous faire injustice.

Ce prince régnera sans rien prendre sur vous.

(à Prusias.)

La reine d’Arménie a besoin d’un époux,

Seigneur, l’occasion ne peut être plus belle ;

Elle vit sous vos lois, et vous disposez d’elle.

NICOMÈDE.

Voilà le vrai secret de faire Attale roi,

Comme vous l’avez dit, sans rien prendre sur moi.La pièce est délicate 5 , et ceux qui l’ont tissueA de si longs détours font une digne issue.

1 Cela est du style de madame Pernelle dans Molière. (V.)

* Laisser de la fumée est inintelligible : d’ail leurs, la fuméedes feux militaires est une ligure trop bizarre. Le vers suivantest du bas comique. (Y.)

3 Même style et même défaut. (V.)

4 Pousser plus avant une gloire! (V.) — Nicomède peut as-pirer à pousser plus avant ses conquêtes, et par conséquent lagloire de ses armes. {P.)

5 Le mot de pièce ne dit point là ce que l’auteur a prétendudire; c’est d’ailleurs une expression populaire îorsquelle signilie

intrigue. (Y.)

Je n’y réponds qu’un mot, étant sans intérêt 1 .

Traitez cette princesse en reine comme elle est - :Ne touchez point en elle aux droits du diadème ;

Ou pour les maintenir je périrai moi-même.

Je vous en donne avis, et que jamais les rois,

Pour vivre en nos États, ne vivent sous nos lois ;Qu’elle seule eu ces lieux d’elle-même dispose.

PKUSIAS.

N’avez-vous, Nicomède, à lui dire autre chose 3 ?

NICOMÈDE.

Non, seigneur, si ce n’est que la reine, après tout,Sachant ce que je puis, me pousse trop à bout L

PKUSIAS.

Contre elle, dans ma cour, que peut votre insolence ?

NICOMÈDE.

Rien du tout, que garder ou rompre le silence.

Une seconde fois avisez, s’il vous plaît,

A traiter Laodice en reine comme elle est ;

C’est moi qui vous en prie.

SCÈNE IV.

PRUSIAS, FLAMINIUS, ARASPE.

FLAMINIUS.

Eh quoi! toujours obstacle?

PRUSIAS.

De la part d’un amant ce n’est pas grand miracle 5 .Cet orgueilleux esprit, enflé de ses succès,

Pense bien de son cœur nous empêcher l’accès 6 ;Mais il faut que chacun suive sa destinée.

L’amour entre les rois ne fait pas l’hyménée i ,

1 Comment peut-il dire qu’il est sans intérêt, après avoir ditpubliquement, au premier acte, que Laodice est sa maîtresse,qu’il n’a quitté l’armée que pour venir prendre sa défense?Voudrait-il cacher son amour à Flaminius, et le tromper? untel dessein convient-ii à la fierté du caractère de Nicomède?Flaminius ne doit-il pas être instruit? (Y.)

2 II faut comme elle l’est, pour l’exactitude, mais comme elleVest serait encore plus mauvais, (V.)

3 Cette interrogation de Prusias, qui n’a rien dit pendant lecours de cette scène, n’a-t-elle pas quelque chose de comique ?(V.)

4 Cette expression est encore comique, ou du moins fami-lière; Racine s’en est servi dans Bajazet :

.Poussons à bout l’ingrat.

Mais le mot ingrat, qui finit la phrase, la relève. Ce sont depetites nuances qui distinguent souvent le bon du mauvais. (V.)

5 Toujours obstacle n’est pas français, et grand miraclen’est pas noble, ii est du bas comique. (V.)

6 On ne dit point empêcher à ; cela n’est pas français. Il nousempêche l’accès de cette maison : nous est là au datif, c’est unsolécisme; il faut dire : on nous défend Vaccès de cette mai-son, on nous interdit l’accès; on nous défend, on nous em-pêche d’entrer. (V.)

7 Ce tour est impropre ; il semble que les rois se marient Fun