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Tome premier.
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NICOMÈDE, ACTE IV, SCÈNE V.

FLAMINIUS.

Home sait vos hauts faits, et déjà vous adore

NICOMÈDE.

Tout beau, Flaminius! je n’y suis pas encore :

La route en est mal sûre, à tout considérer :

Et qui m'y conduira pourrait bien s’égarer.

PKUSIAS.

Qu’on le remène, Araspe; et redoublez sa garde.

(à Attale:)

Toi, rends grâces à Rome, et sans cesse regardeQue, comme son pouvoir est la source du tien,

En perdant son appui tu ne seras plus rien.

Vous, seigneur, excusez si, me trouvant en peineDe quelques déplaisirs que m’a fait voir la reine,

Je vais l’en consoler, et vous laisse avec lui.

Attale, encore un coup, rends grâce à ton appui.

SCÈNE V.

FLAMINIUS, ATTALE.

ATTALE.

Seigneur, que vous dirai-je après des avantagesQui sont même trop grands pour les plus grands eoura-Vous n’avez point de borne, et votre affection [ges ?Passe votre promesse et mon ambition.

Je l’avoûrai pourtant, le trône de mon pèreNe fait pas le bonheur que plus je considère :

Ce qui touche mon cœur, ce qui charme mes sens,C’est Laodice acquise à mes vœux innocents.

La qualité de roi qui me rend digne d’elle...

FLAMINIUS.

Ne rendra pas son cœur à vos vœux moins rebelle.

ATTALE.

Seigneur, l’occasion fait un cœur différent 2 :D’ailleurs, c’est l’ordre exprès de son père mourant ;Et par son propre aveu la reine d’ArménieEst due à l’héritier du roi de Bithynie.

1 Autre ironie aussi froide que le mot vous adore est déplacé.(V.)

2 Faire, au lieu de rendre*, ne se dit plus; on n’écrit pointcela vous fait heureux, mais cela vous rend heureux. Cetteremarque ainsi que toutes celles purement grammaticales sontpour les étrangers principalement. Cette scène est toute de po-litique , et par conséquent très-froide. Quand on veut de la po-litique, il faut lire Tacite; quand on veut une tragédie, il fautlire Phèdre. Cette politique de Flaminius est d’ailleurs tropgrossière. 11 dit que Rome faisait une injustice en procurant leroyaume de Laodice au prince Attale, et que lui Flaminius s’é-tait chargé de cette injustice, n’est-ce pas perdre tout son cré-dit? Quel ambassadeur à jamais dit, on m’a chargé d’étre unfripon? Ces expressions, ce n’est, pas loi pour elle, reinecomme elle est, à bien parler, etc. ne relèvent pas cettescène. (V.)

Rendre ne serait ici ni le mot propre, ni le mot convenable. (P.)

FLAMINIUS.

Ce n’est pas loi pour elle; et, reine comme elle est,Cet ordre, à bien parler, n’est que ce qui lui plaît.Aimerait-elle en vous l’éclat d'un diadème [aime ;Qu’on vous donne aux dépens d’un grand prince qu’elleEn vous qui la privez d’un si cher protecteur ;

En vous qui de sa chute êtes l’unique auteur?

ATTALE.

Ce prince hors d’ici, seigneur, que fera-t-elle ?

Qui contre Rome et nous soutiendra sa querelle?

Car j’ose me promettre encor votre secours.

FLAMINIUS.

Les choses quelquefois prennent un autre cours ;Pour ne vous point flatter, je n’en veux pas répondre.

ATTALE.

Ce serait bien, seigneur, de tout point me confondre.Et je serais moins roi qu’un objet de pitiéSi le bandeau royal m’ôtait votre amitié.

Mais je m’alarme trop, et Rome est plus égale :

N’en avez-vous pas l’ordre ?

FLAMINIUS.

Oui, pour le prince Attale,Pour un homme en son sein nourri dès le berceau ;Mais pour le roi de Pont il faut ordre nouveau.

ATTALE.

Il faut ordre nouveau! Quoi ! se pourrait-il faireQu’à l’œuvre de ses mains Rome devînt contraire ;Que ma grandeur naissante y fit quelque jaloux ?

FLAMINIUS.

Que présumez-vous, prince ? et que me dites-vous ?

ATTALE.

Vous-même dites-moi comme il faut que j’expliqueCette inégalité de votre république.

FLAMINIUS.

Je vais vous l’expliquer, et veux bien vous guérirD’une erreur dangereuse où vous semblez courir.

Rome, qui vous servait auprès de Laodice,

Pour vous donner son trône eût fait une injustice;Son amitié pour vous lui faisait cette loi :

Mais par d’autres moyens elle vous a fait roi ;

Et le soin de sa gloire à présent la dispenseDe se porter pour vous à cette violence.

Laissez donc cette reine en pleine liberté,

Et tournez vos désirs de quelque autre côté.

Rome de votre hymen prendra soin elle-même.

ATTALE.

Mais s’il arrive enfin que Laodice m’aime ?

FLAMINIUS.

Ce serait mettre encor Rome dans le hasardQue l’on crût artifice ou force de sa part 1 ;

’ La plupart de tous ces vers sont des barbarismes : celui-cien est un; il veut dire, ce serait exposer le sénat à passerpour un fourbe ou pour un tyran. (V.)