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NICOMÈDE, ACTE Y, SCÈNE I.
Cet hymen jetterait une ombre sur sa gloire.
Prince, n’y pensez plus, si vous m’en pouvez croire.Ou, si de mes conseils vous faites peu d’état,
N’y pensez plus du moins sans l'aveu du sénat.
ATTALE.
A voir quelle froideur à tant d’amour succède,
Rome ne m’aime pas ; elle hait Nicomède 1 * :
Et lorsqu’à mes désirs elle a feint d’applaudir,
Elle a voulu le perdre, et non pas m’agrandir.
FLAMINIUS.
Pour ne vous faire pas de réponse trop rudeSur ce beau coup d’essai de votre ingratitude,
Suivez votre caprice, offensez vos amis;
Vous êtes souverain, et tout vous est permis :
Mais puisque enfin ce jour vous doit faire connaîtreQue Rome vous a fait ce que vous allez être,
Que perdant son appui, vous ne serez plus rien,
Que le roi vous l’a dit, souvenez-vous-en bien 5 .
SCÈNE YI.
ATTALE.
Attale, était-ce ainsi que régnaient tes ancêtres 3 4 ?Veux-tu le nom de roi pour avoir tant de maîtres ?
Ah ! ce titre à ce prix déjà m’est importun :
S’il nous en faut avoir, du moins n’en ayons qu’un.
Le ciel nous l’a donné trop grand, trop magnanime,Pour souffrir qu’aux Romains il serve de victime.Montrons-leur hautement que nous avons des yeux,Et d’un si rude joug affranchissons ces lieux.Puisqu’à leurs intérêts tout ce qu’ils font s’applique,Que leur vaine amitié cède à leur politique,
Soyons à notre tour de leur grandeur jaloux,
Et comme ils font pour eux faisons aussi pour nous A
1 Ce vers excellent est fait pour servir de maxime à Jamais.(V.)
1 Tâchons d’éviter ces phrases louches et embarrassées. (V.)
3 Dans ce monologue, qui prépare le dénoûment, on aimeà voir le prince Attale prendre les sentiments qui conviennentau tils d’un roi, qui va régner lui-même : mais Flaminius lui alaissé très-prudemment voir que Rome hait Nicomède sansaimer Affale; mais si Flaminius est un peu maladroit, Attale estun peu imprudent d’abandonner tout d’un coup des protecteurstels que les Romains, qui l’ont élevé, qui viennent de le cou-ronner, et cela en faveur d’un prince qui l’a toujours traité avecun mépris insultant qu’on ne pardonne jamais. Rien de toutcela ne parait ni naturel, ni bien conduit, ni intéressant ; maisle monologue plaît, parce qu’il est noble. Il est toujours désa-gréable de voir un prince qui ne prend une résolution nobleque parce qu’il s’aperçoit qu’on l’a joué, qu’on l’a méprisé :jene sais s’il n’eùt pas mieux valu qu’il eut puisé ces nobles senti-ments dans son caractère, à la vue des lâches intrigues qu’onfaisait, même en sa faveur, contre son frère. (V.)
4 Et comme ils font pour eux faisons aussi pour nous,
est encore du style comique. (V.)
ACTE CINQUIEME.
SCÈNE PREMIÈRE.
ARSINOE, ATTALE.
ARSINOÉ.
J’ai prévu ce tumulte, et n’en vois rien à craindre;Comme un moment l’allume, un moment peut Pé-Et, si l’obscurité laisse croître ce bruit, [teindre 1 ,Lejour dissipera les vapeurs de la nuit.
Je me fâche bien moins qu’un peuple se mutineQue de voir que ton cœur dans son amour s’obstine,Et d’une indigne ardeur lâchement embrasé,
Ne rend point de mépris à qui t’a méprisé.
Venge-toi d’une ingrate, et quitte une cruelle,
A présent que le sort t’a mis au-dessus d’elle.
Son trône, et non ses yeux, avait dû te charmer :
Tu vas régner sans elle; à quel propos l’aimer?
Porte, porte ce cœur à de plus douces chaînes.Puisque te voilà roi, l’Asie a d’autres reines,
Qui, loin de te donner des rigueurs à souffrir 1 ,T’épargneront bientôt la peine de t’offrir.
ATTALE.
Mais, madame...
ARSINOÉ.
Eh bien ! soit, je veux qu’elle se rende :Prévois-tu les malheurs qu’ensuite j’appréhende?Sitôt que d’Arménie elle t’aura fait roi,
Elle t’engagera dans sa haine pour moi.
Mais, ô dieux ! pourra-t-elle y borner sa vengeance ?Pourras-tu dans son lit dormir en assurance?
Et refusera-t-elle à son ressentimentLe fer ou le poison pour venger son amant 3 ?Qu’est-ce qu’en sa fureur une femme n’essaie ?
ATTALE.
Que de fausses raisons pour me cacher la vraie 4 !
1 On n’allume pas unfumulte.Ilsefaif dans la ville une sédi-tion imprévue : c’est une machine qu’il n’est plus guère permisd’employer aujourd’hui, parce qu’elle est triviale, parce qu’ellen’est pas renfermée dans l’exposition de la pièce, parce que,n’étant pas née du sujet, elle est sans art et sans mérite. Ce-pendant, si cette sédition est sérieuse, Arsinoé et son fils per-dent leur temps à raisonner sur la puissance et sur la politiquedes Romains. Arsinoé lui dit froidement : Fous me ravissezd'avoir cette prudence. Ce vers comique et les fautes de lan-gue ne contribuent pas à embellir celte scène. (V.)
2 On ne donne point des rigueurs comme on donne des fa-veurs : cela n’est pas français, parce que cela n’est admis dansaucune langue. (V.) — Corneille ne dit pas que Laodice donnedes rigueurs h Attale, mais qu’elle lui en donne à souffrir;expression qui a un tout autre sens, et que l’usage autorisaitalors. (P.)
3 Quelle idée ! pourquoi lui dire que sa femme l’empoison-nera ou l’assassinera? (V.)
4 Ce n’est pas elle qui cache la vraie raison ; ce qu’il dit à sa