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Tome premier.
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NICOMÈDE, ACTE V, SCÈNE III.

Rome, qui n’aime pas à voir un puissant roi,

L’a craint en Nicomède, et le craindrait eu moi.

Je ne dois plus prétendre à l’hymen d’une reine,

Si je ne veux déplaire à notre souveraine;

Et puisque la fâcher ce serait me trahir,

Afin qu’elle me souffre, il vaut mieux obéir.

Je sais par quels moyens sa sagesse profondeS’achemine àgrands pas à l’empire du monde.Aussitôt qu’un État devient un peu trop grand,

Sa chute doit guérir l’ombrage qu’elle en prend r .C’est blesser les Romains que faire une conquête,Que mettre trop de bras sous une seule tête 2 ;

Et leur guerre est trop juste après cet attentatQue fait sur leur grandeur un tel crime d’État 3 . [mes,Eux, qui pour gouverner sont les premiers des hom-Veulent que sous leur ordre on soit ce que nous som-Veulent sur tous les rois un si haut ascendant [mes,Que leur empire seul demeure indépendant.

Je les connais, madame, et j’ai vu cet ombrageDétruire Antiochus, et renverser CarthageLDe peur de choir comme eux, je veux bien m’abaisser,Et cède à des raisons que je ne puis forcer 5 .

D’autant plus justement mon impuissance y cède,Que je vois qu’en leurs mains on livre Nicomède.

Un si grand ennemi leur répond de ma foi ;

C’est un lion tout prêt à déchaîner sur moi.

ARSINOÉ.

C’est de quoi je voulais vous faire confidence :

Mais vous me ravissez d’avoir cette prudence.

Le temps pourra changer; cependant prenez soinD’assurer des jaloux dont vous avez besoin 6 .

SCÈNE II 7 .

FLAMINIUS, ARSINOÉ, ATTALE.

ARSINOÉ.

Seigneur, c’est remporter une haute victoireQue de rendre un amant capable de me croire :

mère ne doit être dit qu’à Flaminius : ce n’est pas assurément samère qui craint qu’Attale ne soit trop puissant. (V.)

1 On ne guéritpoint un ombrage : cette expression est impro-pre. (V.)

2 Mettre des bras sous une tête.' (V.)

3 Un attentai qu’un crime d’état fait sur une grandeur yc’est à la fois un solécisme et un barbarisme. (V.)

4 Un ombrage qui a détruit Carthage / (V.)

5 ües raisons qu’on ne peut forcer , c’est un barbarisme. (V.)

6 Assurer des jaloux ne s’entend point. Quelque sens qu’ondonne à cette phrase, elle est inintelligible. (V.)

7 Cette scène paraitjeter un peu de ridicule sur la reine. Fla-minius vient l’avertir, elle et son lits, qu’il n’est pas sage deparler de toute autre chose que d’une sédition qui est à crain-dre, et lui cite de vieux exemples de l’histoire de Rome; au1 ieu de s’adresser au roi, il vient parler à sa femme : c’est trai-ter ce roi en vieillard de comédie qui n’est pas le maitre chezlui. (V.)

J'ai su le ramener aux termes du devoir,

Et sur lui la raison a repris son pouvoir.

FLAMINIUS.

Madame, voyez donc si vous serez capableDe rendre également ce peuple raisonnable.

Le mal croît ; il est temps d’agir de votre part,

Ou, quand vous levoudrez, vous le voudreztroptard.Ne vous figurez plus que ce soit le confondreQue de le laisser faire, et ne lui point répondre 1 .Rome autrefois a vu de ces émotions,

Sans embrasser jamais vos résolutions.

Quand il fallait calmer toute une populace,

Le sénat n’épargnait promesse ni menace,

Et rappelait par là son escadron mutinEt du mont Quirinal et du mont Aventin,

Dont il l’aurait vu faire une horrible descente,

S’il eût traité longtemps sa fureur d’impuissante,

Et l’eût abandonnée à sa confusion,

Comme vous semhlez faire en cette occasion.

ARSINOÉ.

Après ce grand exemple en vain on délibère :

Ce qu’a fait le sénat montre ce qu’il faut faire ;

Et le roi... Mais il vient.

SCÈNE III.

PRUSIAS, ARSINOÉ, FLAMINIUS, ATTALE.

PRUSIAS.

Je ne puis plus douter,Seigneur, d’où vient le mal que je vois éclater :

Ces mutins ont pour chefs les gens de Laodice 2 .

FLAMINIUS.

J’en avais supçonné déjà son artifice.

ATTALE.

Ainsi votre tendresse et vos soins sont payés 3 !

1 Laisser faire le peuple, expression trop triviale. Ne pointrépondre au peuple, expression impropre. L’escadron mutinqu’on aurait abandonné à sa confusion n’est pas meilleur.(V.)

2 Mais que veut Laodice ? sauver son amant ? c’est je perdre :il n’est point libre; il est en la puissance du roi. Laodice, enfaisant révolter le peuple en sa faveur, le rend décidément cri-minel , et expose sa vie et la sienne, surtout dans une cour ty-rannique dont elle a dit : Quiconque entre au palais porte satête au roi. On pardonnerait cette action violente et peu réflé-chie à une amante emportée par sa passion, à une Hermione;mais ce n’est pas ainsi que Corneille a peint Laodice. Les mu-tins n’entendent plus raison, dit la Bruyère, dénoümentvulgaire de tragédie. Ce dénoüment n’était pas encore vul-gaire du temps de Corneille; il ne l’avait employé que dansHèraclius. On ne conseillerait pas d’employer ce moyen, quiserait trop grossier, s’il n’était relevé par de grandes beautés.(V.)

3 C’est ici une ironie d’Attale; il a dessein de sauver Nico-mède. (V.)